As delivered by Alain Berset, Secretary General of the Council of Europe

 

Monsieur le Ministre de la Culture du Luxembourg,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Chers invités,

Mesdames et Messieurs,

 

ESPRIT DE LA CONVENTION CULTURELLE : L’UNITÉ DANS LA DIVERSITÉ

C’est un grand plaisir pour moi de célébrer cet important anniversaire avec vous aujourd’hui.

Il y a 70 ans, la Convention culturelle européenne a redéfini notre vision du rôle de la culture sur notre continent.

Oui, nous devrions célébrer l’extraordinaire richesse de notre art, de notre créativité et de nos langues –

Oui, nous devrions être fiers de ce qui a été accompli, sur le plan à la fois personnel et national.

Mais, plus encore, nous devrions reconnaître les influences qui s’entremêlent et qui sont à l’origine de ces réalisations –

Et être tout aussi fiers que ces éléments viennent s’ajouter à une offre culturelle européenne –

Qui nous permet à toutes et à tous d’échanger entre nous, de nous développer et d’en bénéficier.

Cet esprit s’incarne dans l’idée qu’il y a une unité dans la diversité –

Et, comme le dit notre Statut, que le fait de « réaliser une union plus étroite entre ses États membres » est le but même du Conseil de l’Europe –

Tandis que nous œuvrons en faveur de la paix démocratique sur notre continent.

 

IMPACT DE LA CONVENTION CULTURELLE

L’Europe est la seule à avoir adopté une convention culturelle aussi emblématique.

Aucun autre continent ne l’a jamais fait –

Et nos 46 États membres l’ont tous ratifiée.

Au fil des ans, elle a prouvé sa valeur à maintes reprises.

Les plus profonds clivages ont marqué l’Europe au lendemain de la Seconde Guerre mondiale –

Le rideau de fer imposé a tracé de nouvelles lignes politiques qui ont séparé les Européens.

Après la chute du mur de Berlin et la fin du communisme, un nouveau besoin de compréhension mutuelle s’est fait sentir.

Dans chacun de ces cas, des événements culturels, des innovations et des collaborations ont apporté de la lumière dans l’obscurité.

Ils ont permis à des peuples éloignés et parfois méfiants de nouer des liens et de reconnaître leurs goûts et leur patrimoine communs –

Afin d’œuvrer ensemble à la guérison des fractures et des blessures grâce à une compréhension et une humanité partagées.

 

 

RÉALISATIONS INSPIRÉES PAR LA CONVENTION CULTURELLE

Tout au long de ces décennies, la Convention culturelle a inspiré toute une série d’autres outils et activités culturelles.

S’agissant du patrimoine, nous avons les Journées européennes du patrimoine, notre réseau d’Itinéraires culturels et Eurimages, qui soutient la production cinématographique européenne –

Ainsi que des conventions sur le paysage, l’archéologie et l’architecture ou encore les biens culturels.

Et un Cadre européen commun de référence pour les langues.

Pour ce qui concerne l’éducation et la jeunesse, nous disposons de notre Observatoire de l’enseignement de l’histoire, qui contribue à garantir des perspectives multiples et une compréhension commune du passé –

Ainsi que l’éducation aux droits humains, les programmes de commémoration et les activités culturelles de nos centres européens de la jeunesse.

Nous avons également des conventions sportives contre le dopage, la violence des spectateurs et la manipulation des compétitions sportives.

Tout cela – et bien d’autres choses encore – montre la manière dont notre travail sur la culture s’est développé –

S’inspirant de l’esprit de la Convention culturelle –

Et comment il s’est également adapté aux défis du moment.

 

NOUS AVONS À NOUVEAU BESOIN DE LA CONVENTION CULTURELLE – LE RECUL DÉMOCRATIQUE ET LA CULTURE EN TANT QUE VICTIME, LA CULTURE EN TANT QUE SOLUTION

Aujourd’hui, nous devons à nouveau nous tourner vers la Convention culturelle comme source d’unité et d’inspiration.

De profonds clivages sont réapparus sur notre continent.

Des formes extrêmes de populisme et de nationalisme ont refait surface dans de nombreuses régions d’Europe.

Qu’elles soient la cause ou le symptôme d’une polarisation et d’un recul démocratique dans nos sociétés est matière à débat.

Leur effet corrosif en revanche ne l’est pas.

Et c’est la culture qui en est victime.

Les artistes de toutes sortes sont intimidés par des moyens légaux ou non –

Alors que la censure directe et indirecte est en recrudescence.

La culture et l’histoire culturelle sont à nouveau déformées, politisées et instrumentalisées –

Utilisées à des fins nationalistes, autoritaristes et idéologiques, notamment par le biais d’une propagande flagrante.

Dans ce contexte, nous constatons l’importance de la culture en temps de guerre –

Ainsi, la Fédération de Russie a cherché non seulement à redéfinir la culture et l’histoire ukrainiennes –

Mais aussi à les cibler avec des obus et des missiles –

Contraignant notre État membre, l’Ukraine, à prendre toutes les mesures possibles pour protéger son patrimoine culturel ukrainien – et européen –

de cette violence obscène.

Mais si la culture est victime de ces terribles évolutions –

Elle montre aussi une fois de plus la voie du retour à la vérité et à la compréhension.

Nous devons appliquer les outils que nous avons construits ensemble pour les utiliser en temps de paix comme en temps de crise.

Nous devons les renforcer là où c’est nécessaire, comme nous l’avons fait avec notre initiative

« Libre de créer », qui soutient la culture, les artistes et la société civile en ces temps troublés –

Et avec la nouvelle plateforme sur la liberté artistique que nous allons bientôt lancer en réponse à l’assaut croissant et antidémocratique contre la liberté artistique que tout le monde ne peut que constater.

Et bien sûr, tout cela s’inspire de la Convention culturelle européenne –

Qui est encore prête – toujours prête – à nous rassembler sous la lumière de notre patrimoine commun –

Et à nous conduire toutes et tous vers la paix à travers l’unité.

Soixante-dix ans plus tard, marchons ensemble sur la voie de la démocratie.