Paris

Manuscrit, non publié à l’époque. Texte établi d’après l’exemplaire de lecture. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.

Monsieur le Président de la République,
Monsieur le Président,
Monsieur le Vice-Président,
Messieurs les Premiers Ministres,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Chères et chers scientifiques,

Au nom des pays alpins, j’ai l’honneur d’intervenir aujourd’hui à l’occasion de ce premier Sommet international consacré aux glaciers et aux pôles.

Je tiens à remercier le Président de la République Emmanuel Macron d’avoir pris l’initiative d’organiser cette réunion.

Il est impossible de s’imaginer la Suisse sans ses Alpes qui recouvrent près des deux tiers de son territoire. Leur signification historique et géopolitique est majeure. Avec 48 cimes culminant à plus de 4000 m, la Suisse est le pays d’Europe qui compte le plus grand nombre de hauts sommets.

Elle est aussi considérée comme le château d’eau du continent européen, avec plus de 1400 glaciers sur son territoire, dont celui d’Aletsch qui est le plus long fleuve de glace des Alpes.

Notre histoire et notre culture y sont étroitement liées. Et nos économies en sont dépendantes. En effet, une grande partie du tourisme, en Suisse et dans les régions alpines, a précisément pour cadre ce milieu alpestre.

Mesdames et Messieurs,

Cet écosystème est en danger. A cause des changements climatiques, les impacts – en Suisse comme ailleurs – sont majeurs : les glaciers fondent, il y a moins de neige en hiver, les infrastructures de haute altitude deviennent instables ou menacées, les glissements de terrain et les chutes de pierres s’accroissent à cause du dégel du pergélisol.

Le changement n’a rien de théorique : il est manifeste et visible à l’échelle d’une vie humaine, voire même d’une génération.

En raison du changement climatique, la fonte de la cryosphère, et donc des glaciers, s’accélère. Grâce à des observations menées depuis plus de 150 ans, nous savons que le réchauffement moyen en Suisse est environ deux fois plus élevé que la moyenne globale. En 2022 et 2023, deux années extrêmes, les glaciers suisses ont ainsi vu leur volume se réduire de 10%.

Les conséquences de cette fonte sont déjà ressenties dans l’ensemble de la région alpine. Cette évolution rapide – qui ne connaît pas de frontière – met en péril nos précieuses ressources en eau, perturbe les écosystèmes et affecte l’économie et la vie de nos communautés de montagne.

Plusieurs d’entre vous auront certainement vu ces images de glaciers recouverts de bâches blanches afin de réduire la fonte durant les mois les plus chauds.

Ces initiatives sont louables. Mais pour sauver les glaciers au niveau mondial, il n’y a qu’une option : réduire les émissions de gaz à effet de serre.

En respectant l’objectif de 1,5 degré fixé par l’Accord de Paris, il est possible de limiter les plus graves conséquences et de préserver les glaciers et leur rôle fondamental dans l’approvisionnement en eau, y compris pour l’agriculture et la production d’électricité.

Par contre, si on ne réduit pas de manière considérable et rapidement les émissions de gaz à effet de serre, les glaciers disparaîtront d’ici la fin de ce 21e siècle.

Conformément à l’accord de Paris de 2015 – que la Suisse a ratifié en 2017 –, notre pays s’engage à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 50% d’ici à 2030.

En juin de cette année, le peuple suisse a accepté par votation populaire la « loi sur le climat et l’innovation » qui ancre l’objectif de zéro-net émissions dans la législation nationale. Cette loi prévoit de réduire la consommation de pétrole et de gaz, ainsi que d’octroyer des aides financières pour encourager la transition écologique.

Mesdames et Messieurs,

Ce Sommet souligne la puissance de la collaboration internationale. Ensemble, nous pouvons accomplir bien plus que chacun de notre côté.

Dans cet esprit, j’ai le plaisir de vous annoncer que l’Institut Polaire Suisse et l’Institut Polaire Français « Paul-Émile Victor » ont signé hier un Protocole d’Accord, qui concrétise une avancée significative dans l’accélération de la coopération internationale.

Les scientifiques suisses contribuent depuis plus de 100 ans à l’exploration et à la compréhension des régions polaires et alpines. Leur travail et leur engagement nous permettent de mesurer l’impact des changements environnementaux induits par l’homme.

L’observation et la recherche jouent un rôle crucial pour la compréhension des changements environnementaux, mais aussi pour la prise de décisions éclairées.

A cet égard, il est essentiel de disposer de données fiables et de qualité. La communauté internationale a besoin d’informations climatologiques et hydrométéorologiques précises et scientifiquement fondées pour comprendre et appréhender l’évolution du climat.

Je tiens ici à saluer la volonté de ce Sommet de valoriser l’interaction entre la science et la prise de décision politique, tout en prenant en compte les organismes pertinents actifs dans le domaine, tels le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES).

Mesdames et Messieurs,

Mais comme le souligne la coalition mondiale « Ambition on melting ice » – dont la Suisse est fondatrice –, la protection de la cryosphère par une action climatique vigoureuse n’est pas l’affaire des seules nations montagneuses et polaires.

Aussi, je tiens à féliciter le Président de la République Emmanuel Macron de cette importante initiative et ai le plaisir de vous annoncer que la Suisse soutient sans réserve l’Appel de Paris pour les glaciers et les pôles.

Merci à vous toutes et tous.

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