Locarno
Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.
Discours prononcé en français et en italien. Texte original, non traduit.
Monsieur le Syndic de Locarno,
Monsieur le Président du Festival de Locarno,
Monsieur le Directeur,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis du Cinéma,
En Suisse, le Léopard est un animal protégé.
Il n’est point besoin d’être cinéphile ou tessinois pour le savoir.
Le Léopard de Locarno symbolise un peu notre cinéma et c’est la raison pour laquelle nous le soutenons avec une ferveur parfois digne du WWF.
Tous les festivals participent au rayonnement du 7e art en Suisse, mais il est évident que le plus grand événement culturel de notre pays, qui est peut-être aussi le deuxième lieu de rassemblement politique, a désormais acquis une visibilité mondiale.
Le Léopard s’exporte très bien, on le voit partout et de loin sur les affiches des films qui ont été primés ici. Ce qui fait d’ailleurs douter de sa science du camouflage.
A Berne, il y a des plantigrades. Ici, c’est un fauve qu’il faut nourrir.
Pour assurer la diversité culturelle, nous devons faire en sorte qu’il ne se nourrisse pas exclusivement de pop-corn. La toujours très équilibrée programmation du festival de Locarno lui prodigue fort heureusement un régime des plus sains. Et la participation financière de la Confédération lui apporte cet indispensable complément nutritionnel qui fait reluire son pelage.
Il est essentiel que notre Confédération soutienne les festivals, car ils sont le lieu de promotion de notre cinéma tout autant que l’endroit où se développe et s’entretient notre culture dans tous ses genres.
Le cinéma touche en effet à tout : au théâtre, à l’art, à la musique, à la littérature. Le cinéma a également cette particularité de faire cohabiter des cultures. Un film fait exister sur l’écran un monde sans frontières.
Dans son très remarqué petit film de remerciements diffusé à l’issue de la dernière cérémonie du Prix du cinéma suisse à Genève, Jean-Luc Godard, lauréat du prix d’honneur, décrétait à ce propos que le cinéma suisse n’existe pas.
Je vous rassure, il dit à peu près la même chose du cinéma européen. Dans le même temps, il évoquait avec beaucoup d’humour L’Histoire du Soldat de Ramuz, comme une des références identitaires de notre culture.
Mélange de genres, d’influences, un film est forcément fait de références multiples. Il convoque des images et des sons, venus de ci et de là, il n’est pas forcément linéaire – ça Godard nous l’a bien fait comprendre dans son Adieu (définitif) au langage…
Un film permet crée un univers propre, et pour cela il permet de créer des moments de communauté particuliers, où les différentes approches des choses ne s’opposent pas, mais se rencontrent et créent du sens.
C’est pour cela qu’un festival du film comme Locarno a quelque chose d’unique. C’est pour cela qu’il permet d’être ce grand rendez-vous annuel pour toute la Suisse, et pas seulement pour les milieux culturels.
Dans un pays comme le nôtre, Locarno est un espace, un moment dans l’année, qui incite à l’échange.
La Suisse est diverse et son cinéma est à son image.
Le cinéma suisse parle italien, allemand, français, romanche.
Il franchit par nature les frontières. Et nous voulons le soutenir pour qu’il puisse le faire encore plus.
La Confédération va mettre en place des mesures qui ancrent notre cinéma en Suisse, mais lui permettent de se tourner résolument vers le monde.
Participer à la cinématographie européenne, stabiliser des mesures qui le permettent, en visant toujours à moyen terme la réintégration du programme MEDIA. Coproduire avec les pays qui nous entourent, en facilitant les tournages en Suisse. Le Parlement a approuvé il y a peu cette consolidation importante de notre scène cinématographique. C’est un vrai pas en avant pour que notre cinéma se joue des frontières.
Signore e Signorini
Al Festival internazionale del film di Locarno non si può dunque non parlare del Ticino.
Il Ticino è un tassello insostituibile del mosaico chiamato Svizzera. E venirci ogni estate ci fa bene. Dà aria ai polmoni e rinfresca le idee. Qui si respira aria di decentralizzazione – e il federalismo, che tanto amiamo, è palpabile.
La parola cultura è molto più bella quando è pronunciata facendo rotolare la «erre»!
Ma non è solo questione di «erre». Il Ticino è una regione importante perché con le sue posizioni un po’ fuori dal coro, ma sempre avvedute, ci dona quella diversità senza la quale un piccolo Paese non può avere una grande cultura.
Je vous remercie de votre attention.