Berne
Allocution prononcée par le Conseiller fédéral Alain Berset à l’occasion de la remise des Prix Balzan 2013 à Berne – Seules les paroles prononcées font foi.
Le prix Balzan est une récompense à part, c’est parce qu’il réunit deux mondes de la connaissance qui sont souvent étrangers l’un à l’autre.
Car les colloques interdisciplinaires ont beau être nombreux, force est de constater que sciences naturelles et sciences humaines et sociales ne se mélangent pas vraiment.
On a parfois l’impression que rien n’a changé, ou presque, depuis que le scientifique et écrivain britannique C. P. Snow a posé son célèbre diagnostic des « deux cultures ».
En 1959 déjà, c’est-à-dire à peine deux ans après la création du prix Balzan, il déplorait la disparition d’une culture commune et le développement de deux cultures à l’opposé l’une de l’autre : celle des sciences dites exactes et celle des lettres.
Il se faisait d’ailleurs une joie, dans les cérémonies réunissant la fine fleur littéraire, de demander qui pouvait expliquer la notion physique de la masse. Résultat : personne.
« Et ce », écrivait-il, « alors que la question que je leur avais posée était le pendant scientifique d’une question du type Savez-vous lire ? ».
Le prix Balzan dépasse cette hypothèse d’une incompréhension mutuelle. Car, soyons réalistes : il y a peu de chances que les scientifiques en sachent plus sur la masse au sens sociologique que les littéraires sur son acception physique.
Si le prix Balzan récompense deux cultures, c’est parce qu’il estime – à juste titre ! – qu’elles sont aussi indispensables l’une que l’autre.
Qui plus est, le prix Balzan est résolument tourné vers l’avenir.
Depuis 2001, chaque lauréat doit en effet reverser la moitié de la somme qu’il reçoit à des projets de recherche menés par de jeunes scientifiques dans son domaine.
Opter pour une vision globale et miser sur l’avenir – en voilà une excellente approche !
- On jette ainsi un pont entre deux mondes de la connaissance.
- Et on récompense la performance accomplie en posant les bases de la suivante.
Dans les premières décennies d’après-guerre, progrès scientifique et progrès social étaient considérés comme un tout.
Aujourd’hui, nous traversons une crise du progrès : le progrès social est devenu synonyme de conservation des acquis, tandis que le progrès scientifique se révèle parfois une arme à double tranchant.
Les percevoir à nouveau comme un tout, tel est l’objectif.
Le prix Balzan nous rappelle l’importance de cet objectif, que Victor Hugo avait formulé ainsi : « Le progrès est le pas collectif du genre humain ».
Car toute innovation doit aussi être une innovation sociale. Faute de quoi, elle ne sortira même pas du laboratoire. Ou prendra la poussière sur une étagère.
Permettez-moi de vous donner un exemple issu de mon domaine : une politique de la santé efficace ne repose pas seulement sur des fondements médicaux et techniques. Elle appelle également des connaissances de la société et des institutions, de la psychologie et de l’économie :
Le changement de paradigmes au sein de la société permet d’envisager de nouvelles techniques.
- Mais les nouvelles techniques doivent avoir un ancrage social pour pouvoir déployer leurs effets.
I maggiori problemi del futuro, dal cambiamento climatico all’evoluzione demografica, possono essere affrontati soltanto in una prospettiva plurale e interdisciplinare, cioè mobilitando tutte le risorse a disposizione dell’umanità in termini di conoscenza.
In una nuova edizione meno conosciuta del suo saggio, C. P. Snow aveva suggerito un matrimonio tra scienza e letteratura, il cui frutto avrebbe dovuto essere una «terza cultura» fondata su un dialogo fecondo. Come gli sarebbe piaciuta questa serata!
La scienza deve accontentarsi di riflettere sul mondo o deve anche cambiarlo? I nostri premiati sono la dimostrazione vivente che le due cose sono indissolubilmente legate. Perché con le loro riflessioni cambiano il mondo.
Source : Conseil fédéral, admin.ch · Document original (PDF)