Genève

Manuscrit, non publié à l’époque. Texte établi d’après l’exemplaire de lecture. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.

Discours prononcé en français et en allemand. Texte original, non traduit.

Ami-e-s des forces motrices,
Ami-e-s des énergies productrices,

Nous sommes réunis ce soir pour remettre les premiers Prix du Cinéma Suisse de l’an 1 après JLG.

C’est une nouvelle ère qui s’ouvre après la disparition, l’année dernière, non seulement de Jean-Luc Godard, mais aussi d’Alain Tanner, citoyen et amoureux de Genève.

Dans son discours de réception d’un César d’honneur en 1987, Jean-Luc Godard n’avait pas uniquement eu une pensée pour « les professionnels de la profession ».

Il avait également tenu à remercier « la standardiste de chez Gaumont ».

Ce soir, nous sommes réunis pour remercier une personnalité marquante du cinéma suisse qui a commencé sa carrière comme réceptionniste-stagiaire chez Tanner.

Un stage mythique et première étape du parcours incroyable et exceptionnel de Ruth Waldburger.

Avec sa société Vega, elle a produit de grands noms du cinéma suisse : Fredi Murer, Markus Imboden, Ursula Meier, Jacob Berger, Stéphanie Chuat et Véronique Reymond.

Ainsi que de grands noms du cinéma international : Alain Resnais, Théo Angelopoulos, Bella Tarr, Léos Carax ou encore Barbet Schroeder, double national franco-suisse que j’aurais tout aussi bien pu citer dans la phrase précédente.

Ruth Waldburger a, bien sûr, collaboré à une dizaine de reprises avec Jean-Luc Godard.

Je voudrais dès lors vous dire « Deux ou trois choses que je sais d’elle ».

Elle a grandi à Arosa, une localité située à 1800 mètres d’altitude.

C’est peut-être un début d’explication à son choix de produire un long-métrage intitulé « L’enfant d’en-haut », belle et marquante histoire familiale.

Sachez aussi que Ruth Waldburger est originaire d’Appenzell Rhodes-Extérieures, ce qui ne l’a pas empêché de produire « Heidi », dont l’action se déroule quelque part entre le canton de Saint-Gall et des Grisons.

Il s’agit là d’un bel exemple de cet esprit d’ouverture qui imprègne toute sa carrière.

Esprit d’ouverture auquel on doit notamment la découverte d’un certain William Bradley Pitt, lancé pour la première fois en tête d’affiche dans le film « Johnny Suede » que Ruth Waldburger a également co-produit et qui fut récompensé à Locarno en 1991.

Quand on sait ça, on ne comprend pas pourquoi Brad Pitt a investi dans le rosé de Provence plutôt que dans le Merlot du Tessin.

Meine Damen und Herren

Wir ehren heute eine grosse Produzentin und ihre aussergewöhnliche Karriere.

Deshalb kann ich nicht anders: Ich muss über Geld reden. Ein Thema, das in diesen Tagen hoch im Kurs steht…

Erinnern Sie sich? Letztes Jahr hat sich eine klare Mehrheit der Stimmbevölkerung für die Revision des Filmgesetzes ausgesprochen. Damit wurden die nationalen und internationalen Streamingdienste verpflichtet, 4 Prozent ihrer in der Schweiz erwirtschafteten Bruttoeinnahmen in die Schweizer Filmproduktionen zu investieren.

Das sind zusätzliche finanzielle Mittel, die unseren Filmschaffenden zugutekommen.

Chère Ruth Waldburger,

J’aimerais vous remercier chaleureusement. A titre personnel. Pour avoir suggéré à Jean-Luc Godard d’ajouter, en 2010, le mot « socialisme » au mot « film ».

L’évolution de votre positionnement politique est remarquable, si l’on considère que vous avez entamé votre collaboration avec lui en produisant « Soigne ta droite ».

Il y a donc un basculement idéologique qui s’est opéré en vous et qui vous aura rendue plus sensible aux valeurs de la gauche.

Il est peut-être survenu en 2006, lorsque vous êtes devenue la première productrice de « Cannabis » de l’histoire du cinéma suisse.

Du film « Cannabis », je veux dire.

Malgré cette petite transgression, heureusement prescrite, vous méritez pleinement ce prix d’honneur que je suis très honoré de vous remettre.

« Ruth Waldburger, prix d’honneur 2023 du cinéma suisse ».

Toutes mes félicitations !

Icônes : Icons8