Belfaux
Discours lors de la réception officielle,
Belfaux, le 19 décembre 2003
Alain Berset, conseiller aux Etats
Monsieur le président du Grand Conseil,
Madame la conseillère d’Etat, chère Ruth,
Monsieur le président du Conseil général,
Mesdames et Messieurs,
CherEs amiEs,
C’est avec un tout grand plaisir et aussi avec une certaine émotion que je prends la parole devant vous dans notre village à Belfaux. J’aimerais tout d’abord vous remercier toutes et tous pour l’accueil très chaleureux que vous m’avez réservé.
Je suis également très touché par la fête que vous avez souhaité organiser après les élections fédérales. Les rencontres et les échanges sont les racines de la vie en communauté et je suis simplement heureux de vous retrouver ici ce soir.
Mes remerciements vont donc à toutes celles et ceux qui ont organisé cette fête et qui l’accompagnent de musique et de chant (les enfants des écoles, le chœur d’enfant chantclair, le chœur mixte, la fanfare et la guggenmusik Tricouni), mais aussi à vous toutes et tous pour l’accueil que vous avez réservé à ma candidature, pour le soutien que j’ai ressenti durant toute la campagne électorale.
Au moment où le travail commence aux Chambres fédérales, vos encouragements me donnent de la force, je peux vous assurer que sans cela, tout serait beaucoup plus difficile.
C’est évidemment pour moi un honneur tout particulier d’être reçu à Belfaux, la commune dans laquelle j’ai grandi et vécu jusqu’à aujourd’hui. Depuis l’école maternelle, dans les années 70, jusqu’à mon entrée au Conseil général en 2001 et jusqu’à aujourd’hui, en passant par l’école primaire et par les activités sportives au club athlétique de Belfaux.
Il reste d’ailleurs encore une trace de mon passage à l’école primaire puisque, avec quelques copains de classe et notre maître, nous avions construit en 1983 le petit dinosaure qui sert maintenant de promontoire à escalader pour les enfants de l’école. C’était il y a exactement 20 ans, bien avant « Jurassic Park » et bien avant que les Chambres fédérales ne décident, le 10 décembre dernier, d’élire aussi quelques dinosaures de la politique au Conseil fédéral.
Tout cela m’a aussi rappelé une autre anecdote. Vous vous souvenez peut-être que Elisabeth Kopp, qui était alors conseillère fédérale, était venue en visite officielle à Belfaux. C’était un jour de fête, tout le village avait été invité. A cette occasion-là, mon grand-papa, qui était maréchal-forgeron avait fait cadeau d’un fer à cheval à Mme Kopp, pour lui porter bonheur.
Quelques temps plus tard, Mme Kopp était poussée à démissionner du Conseil fédéral, dans des conditions difficiles.
Je me suis toujours demandé pourquoi cela n’avait pas marché, et je crois qu’on avait oublié d’expliquer à Mme Kopp comment il fallait tourner le fer à cheval pour qu’il porte bonheur…
J’ai remarqué, dans les contacts et les discussions que j’ai eues ces derniers mois, que le contexte social et économique préoccupait une partie croissante de la population.
Suite au 19 octobre et au renouvellement des Chambres fédérales, suite au 10 décembre et à l’élection du Conseil fédéral, on a vu encore grandir ces craintes, légitimes, de démantèlement des assurances sociales, de démantèlement des services publics et de recul de la solidarité, cette solidarité qui est le ciment social de notre commune, de notre canton et de notre pays.
Premièrement, notre pays doit rester capable de s’occuper de tous, en particulier des plus démunis.
Nos prédécesseurs, éclairés, ont construit un ensemble cohérent et solide d’œuvres sociales qui profitent à l’ensemble de la population. C’est par exemple l’AVS, l’assurance sociale par excellence, une assurance qu’il faut éviter d’affaiblir maintenant, alors que de plus en plus de personnes connaissent au seuil de la retraite des conditions de vie précaires. Le financement de la politique sociale n’est pas qu’une question de mathématique financière, c’est avant tout un choix politique.
Deuxièmement, c’est vrai aussi que, pour financer sa politique sociale, notre pays doit rester prospère.
Pour cela, il faut parfois faire preuve d’audace, il faut savoir oser. Nous devons tous choisir, à différents moments de notre vie, entre l’audace et le repli sur soi, et nous savons aussi que la chance sourit aux audacieux. Avoir de l’audace, c’est par exemple investir dans les domaines qui nous rendent meilleurs et qui font notre compétitivité, je pense notamment à la recherche et à la formation.
Enfin, troisièmement, notre pays doit avoir confiance dans ses institutions.
C’est là une question qui s’est posée en particulier le 10 décembre, lors du renouvellement du Conseil fédéral. L’élection du Conseil fédéral, qui était devenue depuis plus de 40 ans presque une simple formalité, s’est transformée en enjeu majeur, presque en choix de société. Pour moi, il est curieux de constater que, au nom de la concordance – on entend presque que ce mot-là depuis deux mois –, nous avons maintenant un gouvernement moins « concordant » que le précédent. Les membres du gouvernement ne semblent plus partager cette plateforme de valeurs minimales qui permet la concordance, et nous avons, j’en suis convaincu, un gouvernement très éloigné des préoccupations et des attentes de la population.
Ainsi, pour la première fois depuis longtemps, ces trois piliers, solidarité, prospérité et confiance sont remis en cause en même temps. Le contexte est difficile, et je sais que les attentes sont importantes.
Il faut avoir de l’ambition pour notre canton et notre pays. Il faut soutenir toutes les démarches qui visent à nous renforcer et refuser de se laisser aller à l’abattement ou au découragement.
Il y a un peu plus d’un mois, vous m’avez donné votre confiance, avec le mandat d’assurer la représentation du canton de Fribourg au Conseil des Etats. J’ai toujours considéré que ce mandat n’appartient pas à une personne en particulier, il appartient à toutes les habitantes et à tous les habitants du canton de Fribourg. Je vais donc m’employer à vous représenter le plus efficacement possible au Conseil des Etats, y exprimer aussi des doutes, des espoirs et des attentes.
Je compte donc sur vous pour m’interpeller quand vous le souhaiterez. Je suis là pour ça.
Enfin, Mesdames et messieurs, cherEs amiEs, le palais fédéral, c’est notre maison à tous ! Alors je vous propose – et considérez-le comme une invitation formelle, ce ne sont pas des paroles en l’air- je vous propose de venir visiter le palais fédéral pendant une session parlementaire et je me ferai un plaisir de l’organiser avec vous.
Mesdames et messieurs, cherEs amiEs, j’aimerais pour terminer vous redire le plaisir que j’ai à vous voir toutes et tous ici ce soir. Votre présence témoigne aussi de la richesse de la vie sociale de notre village, faite d’un nombre important de sociétés sportives, musicales, culturelles, faite aussi d’un nombre importante de personnes qui s’engagent pour développer cette vie sociale. Merci à toutes celles et ceux qui ont mis la main à la pâte ce soir, j’en suis très touché et je remercie les pompiers, le personnel communal et toutes les personnes qui ont collaboré à l’organisation de cette soirée.
C’est de ces rencontres-là que se nourrit mon engagement politique et c’est fort de votre soutien que j’aborde avec détermination le mandat que vous m’avez confié.
Merci de votre accueil et merci de votre attention.
Alain Berset, le 19 décembre 2003
Seul le discours prononcé fait foi
Source : ancien site berset.ch, copie archive.org du 16.05.2005