Fribourg
Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.
Discours prononcé en français et en allemand. Texte original, non traduit.
Madame la Conseillère nationale, Monsieur le Conseiller national,
Monsieur le Conseiller aux Etats,
Madame la Conseillère d’Etat,
Monsieur le Préfet,
Madame la députée au Grand conseil,
Mesdames et Messieurs les représentants des autorités communales
Mesdames et Messieurs les membres des jurys,
Mesdames et Messieurs les lauréats,
Mesdames et Messieurs
Il était temps ! En effet, ce soir, pour la première fois, la Confédération et la Suisse toute entière célèbrent la danse et les danseurs. C’est donc avec une émotion particulière que j’ai l’honneur d’ouvrir cette cérémonie.
Je suis naturellement très heureux que cette cérémonie se déroule à Fribourg, une ville qui, comme une danseuse étoile, se balance à l’équilibre des cultures et de la géographie suisses. Et je tiens à remercier pour son accueil ce théâtre au nom véritablement prédestiné.
Il paraît évident aujourd’hui que la Confédération célèbre la danse en Suisse. Pourtant voici ce qu’écrivait Jean Calvin en 1541, dans ses ordonnances ecclésiastiques : « Que personne n’ait à danser, sinon aux noces (…), et ce sur la peine de 60 sous, et d’être mis en prison 3 jours au pain et à l’eau ».
A ce tarif, vous devriez tous ici présents être jetés au cachot !… Les Réformateurs craignaient la danse parce qu’elle menaçait l’ordre public et contrevenait à une certaine morale.
En effet, danser consiste à acquérir la maîtrise de son propre corps. A travers son art, le danseur exprime cette liberté première à laquelle aspire tout être humain, avant les règles, avant les conventions.
On peut donc juger une société à l’aune de son regard sur la danse. Les régimes totalitaires préfèrent les chorégraphies de groupe, mécanisées et sans expression.
Seule une société démocratique peut encourager l’expression libre et individuelle de chaque danseur. La danse agit alors comme une courroie de transmission : plus la danse est libre, plus elle nous libère nous-mêmes.
Si la danse offre la liberté, elle impose aussi une pratique quotidienne qui n’en fait pas seulement un art, mais aussi une discipline.
Sans cette discipline, sans ces efforts quotidiens, le talent du danseur s’étiole. Il en va de même pour notre pratique de la démocratie. La démocratie n’a de sens que dans l’exercice constant que nous en faisons. Comme le danseur, le citoyen n’est vraiment libre que s’il pratique sa liberté.
La liberté, c’est aussi celle des professionnels face à un certain héritage. Bien plus que par le passé, la création ose aujourd’hui se démarquer de la seule interprétation. L’image du ballet classique a depuis longtemps fait place à un art plus spontané et fluide.
Quittant les scènes et les plateaux, la danse descend de plus en plus dans la rue. C’était encore le cas lors de la fête de la danse en mai dernier, qui a réuni 60’000 enthousiastes à travers tout le pays.
Chaque jour ou presque, de nouveaux genres naissent et font de nouveaux adeptes. Les formes traditionnelles du ballet se métissent avec des formes folkloriques ou populaires pour explorer de nouvelles expressions. La vidéo, les lieux et les costumes inattendus contribuent à diversifier le genre.
Malgré ces évolutions, la danse professionnelle est encore victime d’un apriori paradoxal. En effet, la danse est une des formes les plus populaires de distraction et de socialisation. Mais la danse professionnelle véhicule encore parfois l’image d’un art peu accessible. Et pourtant, combien de danseurs étoile se réclament de Michael Jackson ! Qui lui-même se réclamait du mime Marceau !
A travers l’attribution de ces prix, la Confédération souhaite contribuer à enlever ces barrières.
Mesdames et messieurs,
la scène de la danse professionnelle en Suisse a pris un essor considérable depuis quelques années. Il y a les ensembles déjà existants, et puis de nombreuses nouvelles compagnies de danse ont aussi vu le jour. Elles sont maintenant inscrites de manière durable dans notre paysage culturel. A l’étranger, des danseurs et chorégraphes suisses s’illustrent avec succès.
Sur le plan de l’organisation, la danse suisse offre un modèle de financement remarquable. Les villes, les cantons et la Confédération se sont mis ensemble pour développer de nouveaux modes de soutien exemplaires.
Car il faut le rappeler : en dépit des difficultés, la scène de danse suisse s’est toujours débrouillée pour faire aboutir ses projets. Ce sont ses acteurs qui ont imaginé ses financements, ses enseignements et ses festivals. Des succès tels que le Prix de Lausanne en sont une bonne illustration.
Depuis 10 ans, c’est la fondation Corymbo, financée par le fonds Annette Ringier, qui a décerné un prix suisse de danse et de chorégraphie. Grâce à cet engagement dévoué, la danse professionnelle touche désormais un public de plus en plus large.
Avec l’entrée en vigueur de la loi sur l’encouragement de la culture en 2012, la transition du prix de la fondation Corymbo aux prix décernés par la Confédération s’est faite naturellement. Il y a là un modèle de collaboration dans la continuité que nous devons saluer.
Meine Damen und Herren
Der Tanz hat etwas Paradoxes: Tanzend unterscheiden wir uns von den Tieren. Tanzend sind wir Menschen den Tieren aber auch besonders nahe. Vielleicht sind wir gerade dann sehr menschlich, wenn wir für einen Moment vergessen, dass wir Menschen sind.
Tänzerinnen und Tänzer müssen nicht nur sehr menschlich, sondern auch sehr bescheiden sein. Für ihre Kunst haben sie nichts als ihren eigenen Körper. Und nach der Vorführung bleibt von ihrem Werk nichts Materielles – bloss die Erinnerungen an die Aufführung und die Emotionen, die sie dabei ausgelöst haben.
Merce Cunningham sagte es folgendermassen: «Nach dem Tanz bleibt dir nichts, kein Manuskript, kein Bild, das du an die Wand oder in ein Museum hängen kannst, kein Gedicht, das du drucken kannst, nichts als dieser flüchtige Moment, wo du fühlst, dass du lebst».
Dieser flüchtige Moment des Tanzes hat seinen ganz eigenen Wert. Und dafür dankt die Tanzförderung des Bundes kollektiv allen professionellen Tänzerinnen und Tänzern, Choreografinnen und Choreografen der Schweiz.
Ich danke Ihnen für Ihre Aufmerksamkeit.