Berne
Seul le texte prononcé fait foi.
Mesdames et Messieurs,
Nous sommes le pays de la diversité linguistique par excellence.
C’est un privilège – même si c’est parfois déconcertant.
Je monte « socialiste » dans le train à Fribourg et j’en sors « social-démocrate » à Berne.
Étonnant, non ?
Un virage à droite en 22 minutes à peine !
C’est encore plus rapide que lors des dernières élections fédérales…
Bon, le soir, quand je rentre sur Fribourg, c’est un virage à gauche cette fois-ci, toujours en 22 minutes.
Et à l’époque actuelle, c’est encore plus remarquable, vous en conviendrez !
Comme nous sommes en présence des trois Confédérés, je peux évoquer le Grütli, qui comme vous le savez, se dit Rütli en suisse allemand.
Qui a pu décider de traduire Rütli par Grütli en français ? Grütli, franchement, ça fait encore plus suisse-allemand, non ?
Mais ce n’est pas ça.
En fait – comme on peut le lire dans un atlas de la Suisse de 1906 – Grütli existait aussi en suisse allemand.
C’est une variante de Rütli, tout simplement.
De la même manière, les différentes communautés linguistiques de la Suisse sont les variantes d’un seul et même pays.
Mesdames et Messieurs,
Le projet BABEL d’Olivier Suter présente de manière ludique toute la diversité linguistique de notre pays ; une diversité qui va bien au-delà de nos quatre langues nationales.
Il démontre que nous sommes bel et bien un peuple de traducteurs. Non seulement du point de vue linguistique, mais aussi culturel.
Cette succession de traductions d’une langue dans une autre illustre aussi la réussite du vivre ensemble dans notre pays.
Certes, nous ne sommes pas toujours d’accord. Mais comment pourrait-il en être autrement dans une société aussi plurielle que la nôtre ?
Ce projet nous rappelle aussi implicitement les conditions de ce vivre ensemble.
D’abord des institutions qui fonctionnent.
Un service public exceptionnel. Et qui le restera, j’espère….
Un mélange réussi entre sécurité sociale et liberté, entre prospérité et créativité.
La Suisse est un pays qui offre des perspectives à chacun de ses habitants.
Sans oublier que nous avons la chance – je dirais même le privilège – d’avoir plus d’une langue nationale.
Les outils de traduction disponibles sur Internet donnent parfois des résultats corrects. Mais ce ne sont ni Google translation ni Babelfish qui auraient pu traduire Tolstoï ou Dostoïevski.
Umberto Eco disait que traduire, c’est « dire presque la même chose ». Tout est dans le « presque » : et le projet Babel montre avec humour les malentendus que peut engendrer la transposition d’une langue ou d’une culture dans une autre.
Laissez-moi vous donner un exemple :
La phrase d’origine était : « En 1848, avec la création de l’État fédéral, l’allemand, le français et l’italien sont définies langues nationales, et en 1938, le romanche l’est à son tour. »
Après 22 traductions, cela donne, dans la 23e langue la plus parlée de Suisse :
« År 1948 nitton otta fyra schügu, italienska, franska och romänska är nationella språk ».
Ce qui, nota bene, n’est pas du haut-valaisan, mais du suédois.
Eh bien, cela donne : « En 1948, le français, l’italien et le romanche sont devenus des langues nationales. » Voilà qui s’appelle réécrire l’histoire…
Que les choses soient claires : si les Romands parlent si mal l’allemand, ce n’est pas parce que l’allemand n’est devenue langue nationale qu’en 1948.
On sait que parler la langue de l’autre n’est pas seulement un moyen de mieux se comprendre, mais aussi de mieux s’entendre. Préserver le plurilinguisme est essentiel pour notre pays.
Signore e Signori,
Per il Consiglio federale è chiaro: l’insegnamento di una seconda lingua nazionale è fondamentale per la coesione nazionale.
E anche se il dibattito in corso riguarda soprattutto il francese, non va dimenticata la situazione dell’italiano.
Anche in futuro i Cantoni devono offrire agli allievi la possibilità di imparare a scuola la terza lingua nazionale.
Meine Damen und Herren
Sicher, Französisch lernen ist anstrengend…
Ich weiss nicht, ob das hilft: Aber wir Romands haben es auch nicht ganz einfach mit dem, was Mark Twain einst „Die schreckliche deutsche Sprache“ genannt hat.
Ich zitiere:
„Es gibt zehn Wortarten, und alle zehn machen Ärger.
Ein durchschnittlicher Satz nimmt ein Viertel einer Spalte ein;
Er enthält sämtliche zehn Wortarten – nicht in ordentlicher Reihenfolge, sondern durcheinander;
Er besteht hauptsächlich aus zusammengesetzten Wörtern, die der Verfasser an Ort und Stelle gebildet hat, sodass sie in keinem Wörterbuch zu finden sind
Und erst ganz am Schluss des majestätischen Satzes kommt das Verb, und man erfährt zum ersten Mal, wovon die ganze Zeit die Rede war;
und nach dem Verb hängt der Verfasser noch „haben sind gewesen gehabt haben geworden sein“ an, oder etwas dergleichen – und das nur zur Verzierung.“
Ende Zitat.
Meine Damen und Herren
Die entscheidende Frage lautet:
Wie viel ist uns die Identitätsfrage wert – und das mit ihr verbundene Erlernen einer zweiten, sogar einer dritten Landessprache?
Wollen wir uns wirklich selbst schwächen, weil wir einander nicht mehr verstehen?
Wollen wir, dass es drei oder vier Schweizen gibt, die NEBENeinander anstatt MITeinander existieren – in einer globalisierten Welt, die auseinanderdriftet?
Um es mit Michel de Montaigne zu sagen: « L’amitié se nourrit de communication ».
Wenn wir uns selber verstehen und so unsere Identität stärken – dann bleiben wir auch neugierig und offen für die rund 190 anderen Kulturen, die in unserem Land vertreten sind.
In diesem Sinne wünsche ich BABEL viel Erfolg auf seiner Reise zu weiteren Ausstellungsorten in der Schweiz.
Vielen Dank.