Monthey
Manuscrit, non publié à l’époque. Texte établi d’après l’exemplaire de lecture. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.
Discours prononcé en français et en allemand. Texte original, non traduit.
Monsieur le Conseiller national,
Sehr geehrte Frau Staatsrätin,
Monsieur le président de la Ville de Monthey,
Madame la présidente de l’Association Rencontre du Théâtre Suisse
Amis du répertoire et des vraies histoires,
Mesdames, Messieurs,
« Je ne suis pas un politicien, mais un type normal. Qui est juste venu pour détruire le système ».
Ce sont là les propos du nouveau Président de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky, qui laissent augurer de l’ambitieuse étendue de son programme. Ce n’est pas un hasard si ses mots claquent comme une réplique : l’homme est un comédien, un comédien-humoriste.
Un phénomène singulier qui paraît annoncer une mutation de notre société.
Déjà dans le passé, deux comédiens de Hollywood étaient devenus Gouverneur de Californie : -la première fois en 1966 (c’était un cow-boy venu du passé) et la seconde fois en 2003 (c’était un cyborg venu du futur).
Ronald Reagan a même été élu plus tard Président des Etats-Unis, mais cela faisait plusieurs années qu’il avait acquis le statut d’homme politique et son cheval ne galopait plus guère que dans la mémoire des plus âgés électeurs.
Qui aime l’esprit d’à-propos ne peut que se réjouir de l’arrivée d’un nouvel humoriste sur le devant de la scène européenne.
Avant Zelensky, d’autres s’étaient lancés en politique du jour au lendemain, comme Coluche qui voulût conquérir le pays de Molière, ou Beppe Grillo celui de Goldoni.
Les terres d’Ukraine ont également vu naître un maître de la comédie, et ceci explique probablement cela.
Je veux parler de Nicolaï Vassilievitch Gogol, à qui l’on doit l’une des pièces les plus jouées du répertoire, le « Révizor ».
Dans cette pièce, un jeune fonctionnaire de Saint-Pétersbourg est pris par la population d’une petite ville pour un important émissaire du tzar chargé d’inspecter les provinces.
Ce jeune fonctionnaire finira par entrer dans le jeu et peu à peu endosser ce rôle de « Révizor » que la population s’était mis en tête de lui confier.
Une situation qui n’est pas sans rappeler la réalité vécue aujourd’hui en Ukraine, puisque Volodymyr Zelenski doit sa notoriété au fait d’avoir précisément incarné le rôle du Président dans une série télévisée.
La frontière entre vraie histoire et répertoire est souvent ténue.
Mesdames, Messieurs,
Une fois de plus, la réalité a rejoint puis dépassé la fiction.
Ceci a de quoi nous plonger dans l’embarras.
En tous les cas nous autres, qui essayons de faire de la politique.
Car si vous, les comédiens, vous vous mettez à nous prendre notre travail, je ne donne pas cher de notre conservation.
Et donc, face à une telle situation, nous n’avons d’autre choix que de lutter en nous alignant sur les méthodes de l’adversaire.
Pour cela, il nous faut apprendre à communiquer selon les codes de la comédie.
Ce qui est possible, si l’on s’entraîne beaucoup.
En prenant justement, pourquoi pas, le « Révizor » comme modèle.
Dans une conférence de presse, certaines répliques du « Révizor » pourraient aider à mieux saisir la complexité quasi-métaphysique des enjeux de l’assurance-maladie :
« Nous n’employons pas de médicaments coûteux. L’homme n’est pas bien compliqué : s’il doit mourir, il mourra de toute façon ; s’il doit guérir, il guérira de même ».
Pour les adversaires de la Lex Weber, il y a dans cette pièce des arguments d’une simplicité toute géniale:
« Des chantiers et des constructions, voyez-vous, il n’y a rien qui témoigne plus de l’activité de l’administration ».
Meine Damen und Herren,
Es gibt natürlich auch andere Methoden, um zu verhindern, dass Schauspieler scharenweise in die Politik wechseln.
Beispielsweise indem man ihre Arbeit im Rahmen einer Preisfeier gebührend würdigt. Wie heute hier im Théâtre du Crochetan in Monthey
Eine solche Preisverleihung macht nämlich bewusst, welche Talente unser Land hervorbringt und wie wichtig die Arbeit all jener ist, die diese Talente während der Ausbildung fördern.
Denn die Preisträgerinnen und Preisträger dieses Jahres verdanken ihre Anerkennung auch der Arbeit :
l’école cantonale d’art du Valais,
l’école supérieure d’art visuel de Genève,
l’école cantonale d’art de Lausanne,
der Zürcher Hochschule der Künste,
der Hochschule der Künste Bern,
dem Konservatorium Winterthur,
der ETH Zürich,
la Scuola Teatro Dimitri
Diese Institutionen sorgen unter anderem auch dafür, dass die grossen Texte der Weltliteratur lebendig bleiben.
Mesdames, Messieurs,
J’ai évoqué le « Révizor ».
Il y a vingt ans, Matthias Langhoff en exportait une mémorable version sur les scènes parisiennes, dans laquelle brillaient les comédiens suisses Armen Godel et le regretté Jean-Marc Stehlé, qui avait reçu l’Anneau Hans-Reinhart en 2009.
L’œuvre de Gogol a acquis le statut de classique.
Elle est empreinte, et ce n’est pas là son dernier mérite, d’un humour malicieux qui incite à aller voir au plus profond de soi, en toute humilité et lucidité :
« Ne t’en prends pas au miroir, si tu as la gueule de travers ».
Une leçon de vie, parmi les très nombreuses que nous apporte le théâtre et que vous contribuez chacune et chacun, par votre engagement et votre passion, à nous transmettre.
Merci de nous faire rêver et penser…
…et merci d’éviter, dans la mesure du possible, d’entrer en politique !