Fribourg
Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.
Madame la Vice-ministre de la culture Alla Manilova,
Monsieur l’Ambassadeur de la Fédération de Russie,
Monsieur le Consul honoraire de la Russie à Lausanne,
Madame la Directrice de l’Office fédéral de la culture,
Messieurs les Conseillers d’Etat,
Chers invités,
La culture nous réunit ce soir pour marquer le bicentenaire des relations diplomatiques entre nos deux pays. En mars 1814, il y a donc exactement 200 ans, le tsar Alexandre 1er nomma le comte Jean Capo d’Istria ministre plénipotentiaire auprès de la Diète fédérale. Ce fut le premier représentant officiel de la Russie en Suisse.
Bien sûr, cette histoire commune a connu certaines interruptions. Comment pourrait-il en être autrement si l’on considère les deux siècles traversés ensemble ? En 2011 déjà, « l’Année culturelle russe en Suisse » commémorant le 65e anniversaire de la reprise de nos relations diplomatiques au sortir de la 2e Guerre mondiale, avait permis de relever le respect et l’amitié que se portent nos deux pays depuis.
Ce soir, la situation internationale s’invite à cette soirée d’ouverture et c’est avec préoccupation que nous suivons les développements récents en Ukraine. L’amitié, le respect réciproque, qui nous lient depuis si longtemps permettent que l’on puisse mener un dialogue ouvert et constructif dans tous les domaines. Personne ne souhaite que la force remplace le dialogue.
Et je vois dans la manifestation de ce soir, qui marque la volonté de dialogue de nos deux pays, un signe fort d’espérance pour la paix. Qui mieux que la culture peut en effet nous rappeler nos racines et nos rêves communs.
La Saison culturelle suisse en Russie, que nous ouvrirons la semaine prochaine à Moscou, permettra à la Suisse de renforcer les échanges entre artistes et institutions culturelles, mettant en avant la Russie en tant que berceau de l’art moderne européen, à la croisée de l’Europe et de l’Asie, et comme nation dotée d’une grande richesse culturelle intrinsèque.
Cette richesse culturelle, la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques de Sotchi l’a récemment très bien résumée : de Chagall et Kandinsky à Tolstoï et Dostoïevski en passant par Rachmaninov et Diaghilev, le spectacle mis en scène par le Tessinois Daniele Finzi Pasca a été unanimement apprécié, et a donné l’envie de redécouvrir les œuvres de ces grands artistes.
Et c’est bien ce que permettra la Saison culturelle russe en Suisse, que nous inaugurons ce soir, et qui offrira à nos concitoyens un accès renouvelé aux grandes œuvres de la culture russe et à ses meilleurs porte-paroles.
Et en guise d’ouverture, nous aurons le plaisir d’assister ce soir à un magnifique gala en hommage au danseur et chorégraphe Vaslav Nijinsky ; ce « clown de Dieu », comme le nommait Béjart. Un clown de Dieu qui a d’ailleurs passé ses derniers instants en Suisse.
Les planches du jeune théâtre fribourgeois de l’Equilibre seront bientôt foulées par les plus prestigieux danseurs du Bolchoï.
Il y a quelques mois, nous avons eu le plaisir de remettre dans cette même salle les premiers Prix suisses de danse, qui soulignent toute l’importance que la Confédération accorde aux arts performatifs, et à cette liberté des corps et des êtres que permet la danse, qu’elle soit classique ou contemporaine. Les danseurs suisses récompensés sont pour notre pays un grand motif de fierté. Leurs prises de risque, leur impertinence sont pour nous autant d’occasions de se remettre en question et de renouveler le regard que nous portons sur le monde.
Je ne doute pas que la Russie, elle aussi, éprouve pour ses danseurs une grande fierté.
La culture, Mesdames et Messieurs, permet à chaque peuple de mieux se comprendre et de mieux se faire comprendre. Elle est le véhicule idéal d’un échange entre des nations adultes et matures, conscientes de leurs particularités et de leurs identités propres.
Elle rend capables de s’adresser à autrui dans le respect de ses différences, et avec la force nécessaire à la discussion des différents points de vue.
Au-delà des considérations politiques et matérielles, ce « luxe » dit « superflu » s’avère d’autant plus indispensable, aujourd’hui comme hier ou demain.
Sur le plan diplomatique, la culture constitue donc sans doute la plus belle base de dialogue possible.
Faisons en sorte que ce dialogue perdure, au bénéfice de nos deux peuples et de nos deux nations, mais aussi de la stabilité de la scène internationale, deux siècles de plus et bien au-delà.
En guise de conclusion, il ne me reste donc qu’à remercier les autorités russes, et leurs représentants ici présents, d’avoir permis ce prestigieux programme. Et à vous souhaiter à toutes et tous un excellent spectacle.
Je vous remercie de votre attention.