Fribourg
Intervention à la Conférence de presse « Elections fédérales 2003 »,
Fribourg, le 27 juin 2003
Alain Berset, candidat au Conseil des Etats
Pour la défense des intérêts de Fribourg à Berne !
Mesdames, Messieurs,
Vous avez certainement suivi les derniers débats du Conseil des Etats sur le paquet fiscal. Il s’est passé là-bas quelque chose de révélateur sur la représentation du canton de Fribourg à Berne.
Au Conseil des Etats, où on attend des élus cantonaux qu’ils soient la voix du canton à Berne, où on attend une certaine hauteur de vue, les représentants de Fribourg, tous deux bourgeois, ont accepté ce paquet fiscal qui va coûter cher au canton. Pour les deux fribourgeois du Conseil des Etats, les intérêts purement partisans sont donc clairement passés avant les intérêts du canton.
Quelques jours plus tard, le Conseil d’Etat à Fribourg, composé majoritairement de bourgeois, a dénoncé ce paquet fiscal, qui est inacceptable et qui mettrait en péril les finances cantonales. Le Conseil d’Etat a indiqué qu’il souhaitait lancer un référendum des cantons contre le paquet fiscal, une procédure rarissime.
Par son annonce de référendum, le Conseil d’Etat confirme donc clairement que les conseillers aux Etats fribourgeois ont voté contre les intérêts du canton qu’ils sont sensés défendre.
Alors quand on lit (dans La Liberté) le conseiller aux Etats radical dire : « il est important que le canton parle à l’unisson à Berne », on doit se poser cette question fondamentale : à l’unisson de qui ? En tout cas pas à l’unisson du canton, le paquet fiscal vient de nous le rappeler.
Ca n’est pas la première fois que Fribourg n’est pas défendu par ses conseillers aux Etats. C’est notamment au Conseil des Etats, là où on attend des élus cantonaux qu’ils soient notre voix à Berne, que le Tribunal administratif a été perdu.
Dans ces moments cruciaux, la représentation fribourgeoise au Conseil des Etats a peut être été à l’unisson, mais elle a été à l’unisson contre les intérêts du canton (paquet fiscal) ou alors elle a été à peu près inexistante à l’unisson (tribunal administratif).
Dans un orchestre, il y a un triangle, qu’on entend jamais, et il y a des trompettes, qui donnent le ton et le rythme. Actuellement, Fribourg ne compte qu’un modeste triangle au Conseil des Etats, nous souhaitons qu’il soit remplacé par une ou deux trompettes !
Pour être vraiment à l’unisson du canton, il faut au moins un socialiste au Conseil des Etats, pour présenter une autre image du canton.
Assurances sociales, AVS
Une autre image, et aussi d’autres idées. Vous avez vu le pont qui est derrière moi, il se lézarde. Ce pont en ruine, c’est l’AVS de demain, si nous laissons faire. L’AVS, c’est la justice sociale et la cohésion sociale, c’est un enjeu majeur, non seulement politique, mais surtout social et économique, c’est un rempart contre les inégalités.
Il y a presque huit ans, des patrons publiaient un livre, on a parlé du livre blanc. C’est un nom assez mal choisi parce qu’il annonçait en fait des jours très noirs pour l’AVS, mais aussi pour les services publics dans notre pays. Il y a 8 ans, ce fut un tollé, ce livre est presque parvenu à faire l’unanimité contre lui, y compris jusque dans les rangs radicaux.
Ces huit années, c’est le temps qu’il aura fallu à ce projet ultralibéral pour mûrir, c’est le temps qu’il aura fallu aux partis bourgeois pour le reprendre à leur compte et pour commencer à le mettre en oeuvre en appliquant la discrète tactique du saucisson, en tranchant un bout après l’autre.
Pour ne prendre qu’un exemple, au moment où la population est largement désécurisée par l’augmentation du chômage, par la récession économique, par les inquiétudes qui pèsent sur le 2è pilier, Pascal Couchepin propose
· de ne plus adapter les rentes AVS à l’évolution des salaires.
· de relever l’âge de la retraite.
Ces mesures sont choquantes, et elles ne le sont pas seulement pour les salariés de plus de 50 ans, elles le sont aussi pour un jeune salarié comme moi et elle le sont pour une immense majorité de la population.
C’est d’abord choquant parce, en renonçant à adapter les rentes à l’évolution des salaires, ce n’est pas un détail que l’on menace, c’est l’AVS en tant que pilier de la cohésion sociale. Une adaptation des rentes en termes réels, même minime, a beaucoup d’importance dans les budgets les plus faibles. Les mesures que Pascal Couchepin préconise, elles sont ciblées, elles visent les plus faibles, celles et ceux qui ont vraiment besoin du premier pilier pour vivre, celles et ceux qui n’ont pas les moyens d’arrêter de travailler avant l’âge de la retraite.
C’est choquant ensuite, parce que l’augmentation de l’âge de la retraite arrive comme un chien dans un jeu de quilles. On parle de retraite à 67 ans. Il suffit pourtant d’aller voir dans les entreprises, et je le fais presque tous les jours, pour voir que c’est totalement irréaliste et complètement décalé avec ce qu’on voit sur le terrain. Le véritable danger avec cette mesure, c’est de créer une nouvelle classe d’ultra précarité, pour les salariés jusqu’à et 67 ans.
On a dit de Pascal Couchepin que c’est le ministre du démantèlement social, j’ajouterais que c’est un ministre de carnaval, qui parle d’abord et qui réfléchit ensuite.
Pendant ce temps, d’autres débats d’une actualité brûlante sont occultés, on ne parle plus d’assurance maladie et de l’évolution des primes, on ne parle plus de l’entrée en vigueur de la loi sur le chômage à cause de laquelle des milliers de chômeurs vont arriver en fin de droit en même temps, dans quelques jours (1 juillet 2003), on ne parle pas des milliers d’emplois qui ont disparus ces derniers mois, dont beaucoup d’emplois qualifiés.
Services publics
Mais il n’y a pas que les assurances sociales et l’AVS pour lesquelles nous nous battrons à Berne, il y a aussi les services publics, un autre enjeu majeur sur lequel les recettes des partis bourgeois conduisent dans le mur. Certains secteurs ont été privatisés ou sont soumis à une pression de plus en plus forte. Libéraliser les services publics, c’est supprimer l’exigence de services accessibles à tous à un prix correct. Les conséquences pour les usagers sont simples, on introduit des différences entre ceux qui ont les moyens de se payer ces services et ceux qui ne le peuvent pas, des différences d’accès entre ceux qui habitent au centre de Zurich et ceux qui vivent à Bulle, Morat ou Fribourg. C’est affaiblir la cohésion sociale.
Il est exclu que la Poste abandonne des régions entières, il est exclu de laisser se former des monopoles privés dans les services auxquels l’ensemble de la population doit avoir accès. Parce que ces monopoles deviennent rapidement incontrôlables et que le service à la population est rarement leur première préoccupation. Le réseau électrique, le réseau de transports, le réseau postal sont des composantes sensibles de la cohésion sociale et économique de notre pays, nous devons y être attentifs.
Les conséquences de la politique néolibérale, on les connaît : les prestations deviennent inégales, les prix augmentent, les licenciements et les restructurations se suivent, souvent au détriment des usagers et de la qualité des services. Ces conséquences, on en veut pas, et je crois que la population n’en veut pas non plus, on l’a vu avec le rejet de la loi fédérale sur l’électricité.
Conclusion
Nous sommes certainement à un tournant. Les menaces pesant sur les assurances sociales sont très sérieuses et précises. Les services publics sont aussi menacés.
Mettre les usagers au centre des préoccupations, cela n’empêche absolument pas d’être attentif aux règles économiques, mais il ne faut pas oublier que l’économie est une science humaine et qu’elle est faite par des hommes pour des hommes. Ne la détournons pas.
C’est dans ce sens que je vois notre engagement à Berne, en mettant au service de la représentation du canton toute nos compétences et toute notre énergie.
Alain Berset, le 27 juin 2003
Seules les paroles prononcées font foi
Source : ancien site berset.ch, copie archive.org du 11.03.2005