Locarno

Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.

Discours prononcé en français et en allemand. Texte original, non traduit.

Mesdames, Messieurs,

Si il fallait l’exprimer par la quantité, le nombre de politiciens présents à Locarno le montrerait bien: la culture compte pour la politique. Et ce n’est pas un hasard : en Suisse, pays plurilingue et multiculturel, la culture c’est la garantie que l’on puisse se parler, se comprendre, avoir des références communes et les développer malgré nos différences. C’est la garantie d’une identité partagée, d’une certaine cohésion nationale. La culture est un thème incontournable pour la vie politique en général, et peut-être tout particulièrement pour la vie politique de la Suisse, notre pays, qui a fait de sa propre diversité le ciment de son unité.

Faut-il que la politique se mêle de culture ? « La politique ne devrait pas provoquer la culture plus que nécessaire », dit l’auteur bernois Beat Sterchi. Il y a de sa part une certaine provocation, une forme de défiance. Pourtant, je me retrouve dans ces propos : pas plus que nécessaire.

Pas plus que nécessaire ? Juste assez pour que chacun puisse jouer son rôle, ce qu’il faut pour se parler, se comprendre, avoir des références communes malgré nos différences.

Il y a le dialogue, et il y a le rôle des uns et des autres.

Le dialogue entre politique et culture n’est rien d’autre qu’un dialogue autour d’une identité partagée.

Le rôle de l’Etat , ce n’est pas de tout laisser aller, ce n’est pas non plus de tout diriger. C’est une question d’équilibre, un équilibre qui est forcément en mouvement, et qui n’est pas le même tout le temps.

L’Etat a un rôle à jouer non pas dans la culture, il y a une liberté de l’art qui est garantie par la Constitution, mais un rôle à jouer dans le soutien à la culture.

Et dans le soutien à la culture, le rôle de l’Etat n’est pas de tout laisser aller, pas non plus de diriger, mais de poser un cadre, de créer des conditions qui permettent aux artistes de s’exprimer, d’entretenir un climat qui soit favorable à la culture et à la création culturelle.

Le meilleur service à rendre, c’est de ne pas mélanger les rôles.

Le rôle de la Confédération n’est pas seulement financier. Il ne se limite pas à allouer des montants chaque année à la culture.

Il s’agit aussi d’identifier les nouveaux champs de la création – par exemple autour de la culture numérique – et faire en sorte que la politique de soutien à la culture rencontre les besoins des créateurs dans ces territoires inexplorés. Pour soutenir la création, il faut être dynamique, et constamment accompagner ou même anticiper les évolutions. C’est là que réside pour l’Etat le danger de se montrer trop présent, si dans ces terres encore peu balisées il se met à vouloir donner des directives. Il y une limite à trouver ensemble, à définir et ensuite à respecter, c’est sur ce point que le rôle de l’Etat et des acteurs culturels est délicat. Parce que cette limite n’est pas au même endroit dans tous les domaines, et elle n’est pas au même endroit à tout moment.

Um diese heikle Grenze nicht zu überschreiten, braucht es den nahen Kontakt und ein echtes Interesse für die Kultur. Meine kulturpolitischen Ideen haben sich aus dieser Perspektive heraus entwickelt. Der Staat soll die Kultur in Bescheidenheit erleben und erfahren. Er soll ihr nahe stehen, ihren Puls fühlen. Er soll ihre Entwicklungen mit Interesse verfolgen und Fingerspitzengefühl walten lassen, wenn es um die Mittel geht, sie bestmöglich zu unterstützen. Und zwar bei dem, was sie ist und nicht bei dem, was sie sein soll. Die Kultur widersetzt sich naturgemäss einer festen Definition, und in einem gewissen Masse tut dies ja auch die Kulturpolitik. Man sollte sich bei der Kultur vor allzu schnellen Urteilen hüten, und man sollte sich auch hüten, Dinge programmatisch von oben aufzuzwingen.

Ich habe in den vergangenen 7 Monaten die kulturelle Schweiz von Solothurn bis Nyon, vom FIFF zum Jodlerfest in Plaffeien, von der Eröffnung des Jazzfestivals in Schaffhausen bis zur Art Basel durchquert. Auf diese Weise möchte ich die Nähe, den engen Kontakt zur Kultur erleben. Zum einen aus persönlichen Gründen, denn ich interessiere mich nicht erst für Kultur, seit ich Bundesrat bin. Zum andern aber auch, weil diese Nähe für mich unverzichtbar ist, wenn ich wissen will, was sich in der Kultur bewegt.

Diese Nähe, um die es mir geht, ist leichter herzustellen, wenn alle wissen, welches ihre Rolle ist. So bin ich der Meinung, dass die Kompetenzen klar definiert sein sollten. Ich bin kein Künstler, und die Künstlerinnen und Künstler haben nicht den Auftrag, die Kulturpolitik des Staates zu vertreten.

Mesdames, Messieurs

Le message culture, ou les régimes d’encouragement dans le domaine du cinéma, ont été préparés et mis sur pied dans un dialogue continu avec les milieux concernés. Le Conseil fédéral s’est appuyé dans ses réflexions sur ces échanges et a également pu s’appuyer sur des commissions comme la commission fédérale du cinéma, qui est composée de représentants de la branche elle-même. Je tiens à cette concertation, à ces échanges qui sont nécessaires pour se comprendre . Je tiens à ce que le dialogue puisse également avoir lieu en dehors de ce cadre, et être complété par des rencontres ponctuelles.

Nous sommes déjà en train de réfléchir aux prochains régimes d’encouragement, dans le cadre de notre réflexion générale pour le prochain message culture de la Confédération. J’aimerais là aussi entretenir un dialogue constant, tout en restant conscient des rôles de chacun.

Le monde du cinéma suisse a été agité ces dernières années par des débats parfois beaucoup trop vifs pour ne pas finalement nuire au cinéma dans son ensemble. Et je crois que ni Ivo Kummer, ni Jean-Frédéric Jauslin qui m’accompagnent ici ne diront le contraire. Avec la loi sur l’encouragement de la culture et le message culture, les régimes d’encouragement du cinéma sont entrés en vigueur en 2012.

Ce vocabulaire un peu administratif, « régimes », comme celui de « conditions-cadre », ou d’autres encore masque la véritable signification de cette étape: ce n’est pas une diète qu’ils annoncent, mais plutôt une mise en appétit ! J’aimerais insister fortement là-dessus: les lignes définies ouvrent un horizon au cinéma. Elles lui assurent l’engagement, le soutien de la Confédération, qui veillera de près à ses intérêts. Je souhaite que cette promesse porte ses fruits.

Le cadre a été posé, il a été négocié, et il n’est pas question pour moi de le modifier. Il y a de grandes discussions, parfois presque philosophiques, en tout cas beaucoup trop compliquées pour moi et qui concernent le soutien de la qualité ou le soutien du succès.

Cette discussion ne mène pas très loin, peu importe le vocabulaire choisi. Cette discussion ne mène pas très loin. Ces notions ne s’opposent pas.

Le succès ne se décrète pas, alors que la qualité s’entretient.

Il ne s’agit donc pas pour la confédération de tout faire dépendre du succès, mais il ne s’agit pas non plus de négliger le soutien lié au succès.

Vous savez que le nouveau cadre 2012-2015 prévoit, dès 2013, plus de moyens pour le soutien en fonction du succès et une plus forte reconnaissance de la participation à des festivals. Le « succès » est difficile à définir. S’agit-il uniquement des entrées ? S’agit-il aussi de la reconnaissance de la critique nationale et internationale ? Il y a également la confirmation du soutien à la poste-production ainsi qu’à l’exportation des films suisses, pour ne citer que ces éléments.

Et puis il y a aussi l’évolution dans le domaine de l’appréciation des projets. Le Conseil fédéral a nommé des experts en décembre 2011, chargés d’apprécier les projets. Toute la branche y est représentée, de manière large, ce qui doit permettre d’avoir des processus aussi transparents et complets que possible. Cette commission a la grande responsabilité d’évaluer les projets soutenus. C’est une fonction qui place la branche au cœur du processus, et je tiens résolument à ce que ce collège puisse faire ses choix avec la plus grande indépendance possible.

Ce système est en place, il doit maintenant fonctionner. En d’autres termes, après des années de débats politiciens, place au cinéma !

Le dialogue avec la branche, cette proximité que je défends, je veux l’entretenir dans tous les domaines de la culture, et également avec les milieux du cinéma. Les modalités de notre collaboration sont bien en place, je tiens notamment beaucoup à la discussion avec la Commission fédérale du cinéma.

J’ai également rencontré récemment Cinésuisse, qui a demandé à la Confédération d’étudier la possibilité de créer un institut du cinéma suisse indépendant de l’administration. Nous avons soigneusement étudié cette option, de manière vraiment approfondie. Je suis convaincu qu’une externalisation de la compétence de la Confédération dans ce domaine contribuerait à affaiblir le cinéma, alors que j’aimerais au contraire le renforcer et que le programme 2012-2015 va dans le sens d’un renforcement.

La Confédération a une mission et la déléguer à quelqu’un d’autre n’est pas la meilleure manière de l’assumer. Un Etat conscient de son rôle, qui l’assume avec efficacité et diligence, est la meilleure garantie pour que les cinéastes puissent faire ce qu’ils savent le mieux : des films.

Une des nouveautés, qui consistera pour moi à renforcer le rôle du cinéma dans le paysage suisse, c’est le nouveau départ du Prix du cinéma suisse. Après Soleure, puis Lucerne, il sera remis en alternance à Genève et à Zurich. Je suis convaincu qu’avec un pied en pays latin et un pied en terre alémanique il aura dorénavant un véritable ancrage national. Un ancrage national du Prix du cinéma suisse que vient confirmer l’engagement de la SRG SSR.

Mais ce n’est pas tout. Avec le Prix du cinéma suisse, les deux villes, qui sont les deux principaux centres de production du cinéma en Suisse, lanceront en parallèle à la remise des prix une programmation des films en concours dans leurs salles de cinéma. Cette alliance doit en outre conduire à d’autres collaborations entre les deux régions sur le plan de la politique de soutien au cinéma. On créé ainsi un pont qui va faciliter les échanges culturels entre deux régions linguistiques.

Je crois que c’est un des plus beaux rôles de la culture que de créer du lien social, une entente, un échange entre les citoyens et finalement contribuer à la cohésion de notre pays. C’est une des dimensions que j’aimerais donner aux prix culturels remis par la Confédération, qui, comme vous le savez, seront développés dans tous les domaines de la création.

Sur un autre plan, les prix culturels remis au niveau national constituent une vraie opportunité de faire connaître les meilleurs talents de notre pays à l’étranger. Car j’ai un souhait, c’est que la Suisse s’envisage aussi comme pays de culture dans ses relations avec le monde.

Concrètement, dans le cinéma, les coproductions avec l’étranger sont devenues essentielles. Il est important de permettre à la Suisse de se positionner à ce niveau et nous devons réfléchir comment le faire au mieux. Mais les régimes qui sont maintenant entrés en vigueur doivent être respectés. Ils fixent les règles du jeu : il n’est pas question de les changer à la légère. Examinons dans deux ans ce que les régimes d’encouragement auront apporté. Nous pourrons alors procéder à des corrections là où elles s’avèreront nécessaires. Dans le dialogue que nous menons, il faut mettre tout son cœur pour soutenir le cinéma suisse, mais il faut savoir garder la tête froide.

Un aspect qui me paraît aussi important, c’est la participation de la Suisse à la dynamique culturelle européenne. Nous devons prendre part à cet élan, pour favoriser les échanges et faire connaître nos créateurs. J’accord notamment une grande importance à la participation de la Suisse à l’accord MEDIA, qui offre aux réalisateurs suisses la possibilité de participer de plain-pied aux programmes de promotion du cinéma de l’UE. Il offre non seulement aux films suisses des possibilités accrues de coproductions, de meilleures chances de diffusion sur tout le territoire européen, mais il permet aussi aux nouvelles générations de professionnels du cinéma suisse de profiter des formations offertes au plan européen. Avec l’accord Media c’est le cinéma suisse de demain qui est en jeu. Je m’engagerai pour pouvoir entamer les négociations avec l’Europe au plus vite.

Mesdames, Messieurs

Nous avons tous le même objectif: nous voulons que ce petit pays, la Suisse, produise de bons films. En gardant son caractère spécifique, sa singularité, mais en ayant la possibilité de s’exporter, de montrer ses talents à l’étranger.

Le cinéma a comme tout art cette capacité de refléter ce que nous sommes, de nous montrer dans quel monde et dans quelle société nous vivons. « Les Faiseurs de Suisse » ou « Siamo italiani », à l’époque, « Dällebach Kari » ou « Image Problem » plus récemment, sont des films qui nous parlent de ce qu’est la Suisse, en nous touchant dans ce que nous avons de plus sensible, en s’adressant à notre intelligence mais aussi à nos émotions. Le cinéma nous permet de nous interroger ensemble sur ce qui fait notre identité, et de trouver des réponses ensemble aussi. Je trouve la relation qu’entretient la Suisse avec son cinéma à ce titre très passionnante. Je suis reconnaissant d’avoir la possibilité de la vivre de près, et je me réjouis d’avoir la chance de travailler avec le cinéma suisse au cours des années à venir !

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