Lausanne

Allocution prononcée par le conseiller fédéral Alain Berset à l’occasion du congrès Curaviva – Seules les paroles prononcées font foi.

Monsieur le Conseiller national,

Mesdames, Messieurs,

Vous voilà au terme de deux jours de discussions sur des thèmes centraux pour le Département dont j’ai la responsabilité. Il me semblait donc très naturel d’accepter votre invitation et de vous rejoindre aujourd’hui à Lausanne. Curaviva, dont nous célébrons cette année le 10e anniversaire, représente un secteur d’activité dont l’importance sociale et économique ne peut pas être sous-estimée. Avec vous, je voudrais ce soir revenir sur quelques points qui me paraissent essentiels.

La vieillesse est un sujet qui touche chacune et chacun d’entre nous. Pourtant notre obsession pour la jeunesse nous en détourne souvent. Et lorsque le thème s’impose, nous avons parfois de la peine à reconnaître ses nombreux aspects positifs. Mais tout cela est appelé à changer. Nous sommes en train de vivre un changement profond de société. Et la vieillesse a une place prépondérante dans ce changement, si ce n’est la place principale.

Le philosophe français Michel Serres, qui est né en 1930, déclarait récemment ceci au journal Le Monde : « Depuis que je suis né, l’espérance de vie est passée de 50 à 80 ans. Cet allongement de la durée de vie a bouleversé nos pratiques sociales : quand on se jure fidélité pour soixante-cinq ans, le mariage n’a plus le même sens. »

A l’évidence, un contrat pour 20 ans n’engage pas de la même façon que pour 70 ans. Et peut-être que certains auraient bien voulu le savoir plus tôt !

Derrière cette remarque sur le mariage, Michel Serres nous dit une chose profonde : il n’y pas que le mariage qui est en train de changer de sens, toutes nos institutions sont en train de changer de sens. En 50 ans, l’espérance de vie a presque doublé et la population de la planète a triplé. Cela porte à des conséquences considérables.

En saisissant la vaste question démographique par le petit bout de la lorgnette, Michel Serres replace l’individu et les institutions dans leur contexte. Et ce contexte est tout à fait nouveau. Il nous rappelle aussi que, pour la première fois dans l’Histoire, le troisième âge est constitué d’une population nombreuse et dynamique. Nos modèles sociaux reposent donc sur des réalités en partie périmées. Pour le dire autrement, en tant que société, nous sommes encore très jeunes face à la question de la vieillesse.

Pour comprendre cela, qui est mieux placé que vous toutes et tous ici rassemblés, qui accompagnez au quotidien les résidentes et résidents de homes et d’institutions ? Michel Serres dit dans le même article : « Nous ne vivons pas une crise : nous vivons un changement de monde. »

Ce changement, vous le vivez en première ligne. Et vous êtes des interlocuteurs précieux pour répondre aux questions que nous nous posons.

Je ne sais pas si vous partagez mon avis, mais la génération actuelle des retraités est, en réalité, une génération de pionniers. Et aujourd’hui, la retraite est devenu une aventure.

Le Conseil fédéral se fait fort d’épauler tous les retraités de Suisse à travers cette aventure. Il s’attache à en baliser et à en assurer le parcours. Il est par conséquent vital d’engager une politique qui permettra aux retraités d’aujourd’hui et de demain d’assurer la pérennité et la justice de leurs prestations. C’est l’ambition centrale de la réforme « Prévoyance vieillesse 2020 ».

En 2010, le Conseil fédéral a connu des échecs sur la révision de l’AVS et le projet d’adaptation du taux de conversion. Le saucissonnage – si longtemps populaire sous la Coupole ! – a concrètement montré ses limites. Sous le couteau du législateur, les tranches de saucisson se sont peu à peu éparpillées. Le lien qui unissait ces divers objets législatifs s’est perdu et la cohérence de l’ensemble n’apparaissait plus toujours de manière claire.

C’est désormais une évidence : pour conserver une vue d’ensemble, il n’est plus possible de traiter de ces thèmes cruciaux par petits paquets.

Le politique y perd sa perspective, le citoyen y perd ses protections. La solution repose par conséquent sur une approche globale qui cerne la totalité des enjeux.

AVS et LPP, ces deux piliers de la prévoyance, doivent être associés dans une réforme commune.

J’en profite pour rappeler ici l’engagement du Conseil fédéral à maintenir le niveau des rentes. Ceux qui ont, leur vie durant, épargné franc après franc pour assurer leur retraite doivent être préservés. Il en va de la crédibilité même de notre modèle de société.

Au coeur de « Prévoyance vieillesse 2020 », il y a l’harmonisation de l’âge de la retraite entre hommes et femmes, à 65 ans. Il faut tenir compte d’une évidence : les sexagénaires d’aujourd’hui sont souvent plus jeunes que les quinquagénaires d’autrefois (et parfois même que les quadragénaires !). Cette réforme doit donc aussi être comprise comme une valorisation progressive de classes d’âges qui contribuent au bien-être de l’ensemble de la société. Il faut offrir des solutions concrètes à celles et ceux qui désirent continuer leur activité au-delà de l’âge de la retraite.

Ainsi, liée à une dose de flexibilité dans l’âge de départ à la retraite, cette réforme garantit une répartition plus juste des risques et des bénéfices. Enfin sur la question du 2e pilier, il me semble impératif d’ajuster le taux de conversion à un niveau adéquat. C’est notamment de cette façon que cette réforme, dans son ensemble, répond à une légitime exigence de justice.

L’action politique est centrale. Mais elle n’est pas seule à nous accompagner dans ce « changement de monde ». Les traitements et les médicaments aujourd’hui disponibles offrent des perspectives inattendues.

Cela m’amène à évoquer les questions complexes liées à la démence. En effet la technologie atteint de tels degrés de sophistication que nous sommes parfois tentés de croire au miracle. L’irruption de la démence à une grande échelle nous rappelle, si c’était encore nécessaire, qu’une pilule ou qu’un vaccin ne guérissent pas tout.

Sur ce sujet sensible, je me présente devant cette assemblée comme un profane. Et je peux me rassurer en voyant et en discutant avec tous les professionnels confirmés qui la composent. Le gouvernement est heureux de pouvoir travailler avec vous pour mettre en place une politique digne de ce nom.

La plateforme « dialogue de politique nationale de santé », établie entre la Confédération et les cantons, prépare en effet une stratégie nationale sur la démence. La personne atteinte de démence et son entourage familial et médical sont au cœur de cette stratégie. Le but est d’améliorer le diagnostic précoce et la gestion des patients.

Cette stratégie est très attendue : en effet d’ici 2050, il est estimé que les patients atteints de démence verront leur nombre tripler. On passera de 120’000 patients à plus de 300’000.

En attendant, dans les établissements concernés autant qu’à domicile, les ressources humaines et les moyens financiers sont restreints pour faire face à de légitimes exigences de qualité. Le dévouement de l’ensemble de ces professionnels n’en est que plus remarquable, et j’en profite pour les – pour vous – remercier chaleureusement ce soir. Il est évident que cette situation exige de notre part un engagement total.

Aujourd’hui déjà, il est possible, à chaque niveau, de suivre une formation dans le secteur de la santé : de l’attestation fédérale au doctorat, en passant par les examens professionnels fédéraux. Et pourtant, on pronostique déjà un manque en personnel. Ce dont le patient atteint de démence et son entourage ont besoin, c’est l’intervention coordonnée – au bon moment ! – d’un éventail de compétences nécessaires.

C’est ce qu’on appelle le skill-mix, qui ne consiste pas uniquement en une bonne répartition des rôles entre médecins et infirmiers. Cette notion englobe l’ensemble des compétences des professionnels concernés. Leur étroite coopération est cruciale. En agissant sur le skill-mix, nous pourrons optimiser l’utilisation des ressources dans l’intérêt du patient et de son entourage. Nous assurerons ainsi la durabilité de notre système de santé.

Meine Damen und Herren

Des Weiteren haben wir eine «Nationale Strategie Palliative Care» aufgebaut. Damit soll die Zusammenarbeit unter den wichtigsten Akteuren in diesem Bereich verbessert werden. Damit wir den Bedürfnissen schwerkranker und sterbender Menschen besser gerecht werden.

In der jetzigen Phase dieser «Nationalen Strategie» liegt der Schwerpunkt auf der Grundversorgung. Das heisst, auf der Palliative Care in den Spitälern, zu Hause, in den Alters- und Pflegeheimen sowie in den sozialen Institutionen. Bund und Kantone wollen gemeinsam mit den wichtigen Akteuren – dazu gehört auch Curaviva – die Grundversorgung in der Palliative Care klarer definieren. Die Finanzierung, die Ausbildung und die Sensibilisierung, sollen verbessert werden.

Diese Handlungsfelder hat der Bundesrat auch in seine neue Gesundheitsstrategie 2020 aufgenommen. Gesundheit2020 umfasst das gesamte Gesundheitssystem und umfasst 36 Massnahmen.

Ziel von Gesundheit2020 ist:

  • die Lebensqualität sicherstellen und verbessern,
  • die Chancengleichheit stärken
  • die Gesundheitsversorgung verbessern
  • und die Transparenz erhöhen

Ich habe bereits einiges über Herausforderungen gesagt, über Abenteuer, Reformen und grossen Entscheidungen. Man würde nicht unbedingt denken, dass hier von Ruhestand, Rentenalter oder Altersrücktritt die Rede ist…

Aber: Die alten Menschen von heute sind Pioniere einer neuen Ära. Noch nie gab es eine Gesellschaft mit so vielen aktiven und engagierten Rentnerinnen und Rentnern.

Früher mass die Gesellschaft ein erfolgreiches Leben daran, wie alt eine Person wurde. Ältere Menschen galten bei manchen als Hinterbliebene. Diese Zeit ist vorbei. Die Rentnerinnen und Rentner von heute und morgen sind gefragt, in unserer Gesellschaft eine wichtige aktive Rolle einzunehmen. Und das tun sie auch.

In einem seiner berühmten Aphorismen sagt Oscar Wilde: «Die Tragödie des Alters besteht nicht darin, dass man alt ist, sondern dass man jung ist.». Heute ist es beinahe umgekehrt: Angesichts des Enthusiasmus und der Energie der älteren Menschen kommen sich viele Junge im aktiven Leben geradezu alt vor… Auf diesen Enthusiasmus und auf diese Energie zählt der Bundesrat, wenn es nun darum geht, ehrgeizige und notwendige Reformen durchzuführen.

Ich danke Ihnen für Ihre Aufmerksamkeit.

Source : Conseil fédéral, admin.ch · Document original (PDF)

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