Genève
Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.
Monsieur le Président,
Madame la Maire,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
En matière de santé globale, nous sommes plus ou moins tous confrontés aujourd’hui aux mêmes grands défis :
les maladies non transmissibles, qui touchent un nombre croissant de personnes,
l’émergence de maladies qui peuvent se transformer en épidémies,
la mise au point de nouveaux médicaments et l’amélioration de l’accès à ces médicaments dans les pays les plus défavorisés,
les inégalités en matière de santé et d’accès à des soins médicaux de qualité.
Face à ces thèmes complexes, il n’existe pas de mode d’emploi universel. Comme le disait le célèbre astrophysicien Hubert Reeves, « Pour explorer le champ des possibles, le bricolage est la méthode la plus efficace ». J’espère que ce Forum aidera le bricoleur qui sommeille en chacun de nous à explorer les défis de la santé globale et, surtout, qu’il nous permettra de partager nos expériences pour trouver des pistes de solution.
Car pour faire face à ces nombreux défis, il faut une collaboration multisectorielle.
Prenez les médicaments : ils relèvent, au niveau international, de différentes organisations : de l’Organisation mondiale de la santé, bien entendu, mais aussi de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, de l’Organisation mondiale du commerce et du Conseil des droits de l’homme.
Genève, capitale mondiale de la santé, joue un rôle particulier pour la promotion de cette collaboration multisectorielle puisqu’elle accueille les principaux acteurs mondiaux du domaine de la santé :
l’OMS,
l’ONUSIDA,
le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme
l’Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination, ainsi que beaucoup d’autres.
La Confédération suisse et le canton de Genève souhaitent renforcer l’attractivité de la Genève internationale. Ils entendent exploiter encore mieux le potentiel que représente la présence sur un même territoire d’un ensemble unique d’organisations internationales, de missions permanentes, d’organisations non gouvernementales et d’institutions académiques.
L’importance croissante de l’approche multisectorielle et la multiplication des acteurs exigent de repenser la gouvernance mondiale de la santé et de clarifier le rôle de certaines institutions de manière à les rendre plus efficaces. C’est ainsi, par exemple, qu’un processus de réforme a été lancé ces dernières années à l’OMS.
Il doit permettre à cette institution de jouer encore mieux son rôle d’avocate mondiale de la santé, ainsi que son rôle normatif.
La Suisse a toujours été favorable à ce processus et le restera.
Pour renforcer la cohérence de son action internationale en faveur de la santé, le Gouvernement suisse s’est doté il y a deux ans d’une nouvelle politique extérieure en matière de santé.
Elle vise à améliorer la collaboration entre les services, et à associer davantage les différents acteurs de la société civile : les chercheurs, l’industrie et les prestataires de santé.
Améliorer l’état de santé de la population, en particulier des groupes pauvres et vulnérables, est aussi l’objectif principal de la coopération suisse au développement en matière de santé.
Elle veut en priorité renforcer les systèmes de santé pour garantir à toutes et tous une couverture sanitaire, réduire la charge des maladies transmissibles et non transmissibles et améliorer la santé maternelle, néonatale et infantile.
Les discussions actuelles sur l’agenda de développement durable pour la période après 2015 montrent d’ailleurs que la santé doit y jouer un rôle clé. La Suisse souhaite inclure un objectif spécifique sur la santé, qui vise à la maximiser à tous les stades de la vie. Les différentes sessions et ateliers prévus ces prochains jours sur des thèmes connexes, avec des spécialistes du terrain, seront certainement l’occasion d’en apprendre davantage les uns des autres.
Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi de vous faire part de quelques réflexions en tant que ministre suisse de la santé. En Suisse, la situation est semblable et différente à la fois. Certes, nous disposons d’un très bon système de santé, et la population est généralement satisfaite des prestations dont elle bénéficie.
Mais les défis qui nous attendent sont de taille, en raison notamment de la hausse des maladies transmissibles, et de l’allongement de l’espérance de vie.
Pour relever ces défis, nous voulons notamment renforcer les soins médicaux de base. Le 18 mai, nous voterons sur l’article constitutionnel qui garantit à tous l’accès à des soins de base de qualité. Cela passe par un soutien particulier à la médecine de famille et par une collaboration accrue entre tous les professionnels de la santé.
Pour l’instant, la situation suisse est enviable, mais elle est menacée. Or comme le disait aussi Hubert Reeves : « Regarder tôt, c’est regarder loin ».
Le gouvernement suisse a donc approuvé un catalogue de mesures à moyen terme, la stratégie globale « Santé2020 ». Globale car en Suisse aussi, et c’est le point commun, l’approche intégrée est l’un des meilleurs moyens d’aller de l’avant.
Cette stratégie, ce n’est pas une révolution, c’est une évolution.
Une multitude de petits pas pour assurer la qualité de vie, renforcer l’égalité des chances, optimiser la transparence et améliorer la qualité des soins.
L’importance des stratégies globales, de l’interconnexion, de la collaboration et, par-là, d’événements tels que le Geneva Health Forum, vous qui êtes là aujourd’hui et faites fonctionner le système de santé, vous la connaissez aussi bien que moi.
L’intérêt de ces trois prochains jours de débats réside principalement dans votre participation en tant qu’acteurs multiples du système de santé. Nouez des contacts, débattez des solutions possibles, apportez de nouvelles idées et faites progresser la santé !
Je me réjouis de votre présence et de vos contributions, et vous souhaite un excellent Forum.
Merci de votre attention.