Fribourg

Manuscrit, non publié à l’époque. Texte établi d’après l’exemplaire de lecture. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.

Discours prononcé en français et en allemand. Texte original, non traduit.

Madame la Présidente de la Confédération, Chère Doris, Merci pour ces mots qui me touchent et m’honorent.

Monsieur le Président du Conseil national,
Monsieur le Président du Conseil d’Etat,
Monsieur le Syndic,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Après 2008 et la Présidence du conseil des Etats,

2011 et mon élection au Conseil fédéral,

C’est la troisième fois que Fribourg me reçoit chaleureusement en sa capitale.

Cette chaleur prodiguée en décembre pourrait être vue comme une preuve de plus du réchauffement climatique ou, à tout le moins, microclimatique.

J’ai conscience de tous ces efforts qui, soyez-en sûr, m’obligent plus encore qu’ils ne m’honorent.

Ces instants exceptionnels à vivre, on ne peut raisonnablement s’y habituer.

Il est vain de penser que l’on peut acquérir l’expérience de tels moments, qui font partie de l’extraordinaire.

A ce propos, une phrase de René de Obaldia me revient, qui serait de circonstance : « l’expérience, c’est un peigne pour peigner les chauves ».

Une amusante façon de dire que, même au seuil de la sagesse, il ne faudrait jamais s’accoutumer à rien.

Académicien français, dernier grand prince vivant de l’absurde, René de Obaldia aura cent ans en 2018, l’année qui s’ouvre, durant laquelle j’aurai la tâche et le devoir de présider la Confédération.

Pour remplir cette fonction, il faut d’abord considérer la situation dans laquelle nous nous trouvons.

Mesdames et Messieurs,

La situation géopolitique a rarement été aussi complexe.

Et il est difficile de savoir ce que cela impliquera pour la Suisse et l’Europe dans les prochaines années.

Pourtant, l’économie se porte bien – mais nombreux sont ceux qui se demandent avec méfiance ce que la numérisation signifiera vraiment pour eux. Bien sûr, la Suisse a une situation économique enviable, mais est-ce que tous en profitent ?

Plus que jamais : Nous devons tous nous soucier de la situation de nos concitoyens. Nous devons être attentifs aux fissures qui apparaissent dans notre communauté.

À mi-chemin entre les « bonnes nouvelles » de la croissance économique et l’insécurité vécue ou ressentie par certains.

A mi-chemin entre les personnes qui profitent de la mondialisation – et celles qui craignent un déclin social.

Entre celles qui voient les changements culturels comme un enrichissement – et celles qui se sentent menacés par ceux-ci.

Ces fissures ne doivent pas devenir des fossés.

Et je suis convaincu que ça ne sera pas le cas, du moins aussi longtemps que :

nous résisterons aux appels du maximalisme, et que nous manifesterons de l’intérêt pour les positions et les arguments de nos adversaires politiques.

Meine Damen und Herren

Wir können mit Zuversicht ins kommende Jahr blicken.

Wir haben das Privileg, in einem sicheren und wohlhabenden Land zu leben.

In einem Rechtsstaat, dessen Institutionen zuverlässig funktionieren.

In einem Land, dass punkto Wettbewerbsfähigkeit und Innovationskraft seit Jahren Spitzenwerte erreicht.

In einer Gesellschaft, in der jede und jeder gute Lebens-Chancen hat.

Und, angesichts der kriegerischen Geschichte des Kontinents Europa am aussergewöhnlichsten:

In einem Bundesstaat, der seit seiner Gründung in Frieden lebt.

Meine Damen und Herren

Wir leben in Zeiten der Polarisierung – Umso mehr gilt: Wir müssen uns unsere Kompromissfähigkeit erhalten.

Kompromissfähigkeit ist ein Zeichen der Stärke. Kompromisse brauchen Weitsicht, Mut, Selbstsicherheit.

Das zeigt auch ein Blick in die Schweizer Geschichte:

In Belfaux, wo ich wohne, hatte General Dufour einst sein Hauptquartier; dort nahm er die Kapitulation Freiburgs entgegen. Nach dem Sonderbundskrieg nahmen die Sieger Rücksicht auf die Anliegen der Verlierer – insbesondere auf deren Wunsch nach Souveränität der Kantone. Diese ebenso weitsichtige wie grosszügige Entscheidung war eine Grundlage unseres Bundesstaates.

Unsere Geschichte ist geprägt vom Mut, aufeinander zuzugehen.

Dass man heute – im Zeitalter der Filterblasen und des ideologischen Allesoder-Nichts Kompromissfähigkeit zunehmend mit Schwäche, Unverbindlichkeit oder Angst vor Verantwortung in Zusammenhang bringt, ist keine gute Entwicklung für unsere Demokratie.

Ohne Kompromisse keine Schweiz. Wir sind eine Kompromissnation.

Unser Erfolg zeigt: Gute Kompromisse sind oft GRÖSSER als der kleinste gemeinsame Nenner.

Aus guten Kompromissen Entstehen oft nachhaltige Lösungen Aus guten Kompromissen kann eine kraftvolle Identität entstehen, die sich wandelt, die Neues aufnimmt, die Altes überwindet, die spannungsreich ist – aber eben auch spannend.

Eine Identität, die wie geschaffen ist für die Welt der Gegenwart. Eine Welt, in der sich in den nächsten Jahren sehr vieles verändern wird. Eine Welt des Wandels, der Neuorientierung, der Neupositionierung.

Mesdames et Messieurs,

Je vous le dis comme président élu de la Confédération : Ce sont les institutions qui sont importantes – et pas les personnes qui, pour un temps seulement, les incarnent et leur donnent vie.

Rien n’est plus important que ces institutions que nous devons protéger comme un trésor national.

Pour cela, il faut distinguer sans ambiguïté et sans faiblesse :

d’une part la critique légitime des décisions politiques. Même cinglante, même violente.

Et d’autre part la critique visant à éroder les institutions, l’État de droit et, au final, la démocratie.

Si nous devons prendre très au sérieux la critique des décisions politiques,

nous devons lutter fermement contre les attaques visant les institutions démocratiques.

Mesdames, Messieurs,

« Il est facile d’aimer une république dont on est le Président ».

Ce sont là les mots d’Alphonse Karr, journaliste et homme d’esprit français de la fin du XIXe Siècle.

Croyez bien que cet intérêt et ce respect pour les institutions, je le cultive depuis très longtemps.

Croyez bien que ce respect des institutions, il m’aide à rester à l’écoute des réalités et des défis concrets de notre société que sont :

la lutte contre la précarité ; le respect de l’égalité et des égalités ; la protection de l’environnement ; la réforme de nos systèmes de santé et de prévoyance vieillesse ; la sauvegarde et la promotion de nos langues et de nos traditions ; l’accès à la formation et à l’apprentissage ; le soutien et la valorisation de la culture ; la sécurité et la stabilité avec les pays qui nous entourent.

Tous ces défis cruciaux, nous devons les relever collectivement, avec notre sens du compromis et notre intelligence d’adaptation, sans craindre le mouvement.

Il y a 6 ans, lorsque j’accédais au Conseil fédéral, j’ai mis l’accent ici sur la capacité de la Suisse à mener des réformes, à évoluer, à rester à l’écoute de toutes les évolutions.

C’était ici même, à Fribourg.

Depuis, j’ai évoqué plusieurs fois le mot d’Albert Einstein à son fils Edouard :

« La vie, c’est comme le vélo. Pour garder l’équilibre, tu dois continuer d’avancer ».

Aujourd’hui encore, je convoque Edouard. C’est ce pragmatisme mobile qui doit nous aider à trouver le bon équilibre.

L’équilibre qui nous permet de faire avancer la Suisse vers le progrès et l’équité.

Je vous remercie de votre écoute. Et de votre présence en ce jour, qui me touche profondément.

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