Lausanne

Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.

Monsieur le Ministre,
Mesdames et Messieurs les parlementaires fédéraux,
Mesdames et Messieurs les Conseillères et Conseillers d’Etat,
Mesdames et Messieurs,

Plus que jamais, des espaces de dialogue comme le « Forum des 100 » sont importants.

La situation géopolitique de l’Occident est aujourd’hui instable. Nous assistons à une montée des nationalismes, aux États-Unis comme en Europe.

A la fois actrice et spectatrice de ces développements politiques, sociaux et culturels, la Suisse doit désormais : favoriser un grand débat national, et se pencher sur ce qui fait son identité, complexe et multiple.

Dans cette constellation, la récente disparition de L’Hebdo est particulièrement regrettable. Car l’Hebdo a contribué : à ouvrir la Suisse romande au monde, à lui donner le poids économique qu’elle mérite, et ainsi, à créer les conditions pour qu’elle ait aussi le poids politique qu’elle mérite.

Si la diversité des idées est toujours importante, elle est vitale dans une démocratie directe comme la nôtre.

Mesdames, Messieurs,

Nous sommes ici en plein cœur de la Health Valley lémanique, où l’ouverture au monde et le foisonnement d’idées vont de soi.

Ici, c’est même presque une seconde nature. Car l’ouverture est un fondement de l’innovation.

Sur ce terreau très fertile a poussé la génération numérique. Et les nouvelles technologies sont en passe d’entraîner de profondes mutations, notamment dans le secteur de la santé.

Avec cette question fondamentale, que l’on retrouve lors de chaque innovation majeure : est-ce pour le meilleur ou le pire ?

Les uns voient l’avènement du meilleur des mondes : L’être humain va enfin se libérer des chaînes du travail répétitif, abrutissant. Et enfin s’épanouir sur le plan créatif. Les autres nous promettent l’apocalypse : Un chômage massif, un effondrement social, une misère digne de celle de la révolution industrielle. Comme souvent, la raison se trouve entre ces deux visions manichéennes. Et ce dont nous avons besoin, c’est d’un numérique des Lumières.

Pour le secteur de la santé, le Big Data notamment constitue une révolution potentielle, qu’il convient désormais d’accompagner politiquement.

J’ai participé il y a peu à une conférence ministérielle de l’OCDE à Paris, où j’ai eu l’occasion d’animer un atelier autour du thème de la gouvernance du Big Data dans la santé.

Je peux vous l’assurer : il est clair aujourd’hui pour tous les politiques que la récolte et le traitement de mégadonnées sont synonymes de nouvelles opportunités.

Mais tout comme le pétrole, le Big Data induit aussi de nouveaux risques : une exploitation irresponsable peut constituer une menace très sérieuse sur la solidarité qui prévaut pour l’instant dans le domaine de la santé. Et la question du respect de la sphère privée mérite aussi une analyse critique.

A Paris, deux constats ont émergé de nos échanges : premièrement, que les données sont le plus souvent perçues comme des produits accessoires du système de santé. Et pas – pour l’instant – comme de véritables ressources. Et deuxièmement que le cadre légal ne permet le plus souvent pas d’exploiter au mieux ces informations.

En résumé, le chemin vers ce fameux « Numérique des Lumières » est encore bien mal éclairé.

En Suisse, le potentiel du Big Data commence à être identifié, mais il reste encore énormément à faire. Au vu de la vitesse à laquelle les choses changent, il nous faut accélérer notre tempo. Car il s’agit ici de valeurs, et celles-ci évoluent d’une génération à l’autre. Parfois encore plus vite.

Vous savez ce qu’Einstein disait de notre pays : « Si la fin du monde arrive, j’aimerais être en Suisse – parce que tout y arrive avec cinq ans de retard. »

Le défi n’est pas mince : il nous faut faire mentir Einstein !

Et la vitesse n’est pas tout : on doit absolument prendre en compte les spécificités de notre système de santé pour avancer.

C’est ça le cœur de mon action : utiliser au mieux les nouvelles possibilités numériques pour assurer à tous des soins de grande qualité à un prix abordable. Et éviter de créer une médecine à deux vitesses.

Au niveau fédéral, nous avons commencé l’aventure : Face au besoin croissant de données de qualité pour développer la médecine personnalisée, l’Académie Suisse des Sciences Médicales a reçu mandat d’implémenter le « swiss personalized health network ». Un réseau qui permettra d’harmoniser au niveau national les données de la santé.

Encore plus concret, le dossier électronique du patient : Le Conseil fédéral vient d’adopter, il y a quelques semaines, les ordonnances relatives à ce e-dossier. Cela permettra de regrouper toutes les données médicales pertinentes pour le traitement d’un patient. Et chacun pourra décider s’il veut ou pas ouvrir un tel dossier.

Mais tous les problèmes du système de santé, loin s’en faut, ne seront pas résolus par le numérique.

Davantage qu’une fin en soi, il s’agit donc plutôt d’un soutien dans la mise en œuvre de mesures qui doivent augmenter l’efficience du système de santé. Par exemple :

Nous allons examiner davantage l’efficacité, l’adéquation et l’économicité des traitements et des interventions, grâce à l’évaluation des technologies médicales

Nous travaillons sur des mesures qualitatives, comme le renforcement des soins coordonnés, l’amélioration de la prévention et du dépistage de maladies non transmissibles, la mise en œuvre de la stratégie en matière de qualité.

Nous avons mis sur pied un groupe d’experts, chargé d’examiner les instruments adoptés par certains pays européens pour maîtriser la quantité des prestations fournies, ou les budgets dévolus à ces prestations. J’attends leurs propositions dans les prochains mois.

L’actualité en matière de santé, c’est aussi la révision du TARMED. Le Conseil fédéral a mis un projet en consultation. On vise ici à corriger les tarifs surévalués, à gagner en transparence et à réduire les fausses incitations du système.

Mesdames, Messieurs,

En Suisse comme dans la plupart des pays occidentaux, nous sommes toujours plus nombreux à vivre plus longtemps et à se faire soigner par des technologies de pointe.

Un constat réjouissant qui a son prix : plus de 77 milliards de francs en 2015.

Exploité de manière adéquate, le numérique doit nous aider, individus et autorités, à relever les principaux défis auxquels notre système de santé est confronté.

Comme le disait Benjamin Franklin : « By failing to prepare, you are preparing to fail. » “Si vous échouez à vous préparer, préparez-vous à échouer”.

Je vous remercie.

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