Fribourg
Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.
Madame la Conseillère d’Etat,
Monsieur le Directeur et
Chers collaboratrices et collaborateurs de la Fondation Le Tremplin,
Mesdames et Messieurs,
Voilà trente ans que la fondation Le Tremplin s’engage en faveur des personnes ayant des problèmes de dépendance. Des personnes qui vivent donc en marge de la société, souvent au chômage, et qui n’ont la plupart du temps pas beaucoup de chance de voir les choses s’améliorer. Ce manque de perspectives les fait souvent retomber dans la drogue et les entraîne parfois dans la criminalité. C’est ce cercle vicieux que vous essayez de casser.
Pour ces personnes, en butte au rejet et aux nombreux préjugés de la société, les collaboratrices et collaborateurs du Tremplin sont des interlocuteurs essentiels, qui les traitent avec respect et font preuve d’empathie pour leur situation difficile.
Le personnel du Tremplin est confronté encore et toujours à la chute de celles et ceux pour lesquels il s’engage. Malgré les efforts consentis, la situation des personnes prises en charge s’améliore rarement, et s’aggrave même parfois.
Un premier sevrage est malheureusement rarement couronné de succès, et un sevrage réussi et un traitement hospitalier sont loin d’être les garants d’une vie sans drogue. Mais il faut un point de départ au chemin qui mène à l’abstinence et le Tremplin peut être ce point de départ.
La plupart du temps, les anciens toxicomanes ont peu de confiance en eux. La peur de l’échec est synonyme de stress et de pression psychique, lesquels peuvent à leur tour occasionner des rechutes.
Souvent, leurs attentes et celles de leurs proches, de leurs amis et de leurs connaissances quant à la vie « après » sont utopiques.
La confrontation entre ces espérances et une réalité plus dure peut s’avérer frustrante et, une fois de plus, occasionner des rechutes.
Durant cette période transitoire, il est primordial de disposer d’un réseau social et professionnel efficace.
C’est l’une des forces du Tremplin : avec sa palettes d’offres, son centre d’accueil de jour, ses assistants sociaux et ses ateliers, la fondation garantit l’existence de ce réseau professionnel et apporte une contribution de taille au suivi des personnes en voie de réinsertion.
Mesdames et Messieurs,
Je suis bien conscient qu’il ne s’agit que de l’une des facettes de votre travail. Traitement et intégration s’inscrivent dans un contexte plus large, dans un cadre politique et économique qui a un impact direct sur votre quotidien.
La situation économique soumet désormais les entreprises à une forte pression. Dans ce contexte, il est plus difficile sans doute de faire confiance à des personnes dont le parcours professionnel est complexe.
L’Assurance Invalidité est aussi en mutation. Lors de l’évaluation des demandes, les offices sont en général plus stricts qu’auparavant. Il peut s’ensuivre une pression sur les personnes dépendantes et leur entourage, pression qui contribue parfois à la rechute des plus fragiles.
Le dilemme est là et nous ne pouvons pas fermer les yeux. Car l’assurance-invalidité subit également une pression, vous le savez d’ailleurs certainement. Elle s’est fixé la réinsertion pour objectif stratégique.
Il s’agit, chaque fois que c’est possible, de maintenir les personnes concernées dans le monde du travail ou de les réintégrer afin qu’elles puissent se prendre en charge elles-mêmes.
Démarche qui ne peut fonctionner que si les assurés mettent tout en œuvre pour rester en bonne santé ou améliorer leur capacité à travailler.
Mesdames et Messieurs,
Je ne vous apprends rien, le chemin pour quitter la dépendance est souvent un véritable chemin de croix. Pas un sentier de randonnée bien balisé, mais plutôt un chemin escarpé, tortueux et plein d’ornières.
Depuis 30 ans, vous aidez les gens concernés à avancer sur ce chemin. Je tiens ce soir à vous en remercier.