Locarno
Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.
Discours prononcé en français, avec salutations en allemand, en italien et en anglais. Texte original, non traduit.
Meine Damen und Herren
Mesdames et Messieurs,
Cari amici del cinema,
Ladies and gentlemen
Le Festival du film de Locarno est un lieu de découverte.
De révélation, même.
Un lieu où beaucoup de carrières internationales ont débuté.
Cela en fait-il un lieu non suisse ?
Il existe en effet un préjugé tenace
selon lequel – à en croire Francis Scott Fitzgerald –
« la Suisse est un pays où peu de choses commencent, mais où bien des choses finissent. »
La Suisse est pourtant un lieu où bien des choses ont commencé – Locarno en est justement la preuve.
Quelques exemples parmi d’autres :
En 1964 – en pleine guerre froide – la « Nouvelle Vague tchécoslovaque » débarque à l’Ouest, ici à Locarno, lorsque Milos Forman est invité pour présenter son premier film, « L’As de pique ».
En 1972, Mike Leigh gagne le Léopard d’or.
En 1981, c’est le premier film de Kathryn Bigelow, « The Loveless », qui est projeté en compétition internationale.
En 1983, c’est Spike Lee qui, à son tour, remporte le Léopard d’or.
Un an plus tard, Jim Jarmusch fait ses débuts à Locarno avec « Stranger Than Paradise ».
En 1996, Claire Denis est récompensée pour « Nénette et Boni ».
Depuis ses débuts, le Festival du film de Locarno manifeste une attirance pour « l’autre »,
pour ce qui est nouveau et non conventionnel,
pour ce qui résiste et se révolte.
D’Atom Egoyan à Andreï Tarkovski.
D’Alain Tanner à Andrea Staka.
De Léa Pool à Barbara Albert.
On ne peut que s’en réjouir, car ces confrontations sont de nature à changer notre vision du monde.
Presque imperceptiblement au début,
puis en profondeur avec le temps.
Ici, nous voyons que la rébellion n’échoue pas toujours devant la réalité – pour se replier ensuite dans la sphère privée.
Locarno nous permet en effet d’expérimenter
comment l’esprit de rébellion fait évoluer la pensée dominante ;
à quel point il nous imprègne tous ;
et comment la nouveauté déploie sa force créative.
Ce n’est pas un hasard si le Léopard d’honneur est décerné cette année à John Waters, réalisateur trash et irrévérencieux.
Son film « Hairspray » est aujourd’hui adapté en comédie musicale dans presque tous les lycées.
C’est une œuvre qui a fait bouger non seulement le public,
mais aussi les lignes de la société.
L’esprit de rébellion transforme et imprègne chacun d’entre nous –
sans pour autant se dénaturer.
Sans se fondre gentiment dans le moule.
C’est d’ailleurs plutôt le moule – ou le courant dominant – qui s’adapte bien souvent à un point de vue nouveau et original.
Mesdames et Messieurs,
Locarno, celui du festival, a été et reste un lieu très suisse – précisément par son caractère international.
Car le cosmopolitisme,
la conscience de vivre en plein cœur du continent européen –
tout cela fait AUSSI partie intégrante de notre identité nationale.
Et la rencontre avec d’autres sociétés, cultures, destins nationaux et parcours de vie rend notre identité encore plus palpitante.
Vivre des expériences collectives, réfléchir ensemble :
Cela devient d’autant plus important dans un monde qui bouge constamment.
Et dans lequel la disruption est devenue la norme.
Le Festival du film de Locarno est incontournable pour le milieu du cinéma suisse – mais aussi pour la création cinématographique internationale.
Autrement dit, pour tous ceux qui, en Suisse comme à l’étranger,
voient le cinéma comme une culture mainstream subversive – et en même temps comme une critique des extrêmes, capable de toucher le plus grand nombre.
Ringrazio tutti coloro che rendono possibile il festival.
Con il vostro impegno contribuite a qualcosa di molto speciale:
Grazie a voi possiamo sognare tutti insieme al cinema.
Grazie a voi possiamo condividere gioia, rabbia e altre emozioni –
davanti allo schermo, ma anche altrove.
Grazie.