Locarno
Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées. Date déduite : premier vendredi du festival de Locarno.
Mesdames, Messieurs,
Le Festival du film de Locarno est un grand événement culturel. On y vient pour voir des films, mais aussi pour se rencontrer. L’ambiance y est détendue et festive. Le lieu a une dimension humaine particulièrement propice aux échanges entre des mondes par ailleurs cloisonnés. Ici, les milieux culturels, les représentants du monde politique, les responsables économiques et le public dialoguent ensemble. De telles rencontres peuvent ouvrir des perspectives nouvelles, et c’est aussi pour cela que j’ai toujours un grand plaisir à revenir ici.
Comme le dit Godard dans Le Mépris, « Quand j’entends le mot culture, je sors mon carnet de chèques ». En tant que Conseiller fédéral en charge de la culture, je comprends vraiment ce que cela signifie ! Pour que le Festival de Locarno vive, il faut lui trouver un financement. C’est le cas de toute activité culturelle. Lorsque les pouvoirs publics s’en chargent, on appelle cela de l’encouragement à la culture. Lorsque le soutien vient du secteur privé, on parle alors, en bon français, de sponsoring.
L’encouragement et le sponsoring aident l’économie de la culture à se développer, et lui permettent de contribuer pour une part non négligeable à la production de richesses d’un pays. Pourtant leurs objectifs ne sont pas les mêmes.
L’État a en vue l’intérêt général en se portant garant d’une culture riche, plurielle et diverse. Il permet aux acteurs de la scène culturelle de s’exprimer. Il doit leur assurer leur liberté de pensée et de parole. Leur liberté de critiquer l’Etat et la politique. Il doit leur donner l’opportunité de s’ouvrir au monde.
Cette tâche n’est pas sans risques. Il y a par exemple des projets qui ne rencontrent pas leur public. Certains ne sont pas rentables. D’autres ne produisent rien de quantifiable.
Il est compréhensible que les sponsors privés ne veuillent pas prendre ces risques. Le sponsoring, qu’il soit culturel ou non, attend un gain direct, un retour sur investissement et un retour en termes d’image. La culture devient dans ce contexte un support promotionnel. Elle est un puissant outil de communication. Elle offre son image à celui qui la soutient.
Si ces deux sortes d’aide n’ont pas les mêmes finalités et n’interviennent pas forcément au même moment, elles doivent coexister. Il faut veiller à ce qu’elles se fassent de manière complémentaire, voire concertée. Dans ce domaine, les pouvoirs publics et l’économie privée ne peuvent pas se passer l’un de l’autre.
La culture est trop importante pour que l’Etat et l’économie privée ne travaillent pas de concert à l’aider. Il est donc nécessaire que l’économie privée et l’Etat continuent à développer leur collaboration.
Une troisième voie émerge. Il s’agit de crowdfunding. Ce mode de financement alternatif est facilité par le développement des réseaux sociaux. Dans l’esprit d’une coopérative, des internautes se mobilisent autour d’un projet culturel. Ils mettent en commun leurs ressources financières pour le lancer et se partager ses éventuels bénéfices. Chaque personne est ainsi amenée à se poser la question de son engagement pour la culture, de ce qu’elle en attend, en tant que consommateur et en tant qu’investisseur. Je trouve personnellement très intéressant de suivre l’évolution de ce mode de financement qui fait aussi participer le simple individu au développement de la culture dans notre pays.
La culture crée un lien social, elle crée de la richesse et donne une image positive de notre pays. Il est indispensable qu’elle puisse continuer à le faire. Les entreprises, l’Etat et les mécènes et investisseurs privés sont trois acteurs clé de son financement. Sans eux, des événements comme Locarno ne pourraient pas avoir lieu. Je salue ici toutes les démarches privées qui font du festival ce qu’il est. Je vous remercie de votre écoute et vous souhaite une bonne soirée et un très bon festival.