Fribourg
Seul le texte prononcé fait foi.
Madame et Monsieur les Conseillers d’Etat,
Monsieur le Préfet,
Monsieur le Syndic,
Mesdames et Messieurs,
Les Suisses sont-ils vraiment les plus riches du monde ?
La dernière enquête du Credit Suisse « Global Wealth Report » l’affirme. La fortune par habitant s’est établie à 564’650 dollars en 2018 faisant de notre pays le leader de ce classement.
Il s’agit bien sûr d’une moyenne, tirée vers le haut par une minorité de personnes très riches.
Simultanément, 7% de la population suisse, soit 600 000 personnes, vit sous le seuil de pauvreté.
A l’aulne de ce chiffre, pouvons-nous vraiment dire que nous sommes les plus riches ?
Certes, la Suisse se porte bien. L’économie est florissante, notre système de formation est l’un des meilleurs au monde, notre système de santé aussi.
Mais il y a encore beaucoup à faire pour réduire les inégalités sociales.
L’exclusion du marché du travail est un risque majeur pouvant amener une personne en situation de pauvreté.
Souvent, les personnes exclues cumulent en outre les handicaps, à savoir une absence de formation, d’expérience professionnelle ou des connaissances linguistiques limitées.
Sans parler de l’âge qui s’avère aussi souvent un obstacle.
Cette exclusion ne génère pas seulement précarité, elle est également source d’une grande souffrance psychique.
Car le travail, c’est bien davantage que l’argent touché à la fin du mois.
Le travail est un facteur d’intégration sociale. Il contribue à l’estime de soi et nous donne une dignité.
C’est pourquoi il est si important de donner à chacune et chacun les mêmes chances pour accéder à l’emploi.
Actuellement, le taux de chômage en Suisse est très faible si on le compare à nos voisins européens. Mais nous devons rester vigilants.
Parce que la numérisation bouleverse le marché du travail.
Si elle apporte de vraies opportunités – comme la suppression de certaines tâches répétitives – elle présente aussi des dangers.
Je pense à la précarisation des conditions de travail avec le travail sur appel ou à durée déterminée, le cumul d’emplois à temps partiel et la fragilisation de la prévoyance professionnelle.
Je pense aussi à l’affaiblissement de la protection sociale contre la maladie et l’accident.
La flexibilisation du travail et les nouveaux emplois atypiques ne font pas que des gagnants.
Il est dès lors impératif de maintenir un filet social solide, pour les personnes plus âgées, pour les personnes moins formées ou pour les personnes qui, malades, peinent à réintégrer le marché du travail.
Notre système actuel d’assurances sociales est solide. Il est le résultat d’une longue lutte des milieux ouvriers pour de meilleures conditions de vie et de travail.
C’est en 1877 déjà, alors que la révolution industrielle bat son plein, que la Confédération pose la première pierre en édictant la loi sur les fabriques. Celle-ci fixe alors des lignes directrices pour protéger les ouvrières et ouvriers.
Cette lutte pour obtenir une meilleure protection sociale et davantage de justice s’intensifie lors de la Grève générale de 1918 et dans l’entre-deux-guerres.
C’est l’époque (en 1936) de la fondation de l’Œuvre suisse d’entraide ouvrière (OSEO) par l’Union syndicale suisse et le Parti socialiste suisse.
Leur but : apporter assistance aux familles d’ouvriers et ouvrières victimes de la grande crise, tant en Suisse qu’à l’étranger.
Conçue en 1925, l’AVS est finalement introduite en 1948, l’assurance-invalidité en 1960 et l’assurance-chômage en 1984.
Elle a pris du temps pour naître : l’assurance-maternité est introduite en 2005 et le congé-paternité l’an prochain, si le référendum n’aboutit pas.
Mesdames et Messieurs,
L’Etat social et les droits des travailleuses et travailleurs restent aussi importants aujourd’hui qu’autrefois.
Comment lutter contre la pauvreté ?
Comment garantir des salaires équitables ?
Comment protéger chacun contre la maladie et le chômage ?
Cent ans après la grève générale de 1918, les revendications de l’époque sont toujours aussi actuelles.
Notre système social est solide et nous devons le défendre coûte que coûte. Mais nous devons aussi l’adapter aux nouveaux besoins de la société et combler les lacunes éventuelles.
C’est la raison pour laquelle, le Conseil fédéral a arrêté en mai dernier toute une série de mesures afin d’encourager le potentiel de main d’œuvre indigène.
Ces mesures visent à renforcer la compétitivité des travailleurs d’un certain âge, à permettre aux chômeurs difficiles à placer de réintégrer le marché du travail et à mieux intégrer professionnellement les étrangers vivant en Suisse.
Vous le savez bien : pour les demandeurs d’emploi âgés, cette réinsertion n’est pas toujours possible.
Souvent, malgré leurs efforts, ils ne retrouvent pas de travail et courent le risque d’épuiser leur droit au chômage et de se retrouver à l’aide sociale.
Après avoir travaillé pendant plus de trente ans, cette situation n’est pas tolérable.
C’est pourquoi le Conseil fédéral a proposé d’octroyer une prestation transitoire aux chômeurs de plus de 60 ans, en fin de droit et qui n’arrivent pas à se réinsérer.
Cette nouvelle prestation comble une lacune de notre système de sécurité sociale. Le Parlement est désormais appelé à se prononcer, le plus vite possible.
L’assurance-invalidité a également évolué. Suite à sa 5e et 6e révision, l’intégration sur le marché du travail figure désormais au premier plan.
Conséquence : entre 2003 et 2012, le nombre de nouvelles rentes AI a diminué de moitié et le nombre de mesures visant la réadaptation professionnelle a quant à lui nettement augmenté.
Ces chiffres reflètent la transformation de l’AI d’une assurance de rentes en une assurance de réadaptation et de réinsertion.
Quant à la prochaine révision, intitulée « Développement continu de l’AI », elle a pour objectif d’aider les jeunes, les jeunes adultes et les malades psychiques à intégrer le marché du travail et à rester actifs professionnellement.
Si ces mesures s’avèrent positives pour les personnes concernées, n’oublions pas qu’elles le sont aussi pour les finances de nos assurances sociales.
En raison de leurs compétences légales, l’AI et l’assurance-chômage sont parfois limitées dans leur action.
C’est la raison pour laquelle une collaboration entre acteurs étatiques et associations privées comme l’OSEO est primordiale.
L’OSEO a d’ailleurs joué un rôle de pionnière en mettant sur pied différents programmes pour les personnes au chômage.
L’OSEO Fribourg aussi, puisque qu’elle a ouvert son centre de Conseil, Formation et Travail avant même la création des ORP.
Aujourd’hui, avec près de 900 collaboratrices et collaborateurs, les onze associations régionales OSEO forment le plus grand fournisseur de programmes d’insertion pour les chômeurs et les jeunes qui ne réussissent pas à entrer sur le marché du travail.
Sans oublier le soutien aux migrantes et migrants qui ont des difficultés linguistiques.
Dans de nombreuses villes, l’OSEO propose des offres de placements et de formations qui permettent de nouvelles expériences et augmentent ainsi les chances d’un recrutement fixe.
J’en profite ici pour vous remercier de votre immense engagement pour ces personnes en situation difficile.
Votre contribution à une société intégrative et plus équitable est remarquable.
Mesdames et Messieurs,
Vous le savez bien : le progrès social, l’engagement pour une société équitable n’est jamais fini.
Il faut que toutes et tous puissent regarder l’avenir avec confiance – et pas seulement les privilégiés.
Si nous voulons que la Suisse continue à avoir du succès au 21e siècle, nous devons favoriser une politique de l’inclusion.
Parce que c’est juste et parce que les sociétés équitables sont plus compétitives.
Une société doit intégrer tout le monde, les forts et les faibles.
Non seulement parce que la précarisation est le terreau des explosions xénophobes, mais surtout parce que la force d’une communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres.