Autigny

De l’ambition et de l’audace pour la Suisse !

Discours prononcé à l’occasion de la Fête nationale suisse le 31 juillet 2006, à Autigny

Seul le texte prononcé fait foi

Chères concitoyennes et chers concitoyens habitant Autigny et Chénens,

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

Permettez-moi pour commencer de vous dire le plaisir avec lequel je m’adresse à vous en ce jour de fête nationale, ici à Autigny, à quelques pas de la frontière entre le district de la Sarine, où je vis aujourd’hui, et celui de la Glâne, où j’ai passé mes premières années.

J’ai donc accepté sans hésiter une seconde l’invitation du Conseil communal d’Autigny à vous adresser un message pour la fête nationale et à passer cette soirée en votre compagnie. Pour m’avoir donné l’occasion de vous rencontrer ce soir, je voudrais donc vous remercier toutes et tous très chaleureusement.

De nos jeunes années justement, nous gardons des images, la mémoire de certains moments et, parmi ces moments-là, les fêtes du premier août occupent une place particulière. Parce qu’il y a finalement assez peu d’occasions de célébrer et de fêter le lien qui nous unit.

Mesdames et Messieurs, le 1er Août, c’est une fête conviviale et chaleureuse, où nous nous retrouvons pour le plaisir de la rencontre et du partage.

Vous le savez peut-être, le premier août est aussi la fête nationale du Bénin, ce pays d’Afrique de l’ouest. Si nous étions au Bénin, nous serions aujourd’hui réunis pour fêter l’indépendance du pays, acquise le premier août 1960 précisément, après le départ de la puissance colonisatrice.

Mais sinon, que fêtons-nous exactement ? Le serment du Grütli, prononcé par trois suisses il y a un peu plus de 700 ans ? La naissance de la Suisse moderne, en 1848 ? L’entrée de Fribourg dans la Confédération en 1481 ?

En Suisse, nous ne fêtons pas vraiment un moment précis dont tout le monde se souvient, parce que notre histoire est très ancienne et remplie d’événements qui se sont succédé. Nous fêtons plutôt un sentiment qu’un événement : le sentiment d’appartenance à une communauté nationale composée de quatre langues, de différentes cultures, confessions et tendances politiques. Une communauté qui n’est jamais allée de soi !, mais qui s’est construite et renforcée avec le dialogue, le respect des minorités et le consensus.

Le premier août, c’est donc l’occasion de nous souvenir de ce qui nous unit, de réfléchir à ce sentiment qui nous anime, ce sentiment d’appartenir à une communauté villageoise, puis à une communauté régionale, cantonale et suisse.

J’ai rencontré la semaine dernière à Fribourg une équipe de télévision espagnole, qui tournait un documentaire sur le fédéralisme et sur le cas suisse. Ils m’ont demandé si je me sentais plutôt suisse ou plutôt fribourgeois. Je leur ai expliqué que je me sentais à la fois fribourgeois et suisse, et que ces deux identités se complétaient et se nourrissaient l’une l’autre mais ne s’excluaient pas et que je n’avais aucune envie ni aucune obligation de choisir l’une ou l’autre ! C’est peut-être là une des clés de notre identité commune.

Mesdames et Messieurs,

D’autres orateurs du 1er août, en d’autres endroits, font certainement de notre Fête nationale une fête du nationalisme. Ils parlent d’une Suisse qui ne regarde que son passé, qui ne cherche pas à développer une vision pour l’avenir, et ils convoquent les mythes fondateurs de notre pays pour faire le plaidoyer de l’isolement, de la neutralité et des frontières.

Mais la fête nationale n’est pas seulement la commémoration du serment de 1291 ! C’est surtout la fête d’un pays qui était formé à l’origine de seulement trois cantons, un pays qui s’est agrandi au cours des siècles en accueillant de nouvelles contrées, de nouveaux cantons et en élargissant à chaque fois le pacte d’origine, parce qu’il avait perçu dans ces nouvelles collaborations une force collective plus grande. C’est en somme la fête d’un pays qui, durant toute son histoire, n’a jamais considéré ses frontières d’origine comme quelque chose d’intouchable. Sans quoi nous, fribourgeois, n’en ferions même pas partie !

Dans la longue histoire de sa construction, La Suisse a souvent fait –en toute indépendance- le choix de l’ouverture. Les Confédérés qui ont accueilli les cantons de Fribourg et Soleure en 1481 n’ont pas eu peur de partager leur indépendance décisionnelle. Et ces choix répétés de l’élargissement, pendant plus de 500 ans, ont été profitables à tous et ont créé la Suisse moderne dans laquelle nous vivons aujourd’hui.

Il ne faut pas en déduire que notre pays devrait continuer à s’étendre, mais plutôt que seule une vision commune d’avenir permet à un pays de se développer. La population suisse, dans les moments-clé, a toujours su faire des choix importants et courageux.

Par exemple en acceptant l’entrée dans l’ONU, la population suisse a clairement indiqué qu’elle ne souhaitait pas rester à l’écart des tentatives de régler les conflits, même si c’est toujours une tâche difficile.

Par exemple en acceptant les accords bilatéraux I et II, la population suisse a clairement indiqué qu’elle entendait collaborer, à sa manière, à la construction européenne.

Le 1er août n’a jamais été la fête de la peur et de la fermeture ; le 1er août, c’est d’abord la fête de cet attachement à des communautés, qu’elles soient fédérales, cantonales ou communales, c’est la fête de ce sentiment d’appartenir tous un peu à la même famille, avec le lien social et le lieu de vie comme critère d’appartenance. C’est la fête de la confiance et de la solidarité qui nous unissent et qui nous poussent à nous engager, dans les activités publiques, dans des associations ou des sociétés.

Alors l’indépendance que nous célébrons ce soir, notre indépendance la plus importante, n’est pas géographique ou politique, mais c’est notre indépendance dans les choix que nous faisons pour notre canton et notre pays. Et la démocratie directe nous permet de faire ces choix tous ensemble et de montrer la voie que le pays doit suivre. Ces prochains mois aussi, nous allons être appelés souvent à donner notre avis, alors permettez-moi d’ouvrir ici une parenthèse sur une votation qui me tient à cœur.

Le respect des minorités, l’attention aux plus faibles, l’intégration des divergences d’opinions dans le processus décisionnel aurait pu permettre de réformer le système de l’asile en Suisse. Il en aurait d’ailleurs besoin. Mais la loi sur l’asile sur laquelle nous voterons en septembre prochain passe malheureusement à côté de toutes les questions importantes. Elle ne permettra pas de lutter contre les requérants délinquants, ne permettra pas de renvoyer les requérants déboutés, mais frappera paradoxalement celles et ceux qui auraient vraiment besoin de protection en Suisse.

Avec les doutes importants qu’elle suscite, il est bon que le peuple donne son avis sur cette loi.

Mesdames et Messieurs,

Nous avons la chance de vivre dans un canton et un pays qui sont prospères. Cela ne veut pas dire que les difficultés n’existent pas, mais plutôt que nous savons retrousser nos manches pour faire face. J’ai participé de près à Berne aux travaux sur la politique régionale, qui permet notamment au canton de Fribourg de développer ses emplois et son économie. Je participe de près, ces jours, à la conception de la politique agricole, et je souhaite qu’elle permette encore à l’avenir de soutenir le monde agricole qui est confronté depuis quinze ans à des évolutions très très rapides.

Mais il faut être toujours attentif ! Hier encore, la presse se faisait l’écho d’un ouvrage qui vient de paraître, dans lequel un polémiste proposait de supprimer le département fédéral de l’économie, laissant entendre que Joseph Deiss n’avait servi à rien et que l’économie ne devait être gouvernée que par ses propres règles. Cela signifierait la disparition de la politique régionale et la libéralisation totale des marchés, mais surtout la disparition de tout contrôle démocratique sur le fonctionnement de l’économie.

Ces exemples montrent que nous devons nous serrer les coudes car si la machine se grippe, si l’individualisme l’emporte sur le sentiment d’appartenance à notre communauté, c’est finalement l’ensemble de la population, nous tous qui en subissons les conséquences, et ce sont les plus faibles qui en font les frais.

Conclusion : Une Suisse qui a confiance et qui croit en son avenir !

Je vous ai dit mon plaisir à vous adresser quelques mots à l’occasion de cette belle fête du premier août. Pour conclure, j’aimerais adresser des vœux, des vœux à la fois d’espoir et de confiance pour notre pays.

L’espoir d’abord, d’une société attentive à chacun de ses membres, une société qui donne à chacune et à chacun les conditions qui permettent de croire en l’avenir.

La confiance ensuite, confiance dans notre capacité à dépasser nos peurs, à rester indifférent à la démagogie et à porter haut l’indépendance que nous avons pour choisir librement le meilleur chemin vers notre avenir commun.

Aimer son pays et avoir de l’ambition pour lui, c’est soutenir son développement, c’est refuser de se laisser aller à l’abattement ou au découragement. C’est ici, Mesdames et Messieurs, dans notre jardin, que poussent les germes de notre engagement à faire la Suisse d’aujourd’hui et de demain.

Notre engagement est fait d’action, il est fait d’ouverture, il est fait de confiance et il est fait d’audace !

Nous sommes réunis ce soir pour fêter notre attachement à notre pays. Sachons le faire respirer, sachons le rendre confiant en lui-même, sachons le faire vivre !

Que la fête soit belle. Bonne fête nationale à toutes et à tous, et merci de votre attention.

Alain Berset, le 31 juillet 2006

Source : ancien site berset.ch, copie archive.org du 22.10.2007

Icônes : Icons8