Bienne

Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.

Discours prononcé en français et en allemand. Texte original, non traduit.

Sehr geehrte Damen und Herren National- und Ständeräte
Sehr geehrte Berner Regierungsräte
Sehr geehrte Stadtregierung von Biel
Sehr geehrter Herr Botschafter
Chers amis du cinéma,
Mesdames et Messieurs

Il y a un peu plus de 10 ans, la ville de Bienne se dotait d’un festival visant, notamment, à faire la promotion des films francophones en Suisse alémanique.

Je le précise aux ressortissants Français présents parmi nous ce soir, vouloir faire la promotion du cinéma francophone en Suisse, c’est un peu comme entreprendre la promotion du cinéma breton à Paris.

Partir de Bienne, ville bilingue, pour conquérir Schwyz, Appenzell ou Zurich, c’est comme vouloir conquérir Montmartre, Ménilmontant ou le quartier de l’Opéra depuis l’une des trois rues qui bordent la gare Montparnasse.

Le geste est noble, mais ambitieux.

D’autant plus qu’il existe chez nous un fossé des langues entre la Suisse romande et la Suisse alémanique que, par un trait d’esprit typique, qui emprunte autant à notre génie militaire qu’à notre cuisine traditionnelle, nous symbolisons par le terme de « barrière de rösti ».
Ou « Röstigraben ».

Ce fossé des langues, on le retrouve aussi dans notre cinéma national.
Nous l’appellerons donc « barrière de pop-corn ».
Ou « Popcorngraben ».

Il existe dans notre pays une malédiction due à l’existence de cette « barrière de pop-corn », qui veut qu’un succès cinématographique dans l’une ou l’autre de notre région linguistique se transforme presque à chaque fois en un échec dans les autres parties de notre territoire.

Ce constat est pour nous une très grande source d’insatisfaction. Mais il alimente paradoxalement une motivation plus grande encore de se battre pour garantir le succès des films suisses de qualité sur l’ensemble de notre territoire et leur offrir la possibilité de s’imposer plus tard au niveau international.

Les enjeux sont encore plus complexes qu’ils ne paraissent puisqu’au total, nous possédons quatre régions linguistiques.

Il y a donc lieu de rechercher des solutions pour faire disparaître cette « barrière de pop-corn » dans la nuit de nos salles obscures.
Dans la mesure où il s’agit d’un art par essence universel, la langue ne devrait pas être une source de problème au cinéma.
Ou alors seulement quand il faut essayer de manger sa glace dans le noir sans salir tous ses voisins.

Un exemple récent : « Der Goalie bin ig ».
L’an passé, ce film suisse a réalisé 135’400 entrées en Suisse allemande, mais moins de 4’000 en Suisse romande.

Pourtant, son écriture est remarquable et ses thèmes sont universels. Ses décors donnent en outre à voir une suisse profonde authentique, dont aucun de nos citoyens ne devrait se sentir étranger.

Bien sûr, un film tourné en dialecte pouvait a priori rebuter les Suisses romands traumatisés par le difficile apprentissage d’une langue de Schiller, qui s’avère finalement peu utile au pays de Mani Matter.

Mais cela ne suffit pas à expliquer un tel désintérêt pour une œuvre multi-récompensée l’année dernière lors de la nuit des Prix du cinéma suisse.

C’est qu’au-delà des simples différences linguistiques, il y a des disparités culturelles sans doute plus subtiles.

Rares sont ainsi les films suisses qui ont très bien marché dans toutes nos régions linguistiques.

Il faut probablement remonter aux « Faiseurs de Suisses », irrésistible comédie mettant en scène deux fonctionnaires préposés au service des naturalisations.

Les « Faiseurs de Suisses » étaient dans l’air du temps au moment de leur sortie dans les années 70.

Les problèmes liés à la naturalisation étaient alors au centre des débats et de la préoccupation de nos citoyens dans un pays en insuffisance de manœuvre ouvrière et contraint dès lors de s’ouvrir aux étrangers.

« Achtung, Fertig, Charlie » traitait récemment d’un thème plus fédérateur encore, notre armée.
Il a triomphé en Suisse allemande mais en Romandie, il a fait moins de spectateurs qu’une rediffusion de la « 7e compagnie » un mardi soir en fin de soirée sur M6.

De tout cela, il faut retenir cette leçon : ce ne sont pas forcément les sujets qui intéressent le plus les Suisses dans la vie qui vont les entraîner dans les salles obscures.

Car le cinéma est un art qui sublime le réel, mais il le fait au gré de la sensibilité de ses auteurs, laquelle s’exprime différemment selon que l’on se trouve d’un côté ou l’autre de la Sarine.

Pour assurer le succès de leurs films sur l’ensemble de notre territoire, il faudrait probablement, comme le préconise Jean-Luc Godard, que nos cinéastes disent adieu au langage et se réapproprient les codes universels du visuel et du burlesque.

Reconnaissez que ce serait un formidable pari dans un pays où repose depuis Noël 1977 l’esprit de Charlie Chaplin.

Mais ce faisant, nos cinéastes abandonneraient du même coup cette langue qui fait leur particularité et leur richesse.

Meine Damen und Herren

Beim Film sind die Sprachregionen der Schweiz ausgerichtet auf ihre Nachbarn, mit denen sie die Sprache teilen.
Filme überschreiten die Sprachgrenzen selten erfolgreich.

Umso wichtiger sind jene Anlässe in der Schweiz, die eine Vermittlungsrolle einnehmen, wie das « Festival du Film Français d’Helvétie ».

Die Vielsprachigkeit der Schweiz ist nicht nur für den Film eine grosse Herausforderung.
Sie ist eine Herausforderung für das ganze Land. Und eine grosse Chance.

Nur wenn wir einander verstehen, können wir auch Verständnis haben füreinander.

Die Sprache dient ja nicht nur der Verständigung.
Eine Sprache transportiert eine ganze Kultur.
Sprachen sind ein Reichtum.

Der Zusammenhalt unseres Landes hängt wesentlich davon ab,
wie gut wir diesen Reichtum pflegen.

Deshalb legt die neue Kulturbotschaft ein Schwergewicht auf die Kohäsion und die Sprachen.

Dazu wird in den nächsten Jahren unter anderem der kulturelle und schulische Austausch über die Sprachgrenzen hinweg verstärkt. Aber auch die Übersetzung und die Förderung des Italienischen ausserhalb des Tessins.

Ist es eine „Histoire de fou“? Um den Titel des Films zu zitieren, den wir gleich sehen.
Nein. Es ist nicht verrückt, die Vielfalt und den Zusammenhalt der Schweiz zu stärken.
Es mach Spass und ist eine Jahrhundertealte „Historie d’amour“.

Aber in Biel/Bienne muss man das niemandem erklären.
Deshalb ist es kein Zufall, dass dieses – kleine und feine – Festival hier stattfindet.

Ich wünsche Ihnen weiterhin viel Erfolg.

Icônes : Icons8