Payerne

Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.

Mesdames et Messieurs,

Lorsque je pense à Payerne, trois images me viennent à l’esprit :

Des avions militaires

Les Brandons

Et les ballons-sondes de MeteoSuisse – un office de mon Département – qui s’envolent chaque jour,

sur les hauteurs de Payerne.

Sans oublier, bien sûr, l’abbatiale, dont nous célébrons aujourd’hui la réouverture après 10 ans de travaux de rénovation.

Payerne c’est aussi le chef-lieu de la Broye vaudoise, ce territoire où Fribourg et Vaud sont étroitement imbriqués, à l’instar de la Suisse et de l’Europe.

Tellement imbriqués que même l’entreprise Boschung, qui nous accueille aujourd’hui, s’est installée à Payerne après avoir été créée en terre fribourgeoise.

Mais je ne suis pas là aujourd’hui pour vous parler de l’achat de nouveaux avions de combat,

ni pour vous présenter le concept de protection des Brandons

ni pour vous parler de la pluie et du beau temps.

Si je suis là aujourd’hui, c’est pour vous faire part de ma préoccupation.

Depuis mars, nous vivons des mois difficiles.

L’épidémie de coronavirus a bouleversé nos vies.

En Suisse, quelque 42 000 personnes ont contracté le virus et plus de 1700 malades sont malheureusement décédés.

Nos activités sociales et économiques ont été fortement entravées, nos libertés restreintes.

Et le monde entier souffre des conséquences de cette pandémie.

Nous apprenons à vivre avec ce virus, et ce n’est pas toujours évident.

La fermeture des commerces et des restaurants, l’interdiction des événements culturels et sportifs ont entraîné de lourdes pertes pour certains secteurs.

Au deuxième trimestre, le PIB de la Suisse a reculé de 8,2%.

C’est la plus forte baisse depuis le début de l’enregistrement des chiffres trimestriels en 1980.

Parallèlement, l’économie mondiale a plongé dans une profonde récession.

Mesdames et Messieurs,

Je vous pose la question :

Est-ce le moment de faire des expérimentations et de remettre en question nos relations avec l’Union européenne – notre principal partenaire commercial – comme le souhaite l’initiative de limitation ?

La réponse est clairement non.

La Suisse est au cœur de l’Europe.

C’est un fait.

Géographiquement, économiquement, culturellement:

nous faisons partie intégrante de l’Europe et nous avons besoin de relations stables avec nos voisins.

Après le refus de l’EEE en 1992 et des années de négociations,

la Suisse a conclu un premier paquet d’accords bilatéraux avec l’Union Européenne, qui sont entrés en vigueur en 2002.

L’accord sur la libre circulation des personnes en fait partie, et forme un tout avec six autres accords bilatéraux.

Ces accords sont liés entre eux par une clause « guillotine »: si l’un d’entre eux est dénoncé, les six autres (transport terrestre et aérien, obstacles techniques, agriculture, marchés publics, recherche) tombent automatiquement.

Ces accords correspondent à nos besoins et garantissent nos intérêts.

Ils les garantissent de manière bien plus efficace qu’un accord de libre-échange, qui se limite aux produits industriels et aux produits agricoles transformés.

Avec la voie bilatérale, la Suisse a trouvé la meilleure solution possible dans ses rapports avec l’UE :

un accès pratiquement libre au marché intérieur européen.

Grâce à ces accords bilatéraux I, nos entreprises ont un accès direct à leur principal marché.

Quelques chiffres pour l’illustrer :

Les échanges économiques entre la Suisse et l’UE se montent à plus d’un milliard de francs par jour.

70% des importations suisses proviennent de l’UE

52% des exportations suisses sont destinées à l’UE

Ces accords sont importants pour les grosses entreprises.

Mais surtout pour les PME.

Des PME, comme l’entreprise Boschung, innovatrices et leaders mondiaux dans leur domaine.

Si l’initiative de limitation est acceptée, ce sont elles qui souffriront le plus puisque

deux tiers de ces PME sont actives à l’international et

une PME sur trois réalise plus de 50% de son chiffre d’affaires en exportant à l’étranger.

Pas besoin donc d’être un expert en économie pour comprendre que des relations stables avec l’Europe sont décisives pour la Suisse, mais aussi pour toute sa population.

Nous profitons tous de ces accords.

Des milliers d’emplois, notre prospérité et notre bien-être général sont en jeu.

Dénoncer la libre-circulation des personnes, et par automatisme les accords bilatéraux, c’est mettre en danger des pans entiers de notre économie.

Le tourisme

Le secteur de la santé

L’agriculture

Tous ont besoin de main d’œuvre étrangère.

La crise du coronavirus l’a une nouvelle fois crûment mis en lumière.

Quelques exemples pour l’illustrer:

Santé

Dans les hôpitaux, l’aide à domicile ou les homes,

1 employé sur 2 vient de l’étranger.

1 médecin sur 3 est étranger.

Le Tessin, Bâle et la Suisse romande ont pu compter sur le personnel sanitaire frontalier

D’ici à 2030, nous aurons besoin de 65 000 soignants supplémentaires (cf. observatoire suisse de la santé). Les trouverons-nous qu’en Suisse ? ?

Agriculture

Alors que les frontières étaient fermées, les agriculteurs ont réclamé les travailleurs saisonniers indispensables à leurs récoltes. (Broye concernée : tabac, pommes de terre)

Renoncer à cette main d’œuvre étrangère,

c’est aussi se priver de spécialistes et

entraver la création d’entreprises et notre capacité d’innovation.

C’est aussi fragiliser nos assurances sociales.

En raison de l’arrivée des babyboomers à la retraite, il manquera environ 25 000 travailleurs sur le marché au cours des prochaines années.

Mesdames et Messieurs,

Les initiants veulent limiter l’immigration.

Mais ils ne disent pas comment ils veulent y arriver.

Les statistiques le montrent : l’immigration a toujours été dépendante de la conjoncture.

Cela ne changera pas, même si l’initiative est acceptée.

Voulons-nous remettre en question la libre-circulation et les accords bilatéraux, alors que nous ne pourrons de toute façon pas atteindre le but prévu par l’initiative, à savoir la réduction de l’immigration ?

La Suisse est prospère et nous voulons tous qu’elle le reste, à l’avenir aussi.

Mais pas à n’importe quel prix.

C’est pourquoi le Conseil fédéral a adopté des mesures d’accompagnement

pour protéger les conditions de travail,

pour maintenir le niveau des salaires et

pour limiter l’immigration au strict nécessaire.

Nous entendons soutenir les employés dans notre pays, en particulier les employés âgés.

Des mesures de formation et de perfectionnement doivent permettre à tous de rester compétitifs sur un marché du travail qui évolue rapidement.

Le Conseil fédéral et le Parlement ont également pris des mesures pour les chômeurs en fin de droits de plus de 60 ans.

Ces personnes ont travaillé toute leur vie et doivent pouvoir toucher une prestation transitoire jusqu’à l’âge de la retraite, afin de couvrir leurs besoins vitaux et de vivre dignement.

Mesdames et Messieurs,

La Suisse est au cœur de l’Europe.

Elle y est profondément liée. Culturellement et économiquement.

Un accès sans obstacles au marché européen est plus que jamais indispensable.

Ce n’est pas le moment de nous lancer dans des expérimentations sans pouvoir en mesurer les conséquences.

Et cela d’autant plus que la crise du coronavirus a fragilisé notre économie.

L’initiative ne résout pas les problèmes, elle en crée de nouveaux.

Les entreprises doivent pouvoir compter sur des relations fiables avec l’Union Européenne, notre principal partenaire commercial.

Notre pays a besoin de stabilité et de sécurité, et c’est ce que nous garantissent les accords bilatéraux.

Notre bien-être et des postes de travail sont en jeu.

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