As delivered by Alain Berset, Secretary General of the Council of Europe

 

Merci beaucoup Messieurs les Ministres, Monsieur le Président de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, Madame la Maire, Mesdames et Messieurs, Chers Partenaires, Excellences,

C’est un très grand plaisir pour moi d’ouvrir ce Forum mondial de la Démocratie –

Et de le faire au son de la musique.

J’aurai reconnu notamment les notes d’Astor Piazzola. Les notes de Libertango. Et dans Libertango il y a « liberté ». Ce qui nous rappelle avec la musique qu’il n’y a pas de démocratie sans liberté. Et il n’y a pas non plus de liberté sans démocratie.

Et ce qui nous rappelle que lorsque ces morceaux ont été composés dans les années 70 – 74 il me semble, je pense à Milan – alors qu’il n’était plus en Argentine, Astor Piazzola se battait avec la musique contre les situations difficiles que connaissait son pays. Dans un monde dans lequel la démocratie n’était pas évidente.

Mais dans un monde dans lequel l’optimisme dominait. Dans un monde dans lequel on se disait : « Tout sera possible ». Et c’est ce qui a permis que cela devienne ensuite réalité. Ne l’oublions pas. J’improvise un peu sur cette musique parce qu’elle vient de nous être transmise, c’était une très belle surprise ce matin, et nous ne devons pas l’oublier dans le contexte dans lequel nous vivons aujourd’hui.

Parce que la toile de fond aujourd’hui est différente. La toile de fond c’est le débat autour des élections américaines. En amont des élections américaines, jusqu’aux résultats. Il n’y a pas de meilleur moment que celui-ci pour discuter de la démocratie et de la diversité.

Mais si l’on voit que cette élection domine aujourd’hui l’actualité internationale et bien, beaucoup de questions que cette élection a soulevées se posent également dans d’autres parties du monde.

Que l’on pense aux droits des femmes.

Que l’on pense aux droits des personnes LGBTI.

Que l’on pense à la migration.

Que l’on pense à la compréhension interculturelle.

Que l’on pense aux questions religieuses et communautaires.

Ce sont juste quelques questions. Mais elles font partie de celles sur lesquelles nos sociétés sont de plus en plus polarisées. Elle pose des questions qui nous rappellent que nous avons avec cela les symptômes d’un recul démocratique plus large, souvent alimenté par un populisme et un nationalisme qui se développe. Qui fleurit.

Mais en même temps notre avenir n’est pas écrit à l’avance.

Souvenons-nous de l’Argentine des années 70. Je reprends la musique d’Astor Piazzola. Notre avenir n’est pas écrit à l’avance.

Nous avons des citoyennes et des citoyens.

Nous avons la société civile.

Nous avons le secteur privé.

Nous avons les milieux politiques qui ont développé, qui ont façonné nos démocraties de plus en plus nombreuses au cours de la seconde moitié du XXe siècle.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Et bien aujourd’hui nous devons ensemble, et c’est pour ça que ce forum est tellement important, réfléchir à ce que nous souhaitons pour nous et pour les générations qui vont nous suivre, ce que nous souhaitons comme avenir démocratique sur notre continent, mais aussi au-delà de notre continent.

Et pour ça, le Conseil de l’Europe est le lieu idéal pour se retrouver dans cet hémicycle avec évidemment le rôle fondamental des 46 États membres du Conseil de l’Europe, mais avec naturellement aussi une collaboration et des travaux avec d’autres régions du monde et d’autres pays du monde.

Pour faire progresser ensemble la réflexion et l’action sur les normes démocratiques les plus élevées.

J’ai regardé en détail ce que vous allez – ce que nous allons faire – durant les prochaines heures, durant les prochains jours, ici ensemble à Strasbourg, et j’ai été frappé par la pertinence des sessions, naturellement auxquelles vous allez participer. Tout d’abord avec la première qui résonne complètement avec ce que l’on voit aujourd’hui aux États-Unis, mais aussi dans d’autres pays européens qui sont des pays membres du Conseil de l’Europe, toute la question des élections.

Élections et clivage des valeurs. Alors pour ça évidemment nous avons un phare, très important, pour nous conduire : la Convention européenne des droits de l’homme. Avec des articles par exemple qui disent que le droit à des élections libres doit être garanti. Le droit à des élections libres à intervalles réguliers et qui se déroulent à scrutin secret. Qu’est-ce que cela signifie ? C’est la Cour européenne ensuite qui peut interpréter cela, qui a rendu des arrêts qui précisent les conditions dans lesquelles les élections peuvent se dérouler.

Et nous avons avec les institutions du Conseil d’Europe : notre Comité des Ministres, notre Assemblée parlementaire, le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux, également des autorités qui ont adopté des instruments pour maintenir et développer les normes électorales, avec des codes de bonnes pratiques, avec des éléments très concrets.

Ce que disait aussi Pap Ndiaye tout à l’heure, ce n’est pas seulement de grands principes et de grandes théories, la démocratie. C’est d’abord l’engagement sur le terrain. Ce qui se passe tous les jours.

Et pour l’organisation des élections, il s’agit de questions très simples : la fréquence des élections, comment gérer les listes électorales, et comment garantir des élections libres et équitables.

Un deuxième élément concerne, et vous allez également travailler là-dessus, les méandres de la désinformation, ou plutôt comment éclaircir les méandres de la désinformation.

Il s’agit d’un problème particulièrement urgent.

Il y a des erreurs, si on voit les choses de manière naïve et positive. Mais il y a aussi des tromperies, des mensonges purs et simples qui peuvent se répandre comme une traînée de poudre – en particulier sur les réseaux sociaux – où toutes et tous, je prétends, où presque toutes et tous, nous passons trop de temps.

Peut-être l’occasion d’apprendre comment faire la part des choses mais en même temps nous y passons trop de temps et avec le risque d’être confrontés toujours plus à de fausses informations qui à la fin nous rendent ou peuvent nous rendre indifférents.

L’indifférence. Voilà un des grands maux de nos sociétés contre lequel nous devons nous battre. L’indifférence. La non-différentiation. Tout se vaut. Une chose peut être vraie ou fausse. Elle peut avoir une existence dans un débat. Ce n’est pas ça une démocratie et des décisions fondées sur des informations qui soient fiables et vérifiées.

Comment y répondre ? C’est une des questions auxquelles vous allez être confrontés. Nous avons là aussi beaucoup de réflexions, mais encore faut-il qu’elles soient concrètes, qu’elles soient simples, et que l’on puisse aborder ces questions pour améliorer très concrètement nos situations, notamment pour les plus jeunes générations.

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I want now, distinguished guests, ladies and gentlemen, to address the third element, and the Third Plenary Session: Citizen Engagement for Democratic Renewal. We have also in this context a wide range of initiatives, from promoting intercultural cities that welcome and embrace all residents –

And strategies that support the inclusion of Roma and Travellers, national minorities and LGBTI people among others –

Along with to guidelines and recommendations on civil participation – including youth participation – in public life.

A strong civil society is the beating heart of a healthy democracy.

There is no healthy democracy without freedom and no healthy democracy without a strong civil society.

And we will do everything possible to ensure that it thrives.

These are just a few of the many tools that we have developed.

Of course, having them is not enough.

Using them is what matters.

And in this context, we are now at work on new ways to put these principles into practice. At the level of the Council of Europe, we are at work on a new Action Plan to revitalise democracy across our member states. And we will need the political will of member states to see all of this through, but the commitment is made. That’s also an important element and now it is time to deliver.

I do not want to trivialise the challenges.

As we know, the problems facing our democracies are real –

And it may be that my generation was too confident, we have been probably too naïve in the past. I was mentioning the 70s, but then after the 70s we have very good developments. We have very good developments in the 90s, at the very beginning of the 2000s and we had the impression: it’s over, we won. Not we, but our principles, our values had won. And we know and we see right now that it’s not so easy. It is not that easy. We probably have been too naïve about the onward march on democratic progress –

But it remains true that we are also facing situations where we have countries breaking the norms and the standards.

A clear example of this is the ongoing war of aggression by Russia against Ukraine.

Other democracies have been able to pull back from the brink. And I just want to mention some examples.

I think of Poland where attempts to stifle the neutrality of the state broadcaster –

Interfere with judicial independence –

And target minority communities –

Have not become engrained –

But are instead being reversed by the current government.

I think of the Republic of Moldova –

Where apparent outside electoral interference in last month’s referendum on the country’s European aspirations did not tip the result against European integration –

Despite the closeness of the result.

And I think about the United States of America, this morning, obviously. And while America is divided, and many people are upset this morning, a democratic election has been held. Many more will be. And for our part here in Europe, our democratic values mean that we must respect democratic processes and accept democratic results, but those democratic processes are not just about voting, but also about strengthening our societies and working against the polarisation that causes so much harm wherever we find it. And that is why we are here together today.

So, while democracy may not be inevitable –

Neither is its defeat.

Dear friends, the Council of Europe is doing everything it can to equip our democracies for the years ahead.

But I do not pretend that we have all the answers in this Organisation –

Or on this continent.

And this is the World Forum for Democracy –

And my hope for the future comes from my experience of young generation.

I have seen so much good, in so many young people, from every continent.

Openness and acceptance.

Ideas and ambition.

Grit and determination.

Over the course of the next three days, I urge you to bring all of those qualities to these discussions.

Ultimately, the future of democracy will be in your hands.

So, tell us now how you want to protect it, improve it, and transcend the divides.

I wish you very good and productive discussions here in Strasbourg and I thank you for your attention.