Fribourg
Seul le texte prononcé fait foi.
Monsieur le Président du Conseil d’Etat,
Madame et Messieurs les Conseillers nationaux
Monsieur le Conseiller aux Etats,
Madame et Monsieur les Conseillers d’Etat
Mesdames, Messieurs,
Votre invitation m’honore. Il me tient particulièrement à cœur d’être parmi vous, car cette commémoration est la célébration de deux innovations essentielles pour le bien de l’humanité : l’imprimerie et la liberté de penser.
L’imprimerie est une invention majeure. Avec une impertinence malicieuse, Jonathan Swift s’en est fait l’écho:
Les plus belles inventions sont trouvées d’ordinaire dans les siècles les plus ignorants ; telles sont l’usage de la boussole, de la poudre à canon et de l’imprimerie, qui ont été tirés des ténèbres de l’ignorance. Je n’adhère toutefois pas à la remarque de Swift qui conclut que ces inventions viennent de la nation la plus stupide, l’Allemagne.
La seconde invention, spirituelle, coïncide étrangement avec l’innovation technique, représentée par l’imprimerie. Je veux parler de la liberté de penser. C’est un phénomène historiquement très connu, de la Réforme à nos jours. L’imprimerie fut de tous les combats pour la liberté de penser et d’expression. Elle fut même une cause majeure de la Révolution française, événement inaugural de notre modernité.
Robert Darnton, le célèbre historien, directeur de la bibliothèque de Harvard, a en effet documenté ce phénomène en se plongeant dans les archives de la bibliothèque publique de Neuchâtel. En effet, la célèbre Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de Diderot et d’Alembert n’aurait jamais connu son extraordinaire diffusion sans le travail des imprimeurs de nos voisins neuchâtelois.
Sans l’imprimerie, sans le travail de la presse, la liberté de penser serait stérile, car elle ne serait pas exprimée. On n’est pas libre tout seul. Sans autrui, il n’y pas de liberté de penser. La liberté d’exprimer ses idées nourrit les liens de la communauté sociale et elle façonne un monde divers, bigarré où la vérité résulte de la confrontation des opinions argumentées.
Et j’insiste : ce n’est pas la liberté de dire n’importe quoi. Cette liberté demande une déontologie, une cohérence, une persistance dans la liberté de penser. A cet égard, la presse offre une illustration intéressante. Elle est un véhicule de cette diversité d’opinion, mais elle n’est pas seulement un vecteur.
En effet, elle est censée vérifier les informations, exercer un regard critique sur les informations qu’on lui fournit. C’est vrai, on pourrait parfois souhaiter qu’elle privilégie l’écoute à la critique, mais un ministre est également un citoyen de notre démocratie.
Or, tout système démocratique repose sur une liberté d’expression sans concession. J’ajouterais à ces considérations que des médias régionaux indépendants sont essentiels à la liberté d’expression.
Ainsi je tiens à saluer ces rotatives qui impriment des quotidiens régionaux si importants à mes yeux. Ce n’est pas le Fribourgeois qui salue cette entreprise, mais l’homme, et le ministre, attaché à la diversité culturelle et à son expression libre.
Pour la qualité de la liberté d’expression, il est essentiel de pouvoir compter dans une région sur une presse de proximité, mais ouverte sur le monde, et qui de surcroît est détenue par un capital local. Suivez mon regard en direction des rotatives de ce bâtiment.
Meine Damen und Herren
Ohne eine freie und vielfältige Presse verstummt die Demokratie. Die Qualität der Presse ist wichtig für die Qualität der demokratischen Debatte. Es braucht einen investigativen Journalismus. Es braucht engagierte Journalisten und Kolumnisten. Sie versorgen die Gesellschaft mit neuen Informationen und kritischen Meinungen. Sie legen den Grundsteint für eine intelligente demokratische Debatte.
Georges Orwell schliesst das Nachwort zu «Farm der Tiere» folgendermassen:
«Falls Freiheit überhaupt irgendetwas bedeutet, dann bedeutet sie das Recht darauf, den Leuten das zu sagen, was sie nicht hören wollen».
Ich selber höre darin auch Voltaires berühmte Worte: «Ich mag verdammen, was du sagst, aber ich werde mein Leben dafür einsetzen, dass du es sagen darfst». Oder im Orginalton: «je ne suis pas d’accord avec vous, mais je me battrai pour que vous puissiez exprimer votre opinion. » Orwell hat seinen Text mitten im Krieg geschrieben. Ich sehe deshalb darin auch einen Appell an den Mut zur Wahrheit.
Oui, Mesdames et Messieurs, faire émerger une vérité de l’affrontement d’idées demande un courage bien particulier: être en mouvement, proposer, inventer pour faire émerger les équilibres sociaux, économiques et politiques de demain.
Je me suis laissé inspirer par l’outil de production qui est au cœur de l’histoire de St-Paul. Vous me trouverez peut-être trop philosophique ce soir, mais j’aimerais encore vous dire vos défis me tiennent à cœur.
L’imprimerie crée du lien social. Elle nous rapproche les uns des autres de mille manières. Je pense par exemple aux calendriers, aux cartes de vœux ou aux faires-parts que nous réalisons ou nous recevons.
D’un autre côté, un défi majeur émerge aujourd’hui que la comparaison historique rend particulièrement visible. Je parlais à l’instant de la Révolution française. Or, on l’a vu, de nos jours, ce ne sont plus les libelles qui font les révolutions, mais l’encre virtuelle.
Ce défi, ce mouvement dessine de nouveaux espaces d’expression et de libertés. L’encre est virtuelle, mais l’émotion des mots, et leur pouvoir d’action, demeurent toujours réels.
Depuis sa création en 1871, l’imprimerie Saint-Paul a toujours su s’adapter aux évolutions technologiques.
Avec l’étape franchie aujourd’hui, l’entreprise montre qu’elle est prête à relever de nouveaux défis. Je lui souhaite plein succès pour l’avenir.
Je vous remercie de votre attention.