Locarno
Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.
Discours prononcé en français, en allemand et en italien. Texte original, non traduit.
Monsieur le président du conseil d’Etat tessinois,
Monsieur le syndic de Locarno,
Monsieur le Président du Festival de Locarno,
Monsieur le Directeur,
Amis des écrans larges et des plafonds étoilés,
Amis des cinémas du monde,
Mesdames, Messieurs,
Comment situer le Tessin sur une carte ?
Cela n’est pas si simple, si l’on en juge par les difficultés que cela pose aux réalisateurs.
L’un des premiers films qui a été tourné au Tessin date de 1926 : il s’agit du Violoniste de Florence du Viennois Paul Czinner. Il faut en déduire qu’à l’époque, dans l’imaginaire des artistes, le Tessin, c’était la Toscane.
Quelques années plus tard, le Praguois Ivan Passer tournera un film à Lugano intitulé…Banco à Las Vegas. Avec, cette fois-ci, le Tessin dans le rôle du Nevada.
Si l’on refait un peu l’histoire, le tout premier acte d’une reconnaissance diplomatique du Tessin comme un canton suisse a probablement eu lieu en 1946, l’année même de la création du Festival de Locarno.
La Dernière Chance de Léopold Lindtberg, remportait en effet cette année-là un Grand Prix lors de la toute première édition du Festival de Cannes, ainsi qu’un Prix de la paix internationale. Or, ce film avait été tourné dans les montagnes et sous la neige du Tessin, à Saint-Virgilo, sur la commune de Gandria, ainsi qu’à Arcegno, Caprino et Lamone et il concourait sous la bannière de la Suisse.
A travers cette double récompense, le monde du Cinéma validait officiellement l’entrée du Tessin dans la Confédération Helvétique, 143 ans après les faits.
Dans le sillage de cette tardive mais méritée reconnaissance, Locarno et le Tessin pouvaient prendre place au centre de la carte du monde et commencer à accueillir les Ambassadeurs d’Hollywood et de Cinecittà.
Et James Bond peut s’élancer sans crainte du haut d’un barrage dans GoldenEye, tout le monde sait désormais que celui-ci est situé au Tessin et que s’il se rate, la REGA est là en moins de 30 minutes !
Avec le temps, la réputation internationale de Locarno n’a en effet cessé de se confirmer.
Sur un plan cinématographique, comme sur un plan géographique.
Notre Confédération peut être fière d’apporter son soutien à une telle manifestation.
Elle le fait, pour ce qui concerne le plan cinématographique, par le biais de l’Office fédéral de la culture, qui apporte de l’argent, et, pour ce qui concerne le plan géographique, par le biais de l’Office fédéral de la météorologie, qui fournit du soleil.
Mesdames, Messieurs,
Chers amis et invités,
Maintenant que grâce au Cinéma et au festival de Locarno, le Tessin est bien situé sur la carte, qu’est-ce que cela implique d’un point de vue géopolitique ?
En 1946, année de la création du Festival de Locarno, une nouvelle Europe était à construire. C’est peu dire que ces deux institutions internationales ont grandi en parallèle.
Si l’Europe traverse aujourd’hui une période de doute et de crise, le Festival de Locarno se porte mieux.
Pourtant, son offre cinématographique s’est enrichie, les sélections et manifestations parallèles ont proliféré comme autant d’Etats-membre, créant un mélange des langues et des cultures. Et sa programmation est devenue beaucoup plus complexe.
Mais ce processus de convergence n’a engendré aucune tension, ni ravivé la moindre ferveur nationaliste.
Le Cinéma montre ici la voie à suivre : il sait abolir les frontières et faire disparaître les incompréhensions. Dans ce monde de l’imaginaire façonné par les artistes, le cinéma anglais peut même continuer à se rêver européen !
Meine Damen und Herren
In Locarno erfindet sich die Schweiz jedes Jahr wieder ein Stück weit neu.
Und zwar als Land, das seine Kultur pflegt, indem es sich der Welt öffnet.
Dieses Filmfestival hat eine enorme kulturelle Bedeutung für die Schweiz – und natürlich ganz besonders für das Tessin.
Und es ist gleichermassen unverzichtbar für die einheimische Filmszene wie für das anspruchsvolle internationale Filmschaffen.
Dass der Beitrag ans Filmfestival Locarno den Löwenanteil der gesamten Festival-Unterstützung ausmacht, ist eine Anerkennung der stets hohen künstlerischen Qualität.
Schweiz, Tessin, Identität, Tourismus, Schweizer Film, internationaler Film.
Das alles steckt in Locarno, dieser helvetisch soliden Schmelztiegels.
Das ist mehr als die Quadratur des Kreises.
Das ist ein kleines helvetisches Wunder.
Signore e Signori,
a Locarno vengono i cineasti del mondo intero.
E con loro, gli spettatori del mondo intero.
Tutto questo dura ormai da settant’anni – che non sono un punto di arrivo, ma soltanto le prime settanta sequenze di un bellissimo film di cui non si vede la fine.
Grazie per l’attenzione e buon Festival a tutti!