Ascona (Monte Verità)
Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.
Discours prononcé en français, en allemand et en italien. Texte original, non traduit.
Monsieur le Conseiller d’Etat,
Monsieur le Maire,
Monsieur le Président,
Chers amis du cinéma,
Mesdames, Messieurs,
Est-ce qu’avoir raison trop tôt, c’est avoir tort ? C’est la question que nous posent les esprits du Monte Verità.
Il y a cent ans, cette communauté vivait ses derniers instants. La catastrophe de 1914 approchait. Mais ces libres-penseurs persistaient dans un style de vie aux antipodes des valeurs de leur temps: le retour à la nature, la fuite de la pollution urbaine, le rejet des codes sociaux et du capitalisme. La presse de l’époque se moquait volontiers de ces originaux. Pourtant, certains des idéaux qu’ils défendaient alors sont devenus la norme aujourd’hui. Les artistes sont souvent condamnés à avoir raison avant les autres.
Les artistes que nous célébrons à Locarno, ce sont les cinéastes. Et plus particulièrement les cinéastes suisses. Chaque année, de nouveaux talents émergent et rencontrent un public plus large, ici comme à l’étranger. L’Office fédéral de la culture accompagne et encourage ces développements. D’ailleurs, une quantité d’œuvres de cinéastes suisses sélectionnés cette année à Locarno ont bénéficié du soutien de l’OFC.
Pour réaliser un film, un auteur doit être prêt à prendre des risques. Le risque de déplaire, le risque d’avoir raison avant les autres. Le risque, même, de se tromper.
Ce risque est au cœur du cinéma d’auteur, que défend si bien ce festival. Car le cinéma d’auteur, c’est d’abord l’expression d’une voix singulière entre toutes.
La danseuse américaine Isadora Duncan a beaucoup fréquenté le Monte Verità. Dans ses mémoires, elle conjure son lecteur: « Tu étais sauvage autrefois. Ne les laisse pas te dompter ». C’est, résumée en quelques mots, toute la philosophie du Monte Verità. Et c’est ce que pratiquent les cinéastes au quotidien.
A bien y regarder, il faut être un peu fou pour être cinéaste. En effet, pour réaliser son projet artistique, un cinéaste doit trouver les moyens de mettre en place une véritable entreprise. Derrière l’expression de sa voix singulière, il y a de nombreux employés, un budget considérable et un agenda millimétré. En prononçant ces mots, je réalise que je possède moi aussi le profil du parfait cinéaste… pourquoi pas ? D’ailleurs mon département pourrait me fournir de nombreux scénarios palpitants et parfaitement crédibles !
La Confédération et bien d’autres institutions contribuent financièrement aux productions, dans le cadre de leurs cahiers des charges et selon leurs priorités. Les sponsors privés ne sont pas en reste.
Parallèlement à ces systèmes, de nouveaux modèles économiques s’installent. En plus des réseaux de diffusion, Internet est en train de révolutionner le financement du cinéma et de la culture. On voit désormais des cinéastes s’adresser directement à leur public pour lever des fonds.
Les spectateurs peuvent devenir autant de petits producteurs. Le lien entre les créateurs et leurs publics ne cesse donc de se redéfinir. La profession s’ouvre sur de nouveaux horizons et de nouveaux profils. Les cinéastes y gagnent en liberté et en souplesse. Cette liberté leur permet de repenser leur art, tant sur le plan formel que sur le contenu.
Meine Damen und Herren
Wie der Zauberberg von Thomas Mann, der dort zu Gast war, so ist auch der Monte Verità eine Welt im Schwebezustand vor der Katastrophe. Ein letzter Zufluchtsort für die Zivilisation, auch – und vor allem! – wenn sie bedroht ist. Diese Haltung mag als Verweigerung oder Flucht erscheinen. Thomas Mann verweist jedoch auf den Sinn dahinter: «Krieg ist nichts als Drückebergerei vor den Aufgaben des Friedens». Der Künstler flieht nicht vor der Welt. Sein Werk ist Diagnose, nicht Arznei. Er greift nicht aktiv ein, er nimmt sich Zeit für Analyse und Nachdenken.
Zeitdruck und haufenweise Verpflichtungen lassen uns kaum eine Atempause. Doch unser Handeln macht dann Sinn, wenn es durch Nachdenken begründet wäre. Das macht die Arbeit der Künstlerinnen und Künstler so unerlässlich. Ihre Werke helfen uns, die Welt zu verstehen.
Die Filmschaffenden, zu deren Ehren wir hier sind, lassen uns an ihrer Weltsicht teilhaben. Dank ihnen können wir Atem schöpfen, bevor wir uns wieder auf den Weg machen.
Signore e Signori,
molti film svizzeri si ispirano alla realtà locale per trasmettere messaggi universali. I cineasti di tutte le epoche, anche quelli presenti a questa edizione del Festival, si assumono il rischio di avere ragione anzitempo.
Per i loro contemporanei, spesso hanno torto. È il destino di chi vede più lungo degli altri e vuole mostrarci il cammino. Non fosse che per la durata del Festival – ma spero ben oltre – assumiamoci il rischio di seguirli.
Grazie dell’attenzione.