Lausanne
Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.
Discours prononcé en français et en allemand. Texte original, non traduit.
Madame la conseillère aux Etats
Monsieur le Syndic de Lausanne
Amis du rythme,
Amis des thèmes et des refrains,
Mesdames, Messieurs,
Il y a de cela plusieurs milliards d’années, l’Univers serait né dans un bruit de détonation que les scientifiques anglophones s’accordent à considérer comme grand : le « Big Bang ». Mais nous n’étions pas là pour l’entendre.
Dans plusieurs centaines de milliards d’années, il n’est pas impossible que l’Univers se rétracte et disparaisse dans un bruit de craquement de plus ou moins même ampleur : le « Big Crunch ». Je pars de loin, mais je vais faire en sorte que mon discours ne s’éternise pas, afin que nous ne soyons pas là non plus pour l’entendre.
L’Homme est au diapason de l’Univers : il commence également sa vie dans un bruit, le premier battement du cœur, et la termine sur autre lorsqu’il rend son dernier souffle.
Entre ces deux évènements sonores qui délimitent son destin, il aura connu le plus exquis, le plus raffiné de tous les bruits : la musique, qui constitue la somme et la quintessence de tous les bruits.
L’on serait ainsi tenté de dire que la musique est dans la nature des choses : Jules Renard la percevait pour sa part dans « le chantonnement d’une bouilloire », à qui il disait devoir « ses plus douces rêveries ».
La musique est aussi dans la nature des choses en Suisse.
On la retrouve dans le craquement de nos glaciers. Dans le grondement de nos torrents. Dans le souffle de notre bise et la plainte de nos sapins balayés par elle. Dans le meuglement de nos vaches. Dans le sifflement de nos « Intercity » qui passent devant elles. Dans le surgissement à heure fixe de nos coucous. Dans le crissement sous les dents de notre chocolat. Dans le grésillement de nos bancomats.
Cette musique helvétique subliminale, omniprésente dans notre environnement naturel, nos artistes à la sensibilité délicate n’ont pu faire autrement que de la capter : il me plaît ainsi de croire qu’elle est là ce soir parmi nous, retranscrite, d’une manière ou d’une autre, sur les partitions de tous nos nominés pour cette année 2016.
Pour leur prouver que nous sommes, nous aussi, parfaitement capables de produire un bruit musical, je vous invite maintenant à les applaudir encore une fois tous très chaleureusement !
Merci pour eux.
Le Grand Prix suisse de musique est le seul prix qui met en lumière l’excellence musicale suisse, tous domaines confondus.
En trois ans, il a acquis une renommée nationale et la cérémonie est devenue – la preuve encore ce soir – le lieu de rencontre de la scène musicale suisse.
Il est temps pour moi d’annoncer le nom de celui ou de celle que, parmi tous les nominés, notre jury d’experts a choisi de distinguer cette année.
Déjà : ça tombe bien, cette personne fait de la musique.
Et le Grand Prix suisse de Musique 2016 va à…….. Sophie Hunger !
Mesdames, Messieurs,
Quelques considérations sur la jeune, mais déjà très belle carrière de Sophie Hunger.
En très peu d’années, Sophie Hunger a su incarner l’image d’une Suisse moderne et musicale.
Elle vit entre Zurich et Berlin, deux villes moins peuplées de financiers que d’artistes, où fleurissent les modes et les tendances : si, comme elle le chante, Le Vent l’a emportée, c’est bien au cœur de la scène musicale internationale qu’il l’a redéposée.
Sophie Hunger construit des ponts entre les arts, au-dessous desquels coule sa voix de cristal teintée de rauque.
Ainsi, on l’a beaucoup aimée au cinéma dans Der Freund, où ses chansons rythmaient la vie d’un garçon timide au pantalon trop court. Plus récemment, elle a composé la musique du déjà fameux film d’animation « Ma vie de Courgette », de Claude Barras.
Sophie Hunger ose le mélange des genres.
Depuis la sortie de son premier album en 2006, Sketches on Sea, son état civil musical la rattache au folk-rock-pop, ce qui en soi laisse déjà présager des mélanges à venir.
Par la suite, elle est aussi allée vers le jazz, en se produisant au Montreux Jazz et en collaborant plus tard avec Erik Truffaz sur son disque In Between, pour l’un des plus beaux mariages jamais célébré entre une trompette française et une voix suisse.
En ajoutant le jazz au folk, au rock et à la pop, l’on peut considérer qu’elle a adopté une quatrième culture, s’inspirant probablement en cela de son pays.
Sophie Hunger n’est pas non plus insensible à la valse, comme sa sublime Walzer für Niemand tend à le prouver.
Ce mélange des genres lui fait souvent atteindre des sommets, notamment dans sa reprise de « Bang Bang » au Montreux Jazz, avec Fauve & ; Raphelson : rarement bruit n’aura aussi bien porté le nom de musique.
Liebe Freundinnen und Freunde der Musik
Das Werk von Sophie Hunger ist vielfältig. Auch sprachlich.
Ihre Texte sind manchmal rätselhaft, manchmal verspielt – und immer vielschichtig, immer poetisch.
Bei der Sängerin und Songwriterin kommen Wort und Ton bewusst zusammen. Sie lädt uns ein zum doppelten Zuhören.
Sophie Hunger kann mit Sprache umgehen. Und mit Sprachen.
Sie singt auf Schweizerdeutsch, Hochdeutsch, Englisch und Französisch.
Sophie Hunger hat ein beeindruckendes Werk geschaffen. Musikalisch überzeugend. Poetisch, kritisch und humorvoll.
Und sie ist weitum präsent: Ein französischer Mobilfunkanbieter hat ihre Lieder als Warteschleifen-Musik für seinen Kundendienst gewählt.
Da kann man sich nur wünschen, dass die Kundenberater überlastet sind und die Leitung lange besetzt bleibt.
Wir ehren heute mehr als eine Künstlerin mit vielen Talenten.
Wir ehren eine Künstlerin, der es gelingt, aus ihren vielen Talenten eine unverkennbare Identität zu erschaffen.
Herzliche Gratulation, Sophie Hunger.