Locarno

Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.

Madame la Syndique,
Monsieur le Président,
Monsieur le Directeur,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis du cinéma,

Un festival, c’est d’abord une fête. Ce mot ne s’incarne jamais aussi bien qu’à Locarno. Cela tient beaucoup, j’en suis convaincu, à la Piazza Grande. Ce majestueux cinéma en plein air est devenu la carte d’identité de ce festival. Elle nous rappelle les saltimbanques qui jouaient sur les parvis des églises et les places des villages.

Aujourd’hui comme autrefois, le spectacle nous permet de nous rassembler pour partager nos émotions. C’est le cœur du festival de Locarno. Et grâce au cinéma, qui reste l’une des formes artistiques les plus accessibles, cette antique tradition a un brillant avenir devant elle.

Autour des films, les spectateurs deviennent une communauté solidaire. Ici, on peut librement échanger avec des cinéastes et des acteurs du monde entier. C’est l’heureux mariage de la création et du partage.

Le cinéma est l’un des meilleurs médiums artistiques de notre temps. Un grand film permet d’imposer un thème de société. Il devient la base d’un débat, parfois même de progrès sociaux.

C’est souvent à travers le cinéma que nous pouvons mesurer les grands événements de l’actualité. Un seul film peut remettre en cause beaucoup de nos préjugés.

Le festival de Locarno est comme le tamis du chercheur d’or: il nous a fait découvrir de vraies pépites dans le flot incessant des nouveaux films. Et nous espérons chaque année que le miracle se reproduise.

Mais c’est un miracle qui ne doit pas tout au hasard : ce festival offre aux œuvres sélectionnées une bien meilleure diffusion. A commencer par le cinéma suisse, si bien représenté ici. Le festival permet à ces films de rencontrer de nouveaux publics. Depuis 67 ans, on vient ici découvrir des jeunes talents, de Suisse et d’ailleurs. Beaucoup sont devenus des cinéastes mondialement connus par la suite. Il permet aussi à des thèmes de faire leur chemin dans notre société.

Offrir un accès privilégié à des films exigeants: c’est la mission des huit festivals que soutient la Confédération. Chacun a son identité propre, son histoire, son public.

Le festival de Locarno est le premier d’entre eux et je viens ici chaque année avec beaucoup de plaisir. Bien avant d’occuper les fonctions qui sont les miennes aujourd’hui, je fréquentais déjà ce rendez-vous estival si particulier. Je ne prononçais aucun discours et voyais davantage de films, mais le bonheur de Locarno est resté intact.

A chaque époque aussi, son directeur artistique qui met sa griffe, qui enrichit le festival de son expérience propre ; je me réjouis tout particulièrement de découvrir les choix de la 1ère édition de Carlo Chatrian, à qui je souhaite une pleine réussite.

Aujourd’hui nous regardons souvent des films tout seuls, chez nous. Parfois même dans le train ou dans l’avion, avec un casque. Cette ubiquité est aussi valable pour les cinéastes. Désormais les films peuvent se faire à moindre coût, avec de petites caméras. Il est possible de réaliser, mais aussi de regarder beaucoup plus de films qu’autrefois.

C’est aussi pour cela que le festival de Locarno et que cette Piazza Grande sont si importants. Ils permettent de redécouvrir chaque année cette communion des émotions face à l’écran, si forte et si particulière. Et le festival est aussi le lieu de multiples rencontres.

Nous avons tous nos films, nos cinéastes, nos acteurs préférés. Ils sont les référents de nos discussions, les sujets de nos rêveries ou de nos projections. Le cinéma reflète l’infinie diversité de nos origines et de nos cultures.

Le critique de cinéma américain Roger Ebert est célébré à Locarno cette année. Il résumait notre fascination universelle pour le cinéma avec ces mots:

« Because we are human, because we are bound by gravity and the limitations of our bodies, because we live in a world where the news is often bad and the prospects disturbing, there is a need for another world somewhere, a world where Fred Astaire and Ginger Rogers live »,

Je vous souhaite à tous de croiser Fred et Ginger ces prochains jours dans les rues de Locarno. Je vous remercie de votre attention, et vous souhaite un merveilleux festival.

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