Genève

Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.

Au nom de la Confédération suisse, je vous souhaite la bienvenue à Genève pour la 75e Assemblée mondiale de la Santé placée sous le thème de « La santé pour la paix, la paix pour la santé ».

Pour la première fois depuis le début de la pandémie de Covid-19, nous nous retrouvons en présentiel. C’est une joie et un honneur de pouvoir vous accueillir dans ces conditions, aujourd’hui, ici en Suisse.

Cette Assemblée a lieu dans des circonstances exceptionnelles. Une guerre sévit en Europe, et des actes inacceptables à l’aune du droit humanitaire international sont perpétrés contre les populations civiles.

La Suisse, en tant que gardienne des Conventions de Genève, est profondément engagée en faveur du droit international humanitaire. Celui-ci établit des règles visant à protéger l’accès aux soins de santé lors de conflits armés. C’est une mission essentielle, qui doit garantir la protection des blessés, des malades, du personnel sanitaire ainsi que de leurs unités et moyens de transports. La santé ne doit jamais être une cible.

Pour cette raison, j’appelle ici tous les États membres et acteurs concernés à respecter ces normes, et à soutenir les programmes visant à prévenir et empêcher les attaques contre les services de soins.

Ce constat nous oblige à regarder au-delà du continent européen. De nos jours, les conflits armés continuent malheureusement de marquer les relations internationales. Dans ce contexte, l’OMS n’a rien perdu de son importance, bien au contraire. La santé est un droit de l’homme. Et un enjeu primordial pour toutes et tous. Elle constitue un des fondements essentiels de la sécurité et de la paix mondiales.

Pour la Suisse, l’accès aux services de santé de base, ainsi que la protection face aux situations d’urgence sanitaire sont indissociables. Nous défendons ainsi avec détermination l’aide aux populations les plus vulnérables, et cela dans toutes les régions du monde.

Nous sommes convaincus qu’une approche multisectorielle fondée sur les droits de l’homme est essentielle pour promouvoir la paix et préserver la sécurité mondiale. Le nexus entre la coopération au développement, l’aide humanitaire et la consolidation de la paix permet d’assurer les progrès en matière de développement de prévenir la détérioration de la santé publique et de favoriser le dialogue visant à promouvoir la paix entre les parties au conflit.

J’en suis convaincu : le combat pour la santé de toutes et tous est un facteur de rapprochement pour nos sociétés et, à terme, un catalyseur de paix.

À Genève, les discussions autour de la paix et de la santé ont une longue tradition. Je suis donc d’autant plus heureux que l’Initiative Santé pour la paix, née d’une collaboration entre le Sultanat d’Oman et la Suisse, ait mené à une décision proposée pour adoption lors de cette Assemblée.

Cette initiative vise à faire de la santé un facteur durable de paix dans les contextes de conflits émergents ainsi que lors de périodes post-conflits. A ce titre, l’OMS doit jouer un rôle central, en tant qu’agence sanitaire universelle, pour atténuer l’impact des conflits armés et améliorer les perspectives de paix et de cohésion sociale à l’échelle mondiale.

Dans un environnement sanitaire et politique difficile, cette initiative nous rappelle l’importance cruciale de la coopération et de la santé en tant que pont pour la paix.

La pandémie qui frappe le monde depuis plus de deux ans n’est pas encore vaincue. Elle cause encore chaque jour de trop nombreuses victimes. Aujourd’hui, nous toutes et tous avons pour responsabilité de prévenir et de lutter contre les nouveaux défis qui menacent la santé sur cette planète. Ensemble, nous devons sans attendre renforcer notre détermination à effectuer la transition vers des conditions de vie décentes, sûres et durables pour toutes et tous.

Le temps presse et nous n’avons aucune excuse dans l’inaction.

La pandémie de Covid-19 nous a rappelé le besoin crucial de solidarité internationale, d’un multilatéralisme fort, et d’une Organisation mondiale de la santé efficace et universelle.

La Suisse est d’avis que les réformes dans le domaine du financement et de la gouvernance sont essentielles pour l’Organisation, afin de renforcer son rôle dans la préparation et la réponse futures aux pandémies. Nous pensons que ces réformes devraient avoir lieu au sein des institutions existantes, afin de consolider la confiance mutuelle, la coopération et la responsabilisation de chacun.

Pour la Suisse, il est primordial que :

l’OMS demeure le centre de la gouvernance mondiale de la santé.

Et que son rôle normatif soit renforcé, afin de détecter les futures menaces potentielles pour la santé mondiale.

La pandémie a démontré la nécessité de s’appuyer sur des instruments internationaux contraignants. A ce titre, la Suisse soutient

D’une part, le développement d’un nouvel instrument international pour la prévention et la préparation globales aux crises sanitaires ;

Et d’autre part, le processus d’adaptation du Règlement sanitaire international, impliquant une meilleure application des capacités au niveau national.

Le temps est aussi venu de préciser nos attentes vis-à-vis de l’organisation. Car pour que l’OMS soit capable d’y répondre efficacement, il est vital qu’elle soit financée de manière durable.

A ce sujet, je tiens à féliciter le groupe de travail sur le financement durable, ainsi que son bureau, pour l’engagement et le consensus obtenu dans le cadre de leur mandat.

Ce consensus démontre que nous avons compris, collectivement, la nécessité d’avoir une OMS forte dotée de moyens appropriés, de capacité et d’autorité pour soutenir les Etats membres, y compris dans la préparation et la riposte aux pandémies.

Les tâches et les responsabilités qui nous incombent cette semaine sont vastes. Nous devons œuvrer afin de mieux nous préparer au niveau régional, national et international pour faire face aux crises qui nous attendent. Cela passe nécessairement par le renforcement de nos systèmes de santé et par l’amélioration de la qualité des soins.

A ce titre, la sécurité des patients est une question cruciale de santé publique.

La Suisse aura l’honneur d’organiser le 5ème Sommet ministériel sur la Sécurité des patients les 23 et 24 février 2023 à Montreux. Il marquera une nouvelle étape dans l’effort continu, au niveau international, visant à renforcer la sécurité des patients ainsi qu’à identifier des solutions concrètes de mise en œuvre.

Je vous invite d’ores et déjà à y participer afin d’approfondir ce dialogue important.

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