Locarno

Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.

Chers amis du cinéma et de la culture,

Quel plaisir de vous revoir ici à Locarno !

Réunis dans une chaleur accablante, sans masque certes,

mais avec protection solaire !

Comme ils nous ont manqué, ces festivals !

Et les apéritifs qui vont avec !

Des apéritifs où le vin blanc est tiède, la bière rare,

A croire qu’elle est rationnée.

Peut-être par l’OFSP ?

Ces moments inoubliables où,

un verre dans une main,

une assiette dans l’autre,

le badge qui s’emmêle,

on tente de se servir au buffet…

Oui, il nous manque toujours une main dans les apéritifs !

Parce qu’il faut aussi enlever son chapeau.

Sinon, on dira encore que la Suisse est une dictature.

Il y a aussi ces moments de suspense, lorsqu’un téléphone sonne dans la salle de cinéma, de plus en plus fort, tandis que son propriétaire le cherche frénétiquement.

Il y a des moments d’action, où vous rencontrez 20 personnes en 2 minutes. A ce rythme, qui pourrait se rappeler de tous les noms ?

Et puis il y a des moments d’angoisse : vous êtes au restaurant, l’heure tourne, on vous attend sur la piazza. Mais malgré vos appels insistants, vos signes frénétiques, impossible d’alpaguer un serveur pour payer l’addition.

Et bien sûr, à Locarno, il y a toutes ces questions existentielles:

Pourquoi traîner le prospectus du festival toute la journée, alors qu’on trouve les mêmes infos sur l’appli ?

Pourquoi ma glace finit-elle toujours par couler sur mon pantalon ?

Ah oui, parce que j’ai le prospectus dans la main – et que mon natel est en train de sonner.

Plus sérieusement : Locarno est un endroit très spécial.

Un endroit où le nouveau se mêle au familier.

Ou inversement.

Ou les deux ?

Bref, tout cela est un peu confus, mais… il fait déjà chaud ici non ?

Je suis très heureux de vous voir ici.

Mais aussi un peu étonné :

Vous êtes venus ici. Alors que c’est si confortable chez vous.

Il y a tout ce qu’il vous faut à la maison :

un grand écran,

un canapé moelleux,

un frigo bien garni,

un choix de films gigantesque,

et personne qui ronfle à vos côtés.

Le « home cinéma », c’est l’idéal.

Sauf que :

on y est tout seul. Et que la compagnie des autres nous manque.

Ce n’est pas si anodin.

Car sans les autres, c’est notre propre génie qui nous fait faux bond.

Comme l’a dit Billie Wilder :

« Individuellement, tous les spectateurs sont idiots.

Mais quand ils forment un public,

ils deviennent des génies ! ».

Fin de citation.

Eh oui, Mesdames et Messieurs,

l’intelligence collective !

Ce qui nous manque dans notre « home cinema », ce sont les autres.

Avec qui nous pouvons

rire et vibrer, discuter des films,

se plaindre des effets secondaires du vaccin,

mais aussi retrouver la voie de l’optimisme.

Les festivals nous ont manqué.

Quel bonheur de voir

que la culture ne s’est pas éteinte ces 18 derniers mois,

qu’il y a encore des gens pour croire en elle,

pour la soutenir,

et ce plus que jamais,

car la culture nous rassemble et nous porte.

Je vais m’arrêter là,

car vous m’avez assez vu ces derniers temps !

Je vous laisse renouer avec ces rencontres fortuites.

Et vais tenter pour ma part de dénicher une bière…

Ou est-ce qu’il faut une réservation pour cela ?

Ou un certificat ?

Je vous souhaite un bon festival, rempli de rencontres et de découvertes inspirantes.

Icônes : Icons8