Fribourg

Manuscrit, non publié à l’époque. Texte établi d’après l’exemplaire de lecture. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.

Discours prononcé en français et en allemand. Texte original, non traduit.

Monsieur le Président du Conseil national,
Monsieur le Président du Conseil d’Etat,
Mesdames et Messieurs les membres du Conseil d’Etat fribourgeois,
Monsieur le Syndic de la Ville de Fribourg,
Monsieur le Président du FIFF,
Monsieur le Directeur,
Amis des salles obscures,
Amis des raisonnements brillants,
Mesdames, Messieurs,

Le Festival International du Film de Fribourg, notre fameux FIFF, entame ce soir sa 32e édition.

Selon une information que j’ai personnellement trouvée sur Internet et dont il n’y a donc pas lieu de discuter la pertinence, en numérologie, le nombre 32 se réfère au domaine professionnel.

Je ne voudrais affoler personne, mais le nombre 32 n’augure rien de très bon.

Le nombre 32 est en effet le signe d’une assez faible performance, voire d’une basse productivité. Il favorise la dispersion, les retards, les difficultés, bref, tout ce qui peut entraîner des contretemps importants dans la réalisation de projets. Ce nombre doit inciter son porteur à développer sa persévérance, sa ténacité, et sa confiance en lui-même et ses capacités.

A ce stade, la question que tout numérologue se poserait serait la suivante : tient-on vraiment à assister à cette 32e édition ?

Est-ce qu’il ne serait pas plus raisonnable d’interrompre là cette cérémonie et de rentrer à la maison pour faire une petite pause d’an ?

Je m’empresse de vous rassurer, la numérologie ne résiste pas aux démonstrations scientifiques rigoureuses.

L’analyse méthodologique du programme de cette 32e édition nous permet de constater, au-delà même de la vraisemblance, que cette année, le Festival, loin d’accumuler des retards, est plutôt un peu en avance.

Premièrement, il est un peu en avance sur le printemps. Il commence même un 16 mars, alors que l’année passée, il avait débuté le 31 mars. Cela pour dire que, devant la météorologie, la numérologie s’incline.

Ensuite, le Festival est également un peu en avance sur le système éducatif fribourgeois qui n’a pas encore mis au programme l’étude de la Mongolie, pays qui fait cette année l’objet d’une section parallèle « nouveau territoire ».

Troisièmement, le FIFF est aussi un peu en avance sur l’agenda culturel du canton de Fribourg. Puisqu’il va fêter à sa manière, dans le cadre d’une autre section parallèle, le 200e de la fondation de Nova Friburgo, anniversaire qui ne fera l’objet d’une célébration officielle qu’à partir du mois de mai, à l’occasion d’un voyage au Brésil.

Trois exemples qui devraient, je le pense, soulager tout le monde.

Ce n’est pas tout.

Si l’on regarde les éditions passées, l’on constate qu’« être un peu en avance » fait même partie intégrante de l’ADN du FIFF.

Meine Damen und Herren,

Das FIFF war der Zeit immer voraus. Es weiss um den unschätzbaren Beitrag der Frauen an das Filmschaffen. Es feierte Regisseurinnen wie Alice Guy, Ida Lupino oder Jane Campion.

Das kontrastiert mit dem Skandal, der von einem der erfolgreichsten Hollywood-Produzenten ausging. Die MeToo-Debatte ging um die Welt. Dabei brachte sie das immer noch grosse Ausmass an Belästigungen von Frauen an den Tag – es ist offenbar gerade in der Welt des Films noch immer verbreitet.

Das traurige Fazit: Die Siebte Kunst ist zwar die Kunst des Bildes. Doch sie wird von Menschen betrieben, die immer noch zu oft dazu neigen, die Augen zu verschliessen oder wegzuschauen.

Cinquièmement, le FIFF a toujours été un peu en avance en matière de détection des talents : il a présenté les premières œuvres de cinéastes qui comptent aujourd’hui, comme Raoul Peck, Souleimane Cissé, Brillante Mendoza, Abderrahmane Sissako ou les futurs récompensés cannois… Hou… Hsiao-hsien et… Apichatpong… Weerasethakul.

Sixièmement, le FIFF a toujours été un peu en avance dans le domaine de la neuropsychologie, science qui n’arrive pas encore à expliquer pourquoi certains ont de la peine à prononcer le nom des lauréats cannois.

Septièmement, enfin, le FIFF a également toujours été un peu en avance dans le domaine du marketing et des sciences mimétiques : il a compris que, si l’on veut se hisser au niveau des grands festivals, il faut s’inspirer d’eux, raison pour laquelle il a choisi de nommer à sa tête un directeur artistique qui porte exactement le même prénom que celui du délégué général du Festival de Cannes.

Mesdames, Messieurs,

C’est à l’exemple des autres que l’on progresse.

« Pour se connaître soi-même, il faut s’étudier en action avec une autre personne », disait Bruce Lee.

Si je cite Bruce Lee, c’est pour être en phase avec la programmation du FIFF, qui chaque année nous régale de merveilleux films asiatiques, entre poésie et fantasmagorie.

J’ai évoqué le Festival de Cannes. Impossible de ne pas remarquer certains des liens existant entre le plus grand festival du monde et le FIFF, qui probablement poussent ce dernier à se dépasser chaque année.

Précédent directeur artistique du FIFF, Edouard Waintrop est aujourd’hui délégué général de la Quinzaine des réalisateurs. Son travail très apprécié lui a même valu d’être nommément remercié par la lauréate de la Caméra d’Or en 2016, qui rendit hommage à son audace en usant d’une improbable formule féministe que la décence ne me permet malheureusement pas de reproduire dans ce discours.

Formule qui, cela étant, aurait très bien pu être reprise comme le slogan de cette édition du FIFF placée sous le signe du courage. Mais vous n’avez sans doute pas osé.

C’est par Edouard Waintrop, ancien journaliste à Libération, que les liens entre Cannes et le FIFF ont véritablement été initiés. Depuis, ils s’entretiennent.

En 2017, Thierry Jobin a été invité à Cannes, comme d’autres dirigeants artistiques de certains des plus importants festivals de cinéma du monde. Seuls Locarno et Fribourg représentaient la Suisse. Le FIFF est enfin cette année le premier festival à reprendre la prestigieuse section Cannes Classiques créée en 2004 par Thierry Frémaux, qui avait d’ailleurs honoré Fribourg de sa présence en 2011.

Ces relations étroites, elles n’existeraient sans doute pas si les directeurs artistiques du FIFF manquaient de créativité ou ne brûlaient pas du feu intime de la passion du cinéma.

Deux qualités essentielles qui leur font mériter notre soutien.

Mesdames, Messieurs,

Dans le domaine des arts, ce sont la Fougue et l’Inventivité qui Font la Fortune.

Ce qui pourrait être une autre signification de l’acronyme FIFF. Le FIFF, un festival qui fait rayonner Fribourg dans le monde et le monde dans les têtes fribourgeoises.

Longue vie à lui, et vivement la 33e édition, qui sera « puissante et dotée d’une bonne vibration apportant chance et succès ». Ce n’est pas moi qui le dit, mais la numérologie.

Merci de votre attention et excellent festival.

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