Lausanne

Allocution prononcée par le Conseiller fédéral Alain Berset à l’occasion de l’inauguration du Nestlé Institute of Health Sciences – Seules les paroles prononcées font foi.

Je suis très heureux de participer à l’inauguration du Nestlé Institute of Health Sciences.

Ma présence souligne le rôle important que le secteur privé revêt pour le pôle de recherche suisse. Car dans notre pays, la recherche est financée à raison de deux tiers par des entreprises privées. En 2008, le secteur privé a ainsi dépensé en Suisse près de douze milliards de francs pour la recherche.

Mais pour investir dans la recherche, les entreprises ont besoin de bonnes conditions-cadres. Et ce n’est pas par hasard si nous nous trouvons à proximité de l’EPFL. Cette école n’est pas seulement l’une des meilleures au monde. Elle est aussi pour la recherche et l’innovation un incubateur et un catalyseur. Et c’est ainsi que la Confédération l’avait imaginé en la créant. Les entreprises actives dans la recherche trouvent ici une main d’œuvre hautement qualifiée et un environnement favorable aux échanges scientifiques. Elles ont accès aux résultats les plus récents de la recherche.

Cette proximité avec la recherche académique n’est pas toujours vue d’un bon œil. L’étroite collaboration entre les EPF et les entreprises soulève aussi des questions. Au cours de ces derniers mois, des parlementaires ont exprimé à plusieurs reprises leurs craintes de voir l’économie mettre la main sur la recherche, lui faisant ainsi perdre son indépendance.

La liberté de l’enseignement est primordiale. Chaque haute école a tout intérêt de ne pas dépendre de telle ou telle source de financement afin de préserver sa crédibilité qui est in fine son bien le plus précieux.

L’économie a aussi intérêt à ce que la liberté académique soit préservée. Car pour réussir, l’économie a aussi besoin d’une recherche libre. Qui, mieux que les entreprises, connaît la complexité du processus de l’innovation ! Celui qui vise trop vite le marché risque autant l’échec que celui qui lance son produit trop tard.

C’est pourquoi il faut préserver la recherche fondamentale qui n’est pas tournée vers une application immédiate. Or il en est des activités de recherche fondamentale comme des glaciers. Ils reculent chaque année de quelques centimètres sans que l’on s’en aperçoive. On ne voit leur utilité que lorsqu’ils disparaissent, et il est alors trop tard.

Bref, pour que l’économie innove, elle a besoin de la recherche de haut niveau et pour que la recherche reste de haut niveau, elle a besoin d’une économie innovante. Je suis d’ailleurs convaincu que recherche de haut niveau et économie axée sur l’innovation vont de pair. Hautes écoles et industrie tirent mutuellement profit de leur coopération et se complètent.

Et ce n’est pas une nouveauté : les succès remportés par les EPF et par Nestlé sont liés dès leurs débuts. Remontons un peu le temps.

Ce n’est pas un effet du hasard si les écoles polytechniques et Nestlé ont vu le jour durant la seconde moitié du XIXe siècle. Déjà à l’époque, le nouvel Etat fédéral avait vu le bénéfice que l’économie pouvait tirer d’une main d’œuvre bien formée : c’est pourquoi il crée en 1855, à Zurich, une « Ecole polytechnique fédérale ». Deux ans auparavant, à Lausanne, les premiers étudiants avaient commencé leur formation dans ce qui s’appelait l’« Ecole spéciale de Lausanne », germe de ce qui allait devenir l’EPFL en 1969.

Alors que ces nouvelles écoles se mettent en place, Henri Nestlé et Daniel Peter font leurs expériences sur le chocolat et la poudre de lait. Les écoles polytechniques assurent la formation des futurs spécialistes tandis que Nestlé met sur le marché les premiers produits novateurs. Les nouvelles écoles fournissent à la Suisse en plein essor la main d’œuvre nécessaire et rendent la recherche fondamentale possible, symbolisant ainsi l’espoir d’un avenir meilleur.

En Suisse, cet espoir s’est réalisé, ce qui est loin d’être le cas partout. A la suite de la crise financière, la pauvreté s’est encore accrue dans bon nombre de pays. Dans ce contexte, la Suisse a un rôle majeur à jouer, tout comme Nestlé en tant que leader du secteur alimentaire. Et ce secteur est vital car la nourriture, c’est la vie. C’est pourquoi la coopération entre politique et économie n’est pas seulement indispensable dans le domaine de la formation mais aussi pour les questions majeures qui préoccupent la planète.

Le droit à une nourriture sûre et saine, en quantités suffisantes, est l’un des défis majeurs auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui.

Nous avons tous une responsabilité à assumer dans la lutte contre la faim et la malnutrition. La prochaine exposition universelle qui se tiendra à Milan en 2015, avec pour thème : « Nourrir la planète, énergie pour la vie » contribuera à renforcer encore cette prise de conscience. Ce serait heureux si Nestlé pouvait appuyer la participation de la Suisse à cette exposition, car elle constitue une chance de présenter notre pays comme un pôle de recherche et d’innovation doté d’un sens très développé de ses responsabilités à l’échelle mondiale. Telle sera la Suisse du XXIe siècle, sans aucun doute. Je suis sûr que vous tous, qui vous sentez chez vous dans le monde comme en Suisse, ne pouvez que me donner raison sur ce point.

Plusieurs comparaisons internationales confirment que la Suisse est sur la bonne voie. Entreprises, universités et Confédération ont contribué, ensemble, à faire de la Suisse ce qu’elle est aujourd’hui : l’un des pays les plus innovants en Europe.

Je voudrais en donner pour preuve deux exemples. D’abord, le tableau de bord européen de l’innovation, où la Suisse occupe le premier rang. Pour la quatrième année consécutive, elle est en tête. Ensuite, le classement des hautes écoles publié en octobre par le Times. Nos deux écoles polytechniques sont aux deux premières places en Europe continentale.

Cela étant, les conditions ont toutefois changé depuis que les EPF existent. La mondialisation a durci la compétition.

Il ne faut pas que nous nous reposions sur nos lauriers. Si nous voulons rester parmi les premiers au niveau mondial, nous avons divers défis à relever.

Je pense notamment à la main d’œuvre qualifiée. Les experts sont unanimes à dire qu’il y a pénurie de spécialistes. C’est un problème crucial pour les entreprises de notre pays. A cet égard, la mobilisation de talents reste un challenge majeur pour l’économie suisse.

Les domaines MINT, autrement dit les mathématiques, l’informatique, les sciences naturelles et la technique, sont particulièrement concernés. Le Nestlé Institute of Health Sciences a besoin de main d’œuvre qualifiée dans ces secteurs. La Confédération met un point d’honneur à inciter les jeunes à opter pour une formation dans le domaine des sciences naturelles et dans celui de la technique. A cet effet, elle a prévu des mesures spécifiques pour les prochaines années.

The shortage of specialists is not only limited to maths, IT, science and technology professions. There is also a shortage of researchers. Competition in quest search for the best scientists has intensified worldwide. That’s why the promotion of young scientists has taken on particular importance.

The federal government does this via two channels. Firstly, it makes funding available through the Swiss National Science Foundation. It is not by chance that I mention the National Science Foundation: Health Science benefits significantly from the National Science Foundation: In 2011, it approved grants of around 530 million francs for the fields of technology, sciences and medicine.

Alongside support for the National Science Foundation, the Federal Council also has additional measures to encourage the next generation of researchers. These include better mentoring of PhD students or working conditions for young researchers.

But the private sector also has to take steps to address the shortage of specialists. The federal government’s measures can only be successful if private firms also assume their share of responsibility. Technical training and scientific careers are only attractive to young people if they can see an opportunity to put it to good use later. Firms have to transmit a positive image of technology and research. They have to create strong prospects for talented specialists and young researchers.

That can only be achieved by working in tandem. The government takes care of the necessary political framework conditions. And it makes funding available for strong education and research. Nestlé creates jobs and sound prospects for talented young people.

Nestlé is therefore sending an important signal. The Institute of Health Sciences is not only an investment in Switzerland’s standing as a location for research, but also in our country’s young people.

I am confident that, together, we can establish a solid basis for the future.

In closing, I would like to share with you the result of an interesting piece of research, which highlights the close ties between science and industry. A leading medical journal recently revealed a link between the number of Nobel Prize winners and a country’s chocolate consumption. Switzerland is among the leaders.

Just how this link was discovered was not revealed. I will leave it to the Nestlé Institute of Health Sciences to demonstrate how eating lots of chocolate can help win a Nobel Prize.

Until then, I recommend you treat yourself to some chocolate every now and then.

On that note, I hope you enjoy the inaugural celebrations.

Source : Conseil fédéral, admin.ch · Document original (PDF)

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