Grangettes-devant-Romont
Discours du premier août 2003,
Grangettes-devant-Romont, le 1er août 2003
Alain Berset, constituant et candidat au Conseil des Etats
Monsieur le syndic,
Messieurs les conseillers communaux,
Madame la présidente de la Jeunesse,
Mesdames et Messieurs, citoyennes et citoyens de Grangettes,
Je dois vous dire pour commencer que c’est avec un plaisir tout particulier que je prends la parole chez vous ce soir, parce que c’est ici, dans la région, que j’ai passé les premières années de ma vie.
Mon père était instituteur à Massonnens et je garde un très beau souvenir de cette période où j’ai pris mes premières baignades dans la Neirigue – mais il faut dire qu’il devait y avoir plus d’eau que cette année !
J’ai donc toujours énormément de plaisir à venir dans la Glâne et lorsque la présidente de la Jeunesse m’a invité à venir vous parler pour le premier août, j’ai tout de suite accepté avec un très grand plaisir et je profite de l’occasion pour vous remercier de votre invitation.
Mesdames et Messieurs, le premier août, c’est une belle fête.
C’est l’occasion de se retrouver entre amis ou en famille, c’est l’occasion d’allumer quelques feux, même si cette année fait exception à cause de la météo. Ce sont des plaisirs qu’il ne faut pas bouder. Pourtant, le premier août n’est pas un jour férié comme tous les autres.
C’est pour vous comme pour moi le moment un peu solennel de la Fête nationale, c’est le moment où nous témoignons de notre attachement à cette terre dans laquelle poussent nos racines, parce que nos familles y vivent depuis toujours ou parce que nous y sommes arrivés au gré de la vie.
Notre canton, Fribourg, et notre pays, la Suisse, sont en mouvement depuis leurs origines, l’histoire est là pour en témoigner, et ce mouvement a continué jusqu’à aujourd’hui, et il continuera encore demain.
La Suisse bouge, le canton de Fribourg bouge, ses districts et ses communes évoluent aussi et nous rénovons en permanence les liens qui nous unissent, nous soignons ces racines qui, parce qu’elles sont fortes et solides, nous permettent d’envisager sereinement que notre pays occupe la place qui lui revient naturellement, en Europe et dans le monde.
Mesdames et Messieurs, j’ai confiance dans notre pays et dans notre canton, et parce que j’ai cette confiance en eux, j’ai de l’ambition pour eux.
Aimer son pays, c’est vouloir qu’il prospère, c’est vouloir qu’il devienne encore meilleur, c’est vouloir qu’il gagne ! Pour cela, il faut de l’audace, il faut oser. Nous devons tous choisir entre l’audace et le repli sur soi, et nous savons que la chance sourit aux audacieux.
Plusieurs magnifiques exemples sont venus nous montrer récemment à quoi ressemble la Suisse quand elle gagne. Ces exemples nous viennent du monde du sport, que je connais pour avoir longtemps pratiqué l’athlétisme en compétition.
Les Federer, les Bertarelli, les Yakin, le navigateur et le footballeur, nous ont montré le visage de la Suisse qui gagne et cette Suisse-là, elle fait vraiment envie !
Vous savez que Bertarelli et Yakin, puisque ce sont deux des trois exemples que j’ai cités, sont devenus suisses par naturalisation.
Alors que le Tribunal fédéral vient à juste titre de rappeler que les naturalisations devraient rester éloignées des polémiques partisanes, j’aimerais souligner, en ce jour de fête nationale, le courage de nos juges fédéraux qui ont été unanimes pour dire que les naturalisations ne doivent pas se décider par un vote populaire.
Aimer son pays, ce n’est donc pas seulement vouloir qu’il prospère, c’est aussi avoir confiance dans ses institutions. Durant cette dernière année, la Suisse a adhéré à l’ONU. Après les exemples sportifs que j’ai cités, voilà aussi une formidable marque de courage et de vision pour notre pays, c’est le signe d’une Suisse qui ose s’affirmer aussi sur la scène internationale. Parce que nous n’avons finalement aucune raison de laisser à d’autres, avec lesquels nous ne sommes parfois pas d’accord, le soin de parler à notre place.
Et puis nous reparlerons certainement plus tard, dans quelques années, de la participation de notre pays à l’histoire de la construction européenne qui se fait autour de nous. On peut s’en féliciter ou on peut le regretter, mais l’Europe se fait, c’est incontestable ! Enracinés dans nos traditions, dans ces territoires auxquels nous sommes attachés, nous devrons bientôt choisir quel sera le destin de notre pays en Europe.
Ces événements sportifs et l’adhésion à l’ONU sont importants. Ils nous montrent le chemin à suivre pour une Suisse forte, ouverte et audacieuse, une Suisse qui gagne et qui ose porter haut ses valeurs !
Aimer son pays et avoir de l’ambition pour lui, c’est soutenir toutes les démarches qui visent à renforcer la Suisse, c’est refuser de se laisser aller à l’abattement ou au découragement. C’est ici, Mesdames et Messieurs, dans notre jardin, que poussent les germes de cette ouverture au monde qui nous permet de défendre nos intérêts et de porter haut les valeurs qui ont fait la Suisse d’aujourd’hui et qui vont faire la Suisse de demain. Le patriotisme est fait d’action, il est fait d’ouverture et il est fait de confiance dans son pays.
Le premier août, c’est aussi l’occasion de se rappeler que les valeurs qui nous unissent sont infiniment plus importantes que les éléments qui nous divisent.
Fêter le premier août, c’est donc l’occasion de fêter la solidarité, c’est l’occasion de fêter ce qui fait le ciment et la prospérité de ce village, de ce canton et de ce pays.
Et la prospérité de notre pays et de notre canton repose d’abord sur des institutions sociales qui sont solides.
Dans notre pays, les assurances sociales ne sont de loin pas aussi développées que dans la plupart des pays qui nous entourent, mais au moins elles sont solides.
Pourtant, pour assurer une longue vie à notre système social, il faut s’engager à le réformer.
Il n’est pas pour autant nécessaire de démanteler ce que nos prédécesseurs ont patiemment construit, il n’est par exemple pas raisonnable de vouloir diminuer les rentes AVS ou augmenter l’âge de la retraite à 67 ans alors que ce n’est pas nécessaire.
Réformer, c’est agir dans la continuité, c’est agir sans a-coups, c’est agir sans faire de la provocation, c’est agir sans vouloir affaiblir la solidarité entre les actifs et les retraités, ou de la solidarité entre les grandes villes, qui concentrent les activités qui rapportent, et les petites villes ou les villages, qui n’ont pas cette chance. Réformer, c’est agir sans précipitation, sans peindre le diable sur la muraille, réformer c’est trouver des solutions réalistes pour un nouveau contrat social.
Mais la prospérité de notre pays ne repose pas que sur les institutions sociales, elle repose aussi sur la stabilité politique.
Et vouloir la stabilité politique, c’est d’abord dire non à la pure politique spectacle ! Je ne suis pas d’accord avec celles et ceux qui font de l’agitation et qui créent de l’insécurité dans les têtes. Faire de l’agitation, dramatiser, par exemple en proposant de diminuer les rentes AVS alors que ce n’est pas nécessaire, tout cela n’a jamais fait une bonne politique. Ce dont nous avons besoin, c’est de stabilité, c’est de savoir où nous allons, de savoir quelles sont les conséquences des choix que nous effectuons. Ce qu’il nous faut, c’est une véritable recherche, sérieuse et constante, de solutions dans l’intérêt du pays. La question n’est donc pas tellement de savoir si il faut modifier la composition du Conseil fédéral ou non, – n’en déplaise à mes collègues socialistes-, parce que ce n’est pas cela qui compte finalement. Ce qui compte, ce n’est pas l’appartenance politique de tel ou tel politicien, mais ce qui compte, c’est la politique qu’il mène.
La prospérité de notre pays et de notre canton repose finalement sur une situation économique saine et sur des services de qualité.
Vous savez que des réformes sont engagées autour de grandes entreprises publiques. La Poste connaît des mutations importantes.
Il n’est pas négatif que ces entreprises évoluent. Au contraire, s’adapter aux nouveaux besoins pour répondre aux attentes de la population est même une excellente chose. Mais il faut rester attentif à cette évolution et garder la tête froide parce que c’est aussi en assurant des services de qualité ailleurs que dans les villes, c’est aussi en construisant une solidarité entre les grandes villes et les régions qui composent notre canton que passe la cohésion nationale.
Une situation économique saine ne dépend pas que de services publics de qualité, elle dépend aussi de la vitalité des PME.
On pense souvent beaucoup aux grandes entreprises, parce qu’elles sont plus connues, parce que quand elles licencient ce sont des centaines d’emplois qui disparaissent, et on ne pense pas assez aux petites et moyennes entreprises. Vous savez, ce ne sont pas les grandes entreprises qui font 90% des places de travail dans notre pays, ce sont les petites, celles qui occupent moins de 10 personnes ! Et ces entreprises-là, artisans, petits ateliers, commerces de village, exploitations agricoles, sont trop souvent oublié, et personne ne les défend vraiment ! Souvent des paroles, oui, mais rarement des actes. Ce sont pourtant des composants essentielles de notre économie et nous devrions les choyer plutôt que de les oublier !
Pour cela, il faut compter sur les forces locales, il faut organiser des conditions qui soient encourageantes pour les PME, il faut favoriser l’innovation.
Je vous parle de cela parce que mes activités professionnelles m’amènent tous les jours à être en contact avec la situation que vivent les petites entreprises et les exploitations agricoles, dont le revenu a chuté de façon très importante ces dix dernières années. La situation est déjà très tendue et risque de devenir socialement et économiquement catastrophique et, pour l’agriculture, ce ne sont pas les mois de sécheresse que nous venons de connaître qui vont arranger les choses.
A chaque domaine, à chaque branche d’activité correspondent donc des solutions propres. Il faut les trouver, les développer et les appliquer. La réalité du terrain est souvent bien loin des théories économiques et il faut se méfier aussi bien du « tout au marché » que du « tout à l’Etat ».
Les solutions pragmatiques ne sortent pas des livres, il faut de l’intelligence et de la clairvoyance pour les trouver.
Cette vision de l’action politique constitue le cœur de mon engagement actuel notamment au sein de la Constituante.
Je suis convaincu que le moment est venu de rechercher de nouvelles solutions, de chercher de nouvelles recettes dans la concertation.
Je suis certain qu’on peut faire mieux en faisant autrement, en plaçant toujours l’intérêt du pays et de sa population avant les intérêts de quelques lobbies importants.
Laissez moi vous dire en conclusion que nous sommes réunis ici parce que nous aimons notre pays et notre canton et c’est un très noble et très beau sentiment.
Nous allons continuer, ensemble, à nous engager pour promouvoir une organisation de la société qui soit juste, qui se fonde sur la solidarité et qui respecte la diversité dans laquelle nous vivons parce que ce sont là les éléments qui font notre force.
Le populisme, la xénophobie, les pseudo-recettes n’ont jamais rien amené de bon à notre pays. Ce que je souhaite pour l’avenir, c’est que ce pays soit dirigé par des politiciens clairvoyants, des politiciens courageux, qui aient l’écoute et l’intelligence nécessaire à l’échange politique, le courage de parler clair et vrai et, enfin, la vigueur indispensable au débat. La Suisse, le canton de Fribourg et la commune de Grangettes le méritent amplement.
Que la fête soit belle.
Alain Berset, le 1 août 2003
Seul le texte prononcé fait foi
Source : ancien site berset.ch, copie archive.org du 11.03.2005