New York

Texte du procès-verbal officiel de la séance, Nations Unies, S/PV.9296 (version française provisoire). Document original.

Je voudrais d’abord vous remercier, Monsieur le Président, pour la tenue de ce débat sur un sujet d’une telle importance. J’aimerais remercier également le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies de son exposé et le Président des Comores et Président en exercice de l’Union africaine de son intervention.

Nous avons constaté que malgré les efforts persistants du Conseil, malgré l’engagement infatigable des organisations internationales et régionales, le terrorisme persiste. Nous constatons également que c’est une menace grave pour la paix et la sécurité. Mais c’est surtout une menace qui change constamment d’apparence et qui s’adapte, si on peut le dire ainsi, à des contextes qui eux-mêmes changent constamment. Je crois que le Secrétaire général a rappelé à très bon escient dans son dernier rapport sur la menace représentée par Daech (S/2023/76) que le terrorisme et l’extrémisme violent trouvent dans les conflits actuels et dans toute sorte d’instabilité des terrains fertiles pour se propager. Dans ces contextes, il est probablement beaucoup plus facile de recruter, de propager des idéologies haineuses et d’inciter à la violence. Nous devons constater que c’est un risque qui existe partout, mais que cette tendance s’est manifestée de manière particulièrement alarmante sur le continent africain récemment.

Vous avez parlé, Monsieur le Président, de Cabo Delgado, une situation qui préoccupe toujours votre pays. J’ai pu m’en rendre compte à titre personnel en février cette année lors d’une visite au Mozambique. Je voudrais encore vous remercier d’ailleurs, Monsieur le Président, pour cette occasion d’aller faire cette visite de terrain avec vous dans le nord du pays et de voir la situation directement sur place. Ce que l’on voit, dans ce contexte, c’est que de nouveaux groupes terroristes émergent. On voit également que des groupes armés existants rejoignent des organisations désignées comme terroristes par l’Organisation des Nations Unies, et que ces menaces continuent de faire des victimes, de déchirer les sociétés et de déstabiliser des économies.

Je crois que nous devons changer cela et pour cela il faut briser le cycle de la violence. Quelle est la réponse ? Je crois que nous connaissons les éléments nécessaires, il s’agit de l’état de droit, de la prévention, comme le Président des Comores et Président en exercice de l’Union africaine l’a mentionné de manière très marquée tout à l’heure, des partenariats et de l’inclusion. Nous connaissons les éléments et, en premier lieu, nous devons veiller au plein respect du droit international, en particulier du droit international humanitaire, des droits humains et du droit des réfugiés.

Que signifie respecter l’état de droit ? Cela signifie d’abord que les opérations antiterroristes ne doivent pas pouvoir servir de prétexte pour ne pas respecter les règles qui protègent les populations civiles ou pour écarter des opposants politiques. Cela signifie aussi que nous devons garantir que l’aide humanitaire parvienne à chaque personne dans le besoin, et ce sans retard et sans entrave. Cela signifie enfin tenir compte de la situation particulière des enfants et considérer que les enfants associés à des groupes terroristes sont des victimes. La Suisse a soutenu l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime pour élaborer un manuel contenant des orientations pour les décideurs et les praticiens sur l’évaluation psychosociale des enfants associés à des groupes criminels et armés. C’est une dimension qui me paraît particulièrement importante dans ce débat.

La paix, la sécurité et la prospérité sont les meilleures réponses aux idéologies incitant à la violence terroriste ou extrémiste. Nous devons donc les affronter sans attendre et pour cela affronter tous les défis mondiaux actuels et futurs. Autrement dit, nous devons affronter tout ce qui crée et maintient de l’instabilité. Après avoir parlé de la question des enfants, qui est une dimension que je souhaitais vraiment apporter dans ce débat, je voudrais aussi parler du problème que posent, dans ce contexte, les changements climatiques. Des intempéries extrêmes et la désertification attisent les disputes et les conflits, et déclenchent des flux migratoires, souvent incontrôlés. Cela peut évidemment aggraver les conflits et être exploité par des groupes terroristes et extrémistes violents. Je le mentionne ici parce que c’est aussi pour cela et dans ce contexte que la Suisse travaille avec l’Institut des Nations Unies pour la recherche sur le désarmement et l’Université des Nations Unies sur un projet qui démontre la relation entre les difficultés de subsistance liées au climat d’une part, et le recrutement par des groupes armés d’autre part, et ce dans le bassin du lac Tchad. Il serait bon de l’avoir toujours en tête.

Les problèmes sont liés ; en quelque sorte, ils se nourrissent les uns des autres. C’est aussi pour cela que je voulais parler des changements climatiques. Comme le disait le Président Nyusi à l’instant, la réponse doit être globale. Elle doit être aussi holistique. On ne peut pas résoudre le problème simplement en prenant un petit morceau isolé. Il faut voir l’ensemble, et c’est ce que nous devons nous attacher à faire. Dans ce contexte, je crois également que la Stratégie antiterroriste mondiale des Nations Unies et ses quatre piliers, que j’ai mentionnés tout à l’heure, fournissent un ensemble de mesures qui, mises en œuvre de manière équilibrée, sont un excellent outil pour avancer ensemble. C’est une stratégie qui est également le symbole de notre unité. Le Président Nyusi a donné quelques pistes et éléments de réflexion pour la révision qui nous attend. Il y a un élément qui me paraît important dans ce cadre : jusqu’ici, à chaque révision de la Stratégie, nous avons su trouver un consensus et il a toujours été possible d’avancer avec un consensus. Je crois que ce consensus est l’une des meilleures réponses que l’on puisse apporter à celles et ceux qui cherchent à nous diviser, et nous devrions nous efforcer de le consolider avec l’actuelle huitième révision.

Tout cela doit se faire dans la collaboration, et il ne faut pas oublier que les organisations régionales et sous-régionales sont particulièrement importantes si l’on souhaite comprendre les dynamiques sur le terrain. Il faut donc favoriser une collaboration plus étroite avec elles, avoir une meilleure coordination des initiatives dans ce domaine et souligner qu’il est indispensable de s’attaquer aux causes profondes du problème. On ne peut pas voir ce problème seulement comme un problème purement militaire ou sécuritaire ; il faut le voir globalement. Dans ce contexte, la Suisse a développé un programme de formation sur la prévention, dont parlait le Président des Comores tout à l’heure – la prévention est tellement importante –, avec les États membres de l’Union africaine et en partenariat avec le Centre africain d’études et de recherche sur le terrorisme. Je ne peux que souligner à ce titre l’importance de la prévention.

Pour arriver au terme de mon intervention, les partenariats, l’inclusion et l’état de droit sont des éléments absolument indispensables dans la lutte contre l’extrémisme violent et le terrorisme. Il faut veiller, dans un tel contexte, à ce que les femmes, les jeunes et la société civile soient reconnus dans le rôle d’acteurs et d’actrices du changement et de la paix, et le faire toujours dans le plein respect du droit international, parce que, sinon, nous trahirions nos propres valeurs et risquerions de perdre la confiance de nos populations, qui, ne l’oublions jamais, est absolument essentielle pour priver durablement le terrorisme de son terreau.

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