Nyon
Allocution du Conseiller fédéral Alain Berset – Seules les paroles prononcées font foi.
Mesdames, Messieurs
Je me réjouis d’être à Nyon ce soir pour ouvrir avec vous au 18e Visions du Réel.
Chaque année, Nyon est pendant quelques jours la « capitale internationale » du cinéma documentaire. Un large public se donne rendez-vous sur les rives du Léman pour voir des films sur grand écran.
Beaucoup de films qui sont montrés à Nyon ne seront jamais projetés dans les salles de cinémas suisses ni diffusés à la télévision. Le festival est donc une occasion unique de se faire une image, en mouvement, des réalités d’ici et d’ailleurs.
Nyon est un lieu de la diversité, sur le plan des contenus comme sur celui de la forme. Aucune limite n’est imposée quant à la forme d’expression ; la liberté artistique n’a pas à être corsetée pour se plier à des formats et des temps de diffusion. C’est aussi ce qui fait de Nyon un lieu de découvertes et d’expérimentations. Consciente du caractère trop réducteur de la notion de film documentaire, la direction a rebaptisé le festival « Visions du Réel » il y a déjà plusieurs années.
Le documentaire est une des spécialités suisses. Le réalisateur Christian Frei l’a récemment caractérisé de la façon suivante : « Le documentaire suisse jouit d’une vraie reconnaissance internationale. Pourquoi ?
Parce qu’il est pratiqué par des réalisateurs radicaux qui flirtent avec les limites, qui osent explorer de nouvelles voies aussi bien dans la narration que dans le choix des sujets. ».
Pendant longtemps, le cinéma documentaire a été plutôt l’apanage des cinéastes alémaniques, tandis qu’en Suisse romande le « Groupe des cinq » (avec Alain Tanner, Claude Goretta, Michel Soutter, Jean-Louis Roy, Jean-Jacques Lagrange et d’autres) réinventait le cinéma de fiction.
Ce partage des rôles n’est aujourd’hui de loin plus si évident, et ce depuis quelque temps déjà. Preuve en est : le prix suisse du cinéma dans la catégorie documentaire est allé cette année à « Vol spécial » de Fernand Melgar. Ce film engagé nous rappelle de manière impressionnante que derrière la politique d’asile il y a des êtres humains. C’est là une des forces du cinéma documentaire : il enregistre à la manière d’un sismographe les thèmes qui nous touchent, il observe, il nous tend un miroir qui montre l’état de notre société.
Trouver le chemin qui permet d’appréhender une réalité complexe est souvent le fruit d’années de recherche et de tâtonnements. L’attitude du réalisateur est déterminante. Elle nous permet de comprendre son histoire, elle nous offre un point d’appui, une boussole.
En résumé, et comme l’indiquait Samir une finalité du travail de réalisateur est : « Pour qu’on puisse comprendre un peu mieux ».
Les noms des protagonistes des films que nous verrons ici sont rarement associés au glamour. Nous n’avons souvent jamais entendu parler des lieux où ils vivent. Leur destin est de ceux que nous préférons ne pas voir dans le quotidien. Il s’agit souvent de petites histoires, qui donnent à réfléchir et qui laissent un grand effet sur le spectateur.
Les années 1960 et 1970 ont marqué le début d’une nouvelle ère cinématographique. Le cinéma suisse s’oriente alors vers la critique sociale, il se fait plus impertinent, plus inventif. Il fête des succès à Cannes et dans le monde entier.
Nous sommes aujourd’hui à un nouveau tournant. Un film n’est plus uniquement destiné à un écran de cinéma ou à la petite lucarne de la télévision. Il se fraie un chemin vers le public sur le PC ou le téléphone portable via l’internet. Il associe un vaste public à ses recherches et à son financement, il est entouré de produits dérivés : jeux et forums de discussion. Il se veut davantage que simplement un film. Voilà qui ouvre des perspectives passionnantes.
Qui dit nouvelles plateformes dit aussi nouvelles possibilités de réalisation et d’exploitation, et nouvelles coopérations transversales, y compris pour les projets documentaires. Reste qu’une révolution numérique ne saurait remplacer ou renouveler les contenus. Ce qui compte, c’est ce qui est raconté. Et les histoires se trouvent aussi sur le pas de notre porte.
Bien que chacun ait aujourd’hui la possibilité de voir un film ou de suivre un projet de film pratiquement à toute heure et en tout lieu, on constate que les festivals attirent un nombre croissant de gens. Les rencontres virtuelles renforcent le besoin de rencontres et d’échanges réels. L’expérience de la salle obscure, la rencontre personnelle semblent répondre à un profond besoin humain.
Pour prospérer, un festival a besoin d’un environnement propice à la fois au retour sur soi et au renouvellement. Ce potentiel est présent dans l’Arc lémanique et la Confédération y apporte son soutien. On mentionnera ici :
• La Cinémathèque suisse à Lausanne. Elle maintient vivant le patrimoine culturel cinématographique et peut compter sur le soutien scientifique de l‘Université de Lausanne. • Les entreprises de production et de distribution de l’arc Genève-Lausanne, qui contribuent à ce que des films puissent être réalisés et vus, par-delà les frontières linguistiques et nationales. • La Fondation romande, grâce à laquelle le cinéma a depuis peu une assise permettant de soutenir le financement de films à l’échelle régionale. • La fondation Focal à Genève, qui est un puissant leader en matière de formation continue. • Les hautes écoles spécialisées HEAD et ECAL à Genève et à Lausanne, qui forment la relève cinématographique et qui assurent l’arrimage à l’innovation par leur activité de recherche.
J’étais en janvier aux Journées de Soleure, en mars au Festival de Films de Fribourg, ce soir ici à Nyon et Locarno figure dans mon agenda au mois d’août. Chaque festival a son propre visage, qui lui est donné par son orientation, son public cible, son hospitalité, mais aussi par sa couleur saisonnière et le génie de la ville qui l’accueille.
Comme chaque année, Visions du Réel nous dira quels sont les thèmes qui occupent actuellement les cinéastes. Des invités des quatre coins du monde se retrouveront ici avec l’objectif partagé de voir des films avec d’autres et d’en discuter ensemble. Nyon sera aussi avec le Doc-Outlook Market un important marché international où les professionnels feront leur emplettes.
Tout cela fait que l’on vient volontiers ici et que l’on aime s’y attarder. Nous sommes curieux de voir vers quels horizons nous emmèneront cette année Visions du Réel.
Je remercie toutes celles et tous ceux qui contribuent à la réussite de ce rendez-vous et je me réjouis maintenant de découvrir en votre compagnie L’Ombrello di Beatocello. Merci !
Source : Conseil fédéral, admin.ch · Document original (PDF)