Villars-sur-Glâne
Discours lors de la remise des diplômes de l’école S.O.F.T,
Villars-sur-Glâne, le 9 janvier 2004
Alain Berset, conseiller aux Etats
Monsieur le Directeur,
Mesdames et Messieurs les diplômés,
Mesdames, Messieurs,
Dans quelques instants, vous allez être appelés pour recevoir votre diplôme de programmeur ou de technicien ET « analyste-programmeur ».
C’est une sorte de rite de passage, à la fois une période de votre vie qui se termine et une autre qui s’ouvre. C’est donc pour moi un honneur et un plaisir tout particulier de partager ce moment avec vous, avec vos familles, vos amis et vos professeurs et je vous remercie de votre invitation.
Il faut toujours un peu de temps pour réaliser l’importance et la force de ces années de formation pendant lesquelles vous avez découvert ou redécouvert vos talents, pendant lesquelles vous êtes entrés ou pour certains retournés dans la vie d’apprenants et où vous vous êtes appropriés la responsabilité que cela engage. Il vous faudra sans doute un peu de temps parce qu’après des années de travail, la remise des diplômes est un moment vraiment particulier, à la fois un peu solennel, furtif et très court !
Je suis convaincu que cette période n’aura été banale pour aucun d’entre vous. Vous avez accepté de vous engager pour suivre le chemin que vous avez choisi, pour acquérir les connaissances nécessaires à l’exercice d’un métier. Vous avez accepté la discussion, l’apprentissage, le débat et la confrontation aux autres. Vous vous êtes sûrement parfois ennuyés, mais vous avez aussi découvert de nouveaux intérêts et de nouvelles méthodes de réflexion et de travail.
Vous avez surtout complété vos connaissances, acquis des nouvelles compétences et développé un savoir-faire. Vous savez sans doute aussi que ce n’est que le début, que vous recevez maintenant une clé qui vous permettra d’entrer dans votre nouveau métier et d’en apprendre encore beaucoup plus au cours des années à venir.
Parce que nous vivons dans un monde dans lequel on sait plus ou moins quand on commence à apprendre mais on ne sait pas quand on arrête, parce qu’idéalement, on n’arrête jamais !
Vous disposez maintenant toutes et tous d’un bagage qui vous permet d’affronter une nouvelle vie professionnelle. Par vos formations, vous contribuez à entretenir et développer la diversité des activités, cette diversité qui fait la richesse de notre économie.
En préparant cette intervention, je me suis souvenu que le philosophe Nietzsche distinguait plusieurs phases dans la vie d’un homme ou d’une femme.
Il s’agit d’abord d’être comme le « chameau ». Le chameau est la bête de somme qui porte, transporte. Il symbolise celui qui porte les valeurs. C’est l’image du travail, de la besogne, c’est l’image de l’apprentissage.
Le chameau devient ensuite « lion ». Le lion rugit. Il entre dans l’arène et remet en cause les valeurs. Aujourd’hui la remise de vos diplômes symbolise l’image d’une nouvelle entrée dans la vie active.
Le lion devient ensuite « enfant ». Il s’agit de l’aboutissement, au travers de la capacité à voir à nouveau le monde comme le voit un enfant, sans a priori, sans préjugés, dans une forme de sagesse et de tranquillité.
Je crois que cette vision de Nietszche est intéressante, parce qu’elle nous rappelle que la vie est faite d’étapes différentes et complémentaires. Mais c’est aussi une vision linéaire de la vie professionnelle qui ne correspond plus à ce que nous connaissons aujourd’hui. Aujourd’hui, l’avenir appartient à celles et ceux qui sont capables de se remettre régulièrement en question, capables d’être « lions » un moment, puis de reprendre une formation pour compléter et adapter des compétences.
ROLE DE L’ETAT DANS LA FORMATION
La formation que vous avez suivie est une formation exigeante, qui s’inscrit dans le paysage de la formation en Suisse. Et ce paysage de la formation, vous le savez, il est actuellement soumis à une forte pression.
C’est dans ce sens que les Chambres fédérales viennent d’accepter un programme d’économies qui enlèvent aussi à la formation et à la recherche une partie de ses moyens. Alors que ce premier programme est à peine sous toit, on parle déjà du prochain, qui mettra certainement à rude épreuve encore le secteur de la formation et de la recherche.
C’est vrai qu’il nous faut des finances publiques saines, c’est vrai qu’il n’est pas acceptable de voir la dette publique augmenter continuellement sans s’en préoccuper. Alors bien sûr, il faut s’assurer que les moyens mis à disposition soient utilisés de la manière la plus efficiente possible, il faut éviter tout gaspillage et dispersion de moyens, là chacun est évidemment d’accord.
Mais de là à vouloir assainir les finances publiques et équilibrer les budgets en rognant sur la formation, il a un pas qu’il n’est pas responsable de franchir.
Pour reprendre une expression connue, on dit parfois qu’en Suisse, on n’a pas de pétrole, mais on a des idées. Ce sont bel et bien ces idées et les capacités d’innovation qu’elles représentent qui font notre compétitivité et notre force à l’échelle internationale.
Cet esprit d’innovation des entreprises et des centres de recherche, il se nourrit notamment de compétences et de savoir-faire qui sont reproduits et transmis par les filières de formation comme celles que propos l’école qui vous a abrité durant ces deux ou trois dernières années. Je suis convaincu qu’économiser trop fortement sur notre système de formation et de recherche, c’est prendre des risques :
Le risque d’abord d’assécher et de voir disparaître des compétences et des savoir-faire locaux.
Le risque ensuite de perdre très rapidement en compétitivité à l’échelle inter-régionale et internationale, ce qui signifie une perte d’attrait pour le pays
Le risque enfin de perdre des emplois
On constate que les pays qui investissent massivement dans la formation et la recherche, à tous les niveaux, en retirent des bénéfices importants après une dizaine d’années déjà. Ce fût par exemple le cas de la Finlande.
Je crois que nous devons aussi poursuivre nos efforts dans ce sens. L’avenir de notre pays passe par le maintien et le développement de formations de qualité.
CONCLUSION
Mesdames et Messieurs les diplômé-e-s, vous avez choisi toutes et tous des formations liées à l’informatique. Vous savez que c’est là un domaine qui n’a pas fini de développer son potentiel, vous aurez donc la possibilité de vous perfectionner encore, de vous spécialiser et d’évoluer dans votre carrière professionnelle. Je vous souhaite donc beaucoup de satisfactions et de plaisir dans vos activités futures.
Aujourd’hui, avec la remise des diplômes, nous sommes un peu au bout de la chaîne de formation, mais aussi au début de la chaîne de production.
Et comme je l’ai dit auparavant, c’est une page qui se tourne.
Vous vous êtes rassemblés ici il y a quelques années, vous vous êtes enrichis de vos confrontations, de vos débats et vous allez maintenant reprendre, chacune et chacun, un nouveau chemin. C’est aussi le temps de nouveaux choix.
Tout cela, vous le devez bien sûr à vous-même et à vos familles, à votre engagement et à votre travail, mais vous le devez aussi à l’école qui vous a donné les précieuses conditions de votre réalisation personnelle.
Gardez intacte avec vous, Mesdames et Messieurs les diplômés, la mémoire de cette école dans laquelle vous avez passé, sans doute, des moments importants de votre vie. Je vous adresse mes plus vives félicitations et vous souhaite une très bonne continuation de vos carrières professionnelles.
Alain Berset, le 9 janvier 2004
Seul le discours prononcé fait foi
Source : ancien site berset.ch, copie archive.org du 16.05.2005