Moudon

Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.

Messieurs les Conseillers nationaux,
Monsieur le Président du Grand Conseil,
Monsieur le Syndic,
Madame la Présidente du Conseil communal,
Mesdames et Messieurs,

Lorsque les temps sont mouvementés et instables, les sociétés se replient sur elles-mêmes. Les gens font référence au passé. La fameuse maxime : « c’était mieux, avant ».

Et nous vivons actuellement une époque mouvementée et instable. Chez nous, comme partout en Europe.

Personne ne peut encore prédire la fin de la crise. Personne ne peut encore évaluer ses conséquences. Le chômage des jeunes dans certains pays atteint les 60 %. On parle d’une génération sacrifiée.

En Suisse, notre jeunesse se porte mieux que chez nos voisins. Pourtant, malgré notre bonne santé économique, beaucoup de travailleuses et de travailleurs de plus de 50 ans ont des difficultés à trouver un emploi. Je comprends que la globalisation du marché du travail et la crise européenne inquiètent beaucoup de gens dans notre pays. Je comprends que nous nous sentions menacés par des éléments que nous ne pouvons pas toujours maîtriser seuls.

Il faut cependant désamorcer ces bombes à retardement. Politiciens, entrepreneurs, citoyennes et citoyens, doivent se mobiliser afin d’intégrer toutes les générations. Nous ne pouvons pas nous permettre d’avancer en laissant de côté ceux qui font face à des difficultés.

Pendant longtemps, le monde, notre monde, était divisé en deux blocs. Aujourd’hui, une multitude de pôles émerge. Le système devient complexe à appréhender car nous sommes concernés par toutes ces mutations – même si elles ont lieu à l’autre bout du monde. Que nous le voulions ou non. Pour comprendre ce qui se passe ici, nous devons regarder au loin, parfois très loin. Pour agir chez nous, nous ne pouvons pas ignorer ce qui se passe ailleurs. Et surtout, nous ne pouvons pas ignorer que le monde change.

C’est dans ce nouveau monde que l’Europe cherche sa place. Et c’est dans cette Europe que la Suisse cherche la sienne. Faire sa place n’est pas facile, nous le savons parfaitement. Nous devons trouver un nouvel équilibre avec nos voisins de l’Union européenne et parmi d’autres puissances émergentes. L’équilibre ne se revendique pas, il se construit.

La crise de la dette et la crise financière nous placent aussi face à de nouveaux défis. Des nouveaux standards pour les marchés financiers sont en train d’être mis en place. Le rythme s’est accéléré subitement. L’échange automatique de données et la transparence fiscale sont discutés partout.

La place financière suisse doit se repositionner. Si elle ne le fait pas, le monde n’attendra pas.

Il est donc compréhensible que nous nous sentions sous pression. Rien d’étonnant non plus à ce que certains préfèrent ne pas affronter ce présent mouvementé et instable.

Il est rassurant de se remémorer le passé. Une époque, où l’environnement international était stable. Où le rôle de la Suisse n’était pas remis en question. Je ne vous parle pas de la période du Grütli ! Il suffit de remonter le temps de quelques décennies, jusqu’à la fin de la Guerre froide, une époque où le monde était divisé en deux.

Nous devons accepter : ce passé est derrière nous. Et le nouveau monde instable dans lequel nous vivons présente des menaces pour notre identité et pour certains de nos intérêts. Mais les nouvelles réalités n’ont pas surgi de nulle part. Il y a un lien évident entre le passé et le présent. Ce lien, c’est celui qui nous permet de nous faire une idée claire de notre situation et de notre rôle dans un monde tiraillé entre les grandes puissances.

Si nous arrivons à regarder le lien entre le passé et le présent, nous pourrons regarder en avant. Remontons le temps :

Dans les années 1930, notre pays a inventé – en quelque sorte – la paix du travail. Un compromis qui fait, encore aujourd’hui, la force de la place économique suisse.

La création de l’Etat fédéral en 1848 constitue un acte d’optimisme et de confiance en l’avenir.

Nous pouvons aller encore plus loin. Déjà vers 1830, aucun pays en Europe n’exportait davantage que la Suisse. Après la Grande Bretagne, nous sommes le pays qui s’est industrialisé le plus tôt !

Aujourd’hui, nous ne sommes plus surpris de lire des titres de journaux comme « La Suisse reste à la pointe de l’innovation ». Nous avons tendance à penser que c’est évident. En réalité, c’est extrêmement étonnant. Et ce qui est plus étonnant encore, c’est depuis combien de temps déjà la Suisse compte parmi les pays les plus avancés sur les plans technique et scientifique.

Nous étions et sommes restés forts de notre conscience historique, mais nous étions et sommes toujours aussi confiants dans l’avenir.

Optimistes.

Sûrs de nos capacités.

Audacieux.

Et c’est ensemble que nous pouvons faire beaucoup.

Mesdames et Messieurs,

Ce qui a été, ce qui est et ce qui sera. Tout est important.

La continuité, les traditions, la sécurité du passé.

Mais aussi le regard confiant, tourné vers l’avenir.

Ces deux attitudes sont des constantes de l’histoire suisse.

Notre pays a vu naître des constructeurs de ponts et des ingénieurs – mais il a aussi vu naître des figures critiques comme Jean-Jacques Rousseau.

C’est bon signe ! Car tout progrès, pour qu’il puisse être durable, doit être analysé d’un œil critique, voire sceptique. Mais ce scepticisme ne doit pas nous coûter plus d’énergie que le progrès lui-même.

Progrès et immobilisme, changement et continuité: c’est sur ces deux piliers que repose l’idée que nous nous faisons de nous-mêmes en tant que pays. Si nous affaiblissons l’un, c’est la Suisse que nous affaiblissons. Si nous nous replions sur nos certitudes, c’est notre avenir que nous ratons.

La combinaison gagnante allie l’examen critique du passé et la volonté d’aller vers le progrès. Nous sommes actuellement confrontés à un défi majeur : celui de l’évolution de la démographie.

Au-delà des questions de financement des assurances sociales, nous devons tout d’abord nous réjouir de vivre plus longtemps.

Mais nous devrons quand même entreprendre des réformes pour que nos assurances sociales restent performantes et perdurent. Le progrès qui nous a permis de prolonger notre espérance de vie doit aussi bénéficier à notre système social et de santé. Pour que l’accès reste garanti pour tous. Il en va de la cohésion sociale, le fondement le plus important de notre société. Il en va du lien entre nos générations.

Une Suisse tournée vers l’avenir, une Suisse sûre d’elle – c’est cette Suisse qui a toujours su s’adapter aux réalités.

Il en va de même de notre rapport avec les réalités de la politique européenne. L’Union européenne est de loin notre partenaire commercial le plus important. L’Europe est surtout notre bassin culturel. Nous devons trouver un moyen pragmatique de vivre ensemble, dans notre propre intérêt.

La même approche pragmatique s’applique à la nouvelle réalité des standards internationaux sur les marchés financiers.

Avoir confiance en l’avenir, c’est avoir conscience que la continuité l’emportera toujours sur le changement.

Les principes qui font la force de notre culture politique – le fédéralisme, la démocratie directe, le plurilinguisme – ces principes ont survécu à des époques bien plus mouvementées que l’époque actuelle.

Aujourd’hui nous ne sommes pas attaqués par des ennemis mais confrontés à des réalités qui changent. Aucune raison, dans ces conditions, d’être sur la défensive. Nous pouvons nous montrer sûrs de nous, créatifs et actifs.

Nous devons nous battre pour les principes qui font la force de la Suisse. Mais nous n’y parviendrons pas en restant figés dans notre passé et dans nos mythes. C’est le contraire d’une politique pragmatique, porteuse d’avenir.

Chères concitoyennes,
Chers concitoyens,

Et si nous ne disions plus « c’était mieux, avant », tout simplement parce que « maintenant, c’est différent » ?

Aujourd’hui, nous ne devons pas réinventer la Suisse. Nous devons la redécouvrir, dans son intégralité, c’est-à-dire avec sa dimension progressiste. Avec son envie de futur et son envie de changement. Cette confiance dans l’avenir, cet optimisme sont aussi des traditions suisses.

Fermer la porte et attendre que plus rien ne fonctionne n’est pas une attitude digne de la Suisse.

Car nous sommes des gens pragmatiques.

Et nous sommes dotés d’un esprit de réforme !

La Suisse est riche de son passé, mais plus encore de son avenir !

Je vous remercie de votre attention et vous souhaite une excellente Fête nationale.

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