Locarno
Manuscrit, non publié à l’époque. Texte établi d’après l’exemplaire de lecture. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.
Discours prononcé en français, allemand et italien. Texte original, non traduit.
Monsieur le Président,
« En 2024, le cinéma aura contribué à éliminer de la surface du monde tout conflit civilisé ».
Alors non, cette citation n’est pas de mon collègue tessinois Ignazio Cassis, habitué du Festival et remarquablement informé sur l’état du monde, mais elle nous vient de David W. Griffith, l’un des pères du cinéma.
Formulée, comme on peut l’imaginer, en 1924, cette prophétie était un peu ambitieuse et on le mesure aujourd’hui au temps qu’il lui reste pour se concrétiser.
Il n’empêche, l’Histoire retiendra peut-être que, en été 2021, le cinéma aura au moins contribué à éliminer de la surface de nos pensées la pandémie.
Et la tenue du 74e Festival de Locarno nous permet dans tous les cas d’oublier que, l’année dernière, nous avons été contraints de délaisser le cinéma et sa capitale helvétique éphémère.
Et donc c’est une très grande joie que de les retrouver tous les deux, plus intimement liés qu’ils ne l’ont probablement jamais été.
Le programme de cette année nous propose en effet de voir ou de revoir certains des films qui ont été tournés au Tessin et qui ont été montrés au Festival de Locarno depuis sa première édition.
16 films au total ont été retenus.
De La Dernière Chance de Leopold Lindtberg, sorti l’année de la première édition du festival en 1946 et qui reçut la Palme d’Or à Cannes,
jusqu’à Love Me Tender, de Klaudia Reynicke, sélectionné en 2019 à Locarno dans la catégorie « cinéastes du présent ».
Et comment mieux célébrer cette intimité retrouvée qu’en visionnant, tous ensemble, samedi sur la Piazza Grande Monte Verita de Stefan Jäger ?
Si l’on fait l’effort de relier entre eux certains des titres figurant au programme, on parvient à déchiffrer le message subliminal que les organisateurs du Festival de Locarno souhaitent faire passer aux cinéphiles du monde entier, à savoir :
« C’est votre Dernière Chance, ne restez pas Seuls. Venez passer la Plus belle soirée de votre vie, ici même, Tout en Bas, au Tessin, une Terre brûlée par le soleil que vous allez Aimer Tendrement. »
Il faut saluer cet art extrêmement subtil de la promotion touristique, qui porte probablement la marque du nouveau directeur artistique Giona Nazzaro, dont on se réjouit de découvrir la première sélection, lui qui est venu tout exprès de Venise pour nous inonder de films.
A moins que cette marque de fabrique soit celle du Président du festival, porte-parole non-officiel de son canton.
Quoi qu’il en soit, à l’heure où les scientifiques pensent pouvoir parvenir un jour à communiquer avec les animaux, nous pouvons déjà leur dire que, pour ce qui nous concerne, nous savons très bien parler le léopard.
Meine Damen und Herren
Diese 16 Filme, die im Tessin gedreht wurden, zeigen auch, wie wichtig das Lokale ist und wie viel Welt im Lokalen steckt – eine Erfahrung, die wir auch in der Coronakrise gemacht haben:
Locarno ist ein lokales Filmfestival mit starker internationaler Ausstrahlung.
Und ein internationales Filmfestival mit starker lokaler Verankerung.
Darin liegen die Bedeutung und der besondere Reiz dieses Festivals.
Thematisch geben die 16 Filme einen guten Überblick über die künstlerischen Ambitionen des Festivals:
Es geht in den Filmen oft um Mut und Freiheit, um philosophische Fragen,
Sie drehen sich um Fragen
zur internationalen Politik und zur Gesellschaft,
zu Theater, Architektur und Sport
und – schliesslich sind wir in der Schweiz – zur Hotellerie und zu den Banken.
Nehmen wir La Sapienza als Beispiel. Ein Film, der uns auf die Spuren von Francesco Borromini führt, dem grossen Architekten aus der Barockzeit.
Man kann in Borromini eine Metapher für den Film sehen, wie Locarno ihn pflegt:
Ursprünglich aus dem Tessin stammend
gelangte er zu Weltruhm
und gilt heute als Referenz für Qualität, Wagemut und Innovation.
Mesdames, Messieurs,
J’ai commencé par une citation.
Vous me permettrez de terminer par cette autre citation, qui la contredit un peu.
Elle est du réalisateur Bertrand Tavernier, mémoire incarnée du cinéma, décédé ce printemps.
Tavernier avait aussi été l’attaché de presse de Jean-Luc Godard et était venu en compétition à Locarno en 1990 avec son film Daddy Nostalgie.
Or, voici ce qu’il disait :
« Si l’on se dit que le cinéma peut stopper la guerre, la misère, on se met le doigt dans l’œil. Le cinéaste, comme le romancier, n’a que le pouvoir d’éveiller. »
En cet été de renaissance, le cinéma aura également eu le pouvoir de nous réveiller d’un trop long sommeil culturel.
Un sommeil épuisant, bien souvent rempli de cauchemars pour le monde du cinéma et plus généralement de la culture.
Dix-huit mois de restrictions et de frustrations, durant lesquels il a fallu faire preuve de beaucoup de patience et d’abnégation.
Les acteurs culturels, dans toute leur diversité, ont été soutenus.
Et ils le seront encore tant qu’il le faudra.
Mais rien ne remplace une salle, un public, une scène, un écran, des rires, des rencontres.
La cultura vive e si nutre degli scambi che genera.
Fa ridere, graffia, provoca, inebria e affascina.
E, soprattutto, è un bisogno contagioso.
Ecco perché questo festival è importante.
Ci siamo, finalmente.
Per cui godiamocelo! Senza riserve.
Auguro a tutte e a tutti un festival appassionante e ricco di emozioni condivise.
Grazie.