Locarno
Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.
Discours prononcé en français et en italien. Texte original, non traduit.
Ami-e-s des écrans, Ami-e-s des parapluies, Un jour, le grand anarchiste et théoricien révolutionnaire Mikhaïl Bakounine, qui vécut au Tessin, a oublié son parapluie chez des particuliers, à Locarno.
Plus encore qu’un grand anarchiste, il faut être un immense nihiliste pour se déplacer à Locarno, patrie du soleil et des nuits sans nuages, avec un parapluie.
C’est l’Office du tourisme de la région qui m’a suggéré de placer cette dernière phrase en ouverture de mon discours.
Mais on peut raisonnablement penser que c’est précisément parce qu’il ne pleuvait pas au moment de rentrer chez lui que Bakounine a oublié son parapluie.
Désirant par la suite le récupérer, on lui fit remarquer qu’en tant qu’ « anarchiste, hors-la-loi bien connu et adversaire résolu de la propriété privée », il était particulièrement malvenu de sa part de venir le rechercher en invoquant un « droit sacré ».
Son parapluie ne lui aurait ainsi jamais été rendu.
Cette délicieuse anecdote locarnaise est racontée dans un livre essentiel, récemment ressorti dans la Pléiade, ce qui prouve que Locarno est aussi une référence dans le domaine de la littérature.
Ce livre, c’est L’écriture ou la vie, de Jorge Semprun.
Jorge Semprun a séjourné à Solduno au cours de l’hiver 1945-1946, après sa libération du camp de Buchenwald, où il avait passé deux ans en captivité.
Et c’est dans une salle de cinéma de Locarno qu’il fut pour la première fois confronté aux images des camps montrées par les actualités cinématographiques.
Cette vision inattendue lui procura un choc émotionnel qui lui fit comprendre que ce qu’il avait vécu à Buchenwald n’avait pas été un cauchemar rêvé, mais bien la réalité, une réalité traumatisante qu’il tentait alors d’exorciser par l’écriture.
Mais ce projet littéraire ravivait ses souffrances, au point qu’il envisagea de mettre fin à ses jours.
Il abandonna alors l’écriture pour se réfugier dans la vie.
Et dans les bras de Lorène, une jeune héritière vivant à Locarno, lui redonna l’espoir et l’envie d’aimer.
Elle lui présentera même le fameux parapluie, car c’était sa famille qui le détenait !
Le retour à la vie de Jorge Semprun est survenu ici même, il y a un peu plus de 75 ans.
Un jour où il ne pleuvait pas.
Mesdames, Messieurs
Hasard ou péripétie romanesque, l’épisode narré par Jorge Semprun est presque contemporain de la naissance du Festival de Locarno quelques mois plus tard, en août 1946.
Et la mémoire de ce dernier sera nécessairement évoquée en cette année du 75e anniversaire du Festival puisque Jorge Semprun a également marqué l’histoire du cinéma comme scénariste et camarade de longue route du réalisateur Costa-Gavras, qui reçoit cette année un Léopard pour l’ensemble de sa carrière.
Ils ont adapté ensemble deux des livres les plus importants du XXe siècle : Z de Vassilis Vassilikos et L’aveu d’Arthur London, produisant deux chefs-d’œuvre du cinéma politique engagé.
Deux films qui dénoncent de manière implacable les totalitarismes qui, sous de fallacieux prétextes, renversent les démocraties et éteignent les libertés.
Impossible de ne pas penser à ce qui se passe actuellement aux portes de l’Europe.
Signore e signori
Alcune settimane fa, su impulso del mio collega Ignazio Cassis, Lugano ha organizzato una conferenza internazionale sulla pace e la ricostruzione in Ucraina.
Offrendo una tribuna agli operatori del cinema, che si sono espressi contro la guerra, Locarno fa la sua parte nella diplomazia culturale.
Non dimentichiamo che il Ticino è stato anche terra d’accoglienza per numerose personalità del mondo artistico, come Herman Hesse o Douglas Sirk, al quale quest’anno è fra l’altro dedicata una retrospettiva.
Il Ticino, non c’è dubbio, è un Cantone che conta.
Mesdames, Messieurs, Je ne vais pas prononcer un discours de 75 pages pour marquer l’occasion. Je conclurai simplement par un constat.
Locarno est une capitale culturelle de renommée mondiale.
Elle a offert son âme au 7e art qui, en retour, lui a conféré une étrange atmosphère de décor de cinéma.
Le Festival de Locarno fête cette année son 75e anniversaire. Félicitations !
Et merci à celles et ceux qui, grâce à leur formidable engagement, ont permis à ce festival d’avoir lieu année après année.
Ils ont fait de lui ce qu’il est aujourd’hui :
un haut lieu de la culture cinématographique européenne ; un lieu de rencontres incontournable. Dans notre pays. Avec le reste du monde.
Je vous remercie de votre écoute et vous souhaite de très belles projections.