Fribourg

Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.

Discours prononcé en français et en allemand. Texte original, non traduit.

Ami-e-s des réceptions officielles, Ami-e-s des chances nouvelles, Mesdames et Messieurs,

J’aimerais en préambule évoquer la figure d’un politicien français, Armand Fallières, qui a dirigé la France entre 1906 et 1913.

Voici ce qu’il disait :

« Président : la place est bonne, malheureusement il n’y a pas d’avancement. »

Avec son tournus annuel parmi les membres du Conseil fédéral, le système mis en place en Suisse ne promet guère plus d’avancement à celui qui la préside.

Mais il offre cependant aux anciens Présidents, comme à l’élève en difficulté qui redouble, la possibilité de s’améliorer au cours d’un nouveau mandat.

Je vais donc appréhender l’année 2023 comme une année de rattrapage au cours de laquelle je vous promets de m’appliquer pour donner le maximum.

Et accessoirement, tenter de convaincre les éco-sceptiques qui pensent que l’énergie d’un conseiller fédéral n’est pas renouvelable.

Je suis très heureux d’être ici aujourd’hui, à Fribourg.

Chez vous

Dans mon canton d’origine

Dans ce merveilleux Théâtre de l’Équilibre.

Un lieu tout à fait approprié pour cette réception, pour laquelle je vous remercie beaucoup.

Quand on y réfléchit, « Théâtre de l’Équilibre » serait un nom parfait pour le Palais fédéral.

Je pourrais d’ailleurs commencer mon année de présidence en rebaptisant le Palais fédéral.

Bon, il faudrait commencer par mettre sur pied un groupe de travail dans lequel toutes les régions linguistiques seraient représentées de manière équilibrée.

De même que les villes, les campagnes et les agglomérations.

Sans oublier les partis politiques, les partenaires sociaux et les différentes catégories professionnelles: les agriculteurs, les juristes, les travailleurs sociaux, les agriculteurs, les enseignants, le personnel de restauration, les économistes et les agriculteurs…

Du coup, je remarque que ça ferait un groupe de travail assez grand….

Sérieusement: ce bâtiment moderne est tout à fait adapté à cette réception.

Il s’agit d’un lieu de rencontre pour Fribourg, un lieu de culture, un lieu essentiel de réflexion, d’idées, de confrontation.

Et architectoniquement, il symbolise parfaitement l’équilibre et place le sujet là où il a sa place: en plein cœur de la société.

Mesdames et Messieurs, Lors des dernières années, nous avons vu ce qui se produit quand le monde perd l’équilibre.

Durant la pandémie, ce qui avait toujours semblé évident ne l’était soudainement plus.

Aujourd’hui, l’inflation complique le quotidien de nombreuses personnes et les inégalités augmentent.

Au niveau géopolitique, quelque chose a basculé avec la guerre de la Russie contre l’Ukraine.

Et la crise climatique amène le monde à un point de rupture.

Cette instabilité générale nous préoccupe et nécessite que nous prenions toutes et tous nos responsabilités afin de trouver des solutions pour notre pays ; afin de renforcer nos institutions.

Ces institutions qui, depuis 174 ans, permettent à notre pays de vivre dans la paix, avec une sécurité et une prospérité inégalées.

Ja, die moderne Schweiz hat einen bemerkenswerten Weg hinter sich.

Sie hat sich 1848 zusammengerauft nach einem Bürgerkrieg.

Die Sieger haben nicht einfach die Regeln diktiert.

Sie haben zusammen mit den unterlegenen Kantonen, darunter auch der Kanton Freiburg, eine neue Verfassung geschrieben.

Sie haben gemeinsam den Föderalismus erneuert.

Und – nicht minder wichtig – die Schweiz hat gegenüber dem Ausland Stärke demonstriert:

Die Kantone haben sich nicht auseinander-dividieren lassen.

Deshalb feiern wir nächstes Jahr 175 Jahre Bundesverfassung.

Deshalb feiern wir den Anfang der modernen Schweiz.

Denn es hätte auch anders kommen können.

Was uns heute im Rückblick folgerichtig oder zwingend erscheint, war damals eine Entwicklung mit offenem Ausgang.

Das ist wichtig für uns heute, denn es zeigt: Das politische Engagement lohnt sich. Wenn man sich zusammenrauft, dann kann man etwas bewirken.

Die Verfassung von 1848 hatte noch viele Lücken – das dürfen wir in diesem Jubiläumsjahr nicht vergessen.

im jungen Bundesstaat waren nicht nur die Frauen ausgeschlossen, sondern auch konfessionelle Gruppen wie Katholiken, Juden, Atheisten sowie Arme und andere gesellschaftlich Randständige.

Es gab auch keine obligatorische, unentgeltliche Primarschule oder sozialen Garantien, wie der Arbeiterschutz

Einige dieser Lücken konnten 1866 und 1874 geschlossen werden.

Andere, wie das Frauenstimmrecht oder staatliche Versicherungen gegen Unfall, Krankheit oder Altersarmut blieben sehr lange bestehen und wurden erst nach langem, hartem Kampf geschlossen.

Trotzdem: diese Verfassung von 1848 hat die Grundlage geschaffen, auf der wir unsere Zukunft bauen konnten.

Sie hat die Grundlage geschaffen dafür, dass wir uns immer wieder anpassen konnten.

Mesdames et Messieurs, C’est exactement dans le même esprit que nous devons envisager l’avenir.

Et nous demander ce dont la Suisse a besoin pour asseoir sa réussite, pour continuer à préserver le précieux équilibre qui est le sien.

Je suis convaincu que la Suisse n’a pas exploité tout son potentiel.

Son potentiel en matière de compromis. Notre culture politique de la concordance et de la collégialité vise justement à toujours trouver le bon équilibre.

Son potentiel en matière d’égalité entre femmes et hommes, dans la société en général et dans le monde du travail en particulier. Il ne s’agit ici pas seulement de disposer du personnel qualifié, mais d’équité et de justice.

Son potentiel en matière d’inclusion. Les droits fondamentaux s’appliquent à tout le monde. Tout ce qui divise et exclut nous affaiblit. Tandis que l’inclusion et l’intégration nous renforcent.

Le potentiel de sa jeunesse. Nos jeunes sont la relève, ils sont l’avenir. Nous devons leur offrir des perspectives encourageantes, que ce soit en matière d’environnement, d’assurances sociales ou d’emploi.

Le potentiel de sa diversité linguistique. La Suisse est un pays plurilingue et multiculturel, et nous devons profiter de cet avantage stratégique.

A nous d’exploiter tous ces potentiels pour renforcer la Suisse.

A nous d’exploiter ces potentiels pour une Suisse sociale et écologique.

une Suisse qui lutte contre les inégalités. Comme il y a 75 ans lors de la création de l’AVS.

une Suisse qui ose se réformer, qui ne se contente pas de défendre la démocratie, mais qui la développe.

une Suisse qui collabore avec l’UE de manière institutionnalisée/clarifiée.

une Suisse ouverte qui s’engage en faveur du droit international et d’institutions multilatérales fortes.

Mesdames et Messieurs, Trébucher, vaciller, perdre l’équilibre – pour rester dans la métaphore –, c’est perdre le contrôle.

Mais c’est précisément là que l’on se rend compte, comme à vélo, qu’il faut continuer à avancer pour ne pas tomber.

Et qu’aucune stabilité n’est possible sans mouvement, sans réforme, sans souplesse d’esprit et créativité.

Je ferai tout ce qui est possible pour que nous puissions avancer ensemble et envisager l’avenir avec sérénité.

Je remercie le Canton de Fribourg et vous, Mesdames et Messieurs, de ce magnifique accueil.

C’est un grand honneur.

Et c’est émouvant.

Cela montre ce que la fonction de président de la Confédération implique comme responsabilités.

Mesdames, Messieurs, « Il ne faut avoir aucun regret pour le passé, aucun remords pour le présent, et une confiance inébranlable pour l’avenir. »

C’est ce que disait Jean Jaurès.

Toute action politique se mesure donc au temps.

Et si, dans une carrière politique, le passé a une certaine tendance à s’accumuler – l’année prochaine, je serai déjà le doyen du Conseil fédéral – j’accomplirai avec plaisir ce deuxième mandat présidentiel qui m’honore autant qu’il m’oblige.

Je le ferai avec une foi toute « jauressienne » en l’avenir, pour ne pas dire « jurassienne ».

Je vous remercie de votre écoute ainsi que, naturellement, de votre présence.

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