New York

Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

La crise actuelle liée au coronavirus a un impact disproportionné sur les femmes, que ce soit sur le plan économique ou social.

Les femmes subissent en effet davantage que les hommes les effets de cette crise, et ce dans le monde entier.

Les femmes occupent en majorité des postes où le télétravail n’est pas possible et elles travaillent davantage dans des emplois d’importance systémique – je pense en particulier aux soins –

qui ont été mis très fortement sous pression durant cette pandémie.

Parallèlement à leur travail, les femmes ont en outre assumé, davantage que les hommes, des tâches éducatives en raison de la fermeture des écoles.

Et dans les pays les plus pauvres, où les institutions et les systèmes de sécurité sociale sont fragiles, la situation est encore plus dramatique.

En septembre dernier, l’ONU a estimé qu’environ 47 millions de femmes tomberont dans l’extrême pauvreté en raison de la pandémie de coronavirus.

Une estimation qui, vu la situation actuelle, devrait encore empirer.

Mesdames et Messieurs,

Les progrès réalisés en matière d’égalité au cours des dernières décennies risquent d’être réduits à néant avec cette crise.

Pire encore: la perspective d’un retour en arrière est bel et bien réelle.

Pour l’empêcher, nous avons besoin d’un engagement déterminé de la communauté internationale.

Lorsque la crise sanitaire aura été surmontée, la crise économique et sociale sera, elle, toujours d’actualité.

Elle le sera d’autant plus dans les pays les moins favorisés.

Et ce sont surtout les femmes qui en supporteront les conséquences.

Tout doit être fait pour que les avancées réalisées au cours des dernières années ne soient pas anéanties par la pandémie de COVID-19.

Il s’agit d’un engagement sur plusieurs fronts, allant de la lutte contre la pauvreté à la formation, en passant par l’accès aux soins.

Mesdames et Messieurs,

En matière de politique étrangère, la Suisse accorde la plus grande importance à une participation pleine et effective des femmes à la vie publique et aux processus décisionnels, ainsi qu’à l’élimination de toutes formes de violences basées sur le genre.

Elle applique ces principes tant au niveau bilatéral et multilatéral que dans le domaine de la coopération au développement.

Au cours des deux dernières années, la contribution de l’aide humanitaire suisse pour la lutte contre les violences de genre a ainsi doublé.

Et nous nous engageons pour que les réponses à la pandémie actuelle tiennent compte des questions de genre et des droits humains.

Au niveau suisse, nous avons aussi accompli des progrès, ce qui me réjouit en tant que ministre de l’Egalité.

Par exemple en matière de prévention de la violence envers les femmes et de la violence domestique.

Ou en matière d’égalité salariale, même si les différences peinent encore à s’estomper.

En Suisse, un des défis majeurs reste la conciliation entre travail et famille.

Les tâches non rémunérées, par exemple le soin aux proches, est généralement effectué par les femmes.

Il doit désormais être mieux réparti au sein des ménages et mieux valorisé dans nos sociétés.

Le partage des tâches et la reconnaissance sont en effet fondamentaux pour permettre l’accès des femmes au marché du travail et pour éviter les disparités en matière de salaire et de retraite.

Mesdames et Messieurs,

La pandémie de coronavirus n’est pas seule responsable de cette augmentation des inégalités.

Les prémisses de ce retour en arrière – de ce recul sociétal –étaient déjà présentes avant la crise sanitaire.

Pensons à la re-traditionalisation des rôles dans certains Etats autoritaires

à la discrimination économique ou

au discours agressif envers les femmes gagnant en indépendance dans la société.

Ce recul est préoccupant. Mais il témoigne paradoxalement des avancées réalisées au cours des dernières décennies.

La situation actuelle nous confronte à une question de fond :

Avons-nous été trop confiants en pensant que l’égalité entre les femmes et les hommes était définitivement acquise ?

Vraisemblablement.

Mais ce constat pessimiste nous permet aussi d’en tirer une énergie politique et de déclarer que le moment est venu de réaliser enfin cette égalité au quotidien.

Pour que tous les droits humains soient enfin respectés.

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