Ascona
Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.
Discours prononcé en français, en allemand et en italien. Texte original, non traduit.
Monsieur le Conseiller d’Etat,
Monsieur le Maire d’Ascona,
Monsieur le Président du Festival de Locarno,
Monsieur le Directeur,
Mesdames et Messieurs,
Amis du cinéma,
Quand on demandait à John Ford pourquoi il avait tourné tant de westerns, il répondait : « Pour des raisons de santé. Le western, cela permet de quitter Hollywood, d’aller dans les montagnes, loin du smog ».
Si l’on me demandait pourquoi j’aime tant venir au Festival de Locarno, je répondrais comme John Ford, que c’est pour quitter Berne et me ressourcer près des montagnes, loin du stress.
John Ford déclarait aussi : « Je ne vais jamais au cinéma. Parce qu’on ne peut pas fumer ».
Il est donc plus une référence en matière de culture qu’en matière de santé publique, et c’est bien comme ministre de la culture et uniquement comme ministre de la culture que je me permets de le citer.
J’ai la chance rare d’être ministre de la culture dans un pays où la plus belle salle de cinéma possède un plafond repeint toutes les nuits par Chagall.
A Locarno, pas besoin de lunettes 3D pour voir Gravity. Il suffit juste de lever la tête. Car ici, les étoiles sont dans le ciel, juste au-dessus de la Piazza Grande.
A Hollywood, les étoiles sont par terre, sur un trottoir sans fin au bout duquel on finit par se demander : « mais enfin, dans quel film ont-ils bien pu jouer, tous ces chewing-gums ? ». Les grandes mégalopoles n’ont pas le charme poétique des petits pays.
Si les Frères Lumière avaient vécu à Locarno, au milieu des palmiers, des citronniers et des camélias, au bord d’un des plus beaux lacs du monde, ils n’auraient jamais inventé le cinéma.
Ils auraient uniquement inventé l’entracte. Pour profiter des terrasses et des soirées d’été.
L’Histoire retiendra donc que c’est Lyon qui a inventé le cinéma, mais c’est un Léopard qui le fait revivre depuis plus de 60 ans.
Ce Léopard, il est d’or, et à la tombée des premiers jours d’août, quand tout Locarno se met à briller, on croit voir le reflet de son précieux pelage mourir dans les eaux du lac.
Dans le monde du cinéma, il est souvent fait référence à des matériaux précieux.
Nous sommes relativement modestes au niveau fédéral avec nos Quartz, mais en revanche, pour les villes qui font le cinéma, le matériau précieux, c’est l’or, celui des Léopards, des Ours, des Lions, des Palmes, ou, comme à Fribourg, des Regards.
A mes yeux, et cela paraîtra surprenant venant d’un ministre aux orientations politiques qui sont les miennes, le matériau précieux le plus important, ce n’est pas l’or, mais… l’argent. L’argent dont certains des composés chimiques sont nécessaires à la fabrication de la pellicule sans laquelle le 7e art n’aurait jamais existé.
Sehr geehrte Damen und Herren
Der 35-mm-Film scheint allmählich zugunsten des digitalen zu verschwinden. Das zeigt: Man kann Filme sehr wohl ganz ohne Silber machen, aber kaum ganz ohne Geld. Brecht sagte dazu: „Ist das nötige Geld vorhanden, ist das Ende meistens gut.“
Unser Filmschaffen braucht nach wie vor finanzielle Mittel. Vor allem aber braucht es auch eine gute Kulturpolitik.
Dies ist das Ziel der Kulturbotschaft, die noch bis im September in der Vernehmlassung ist. Ziel ist eine kohärente Kulturpolitik aller Akteure.
Folgende drei Schwerpunkte sind festgelegt:
Möglichst viele Menschen sollen am kulturellen Leben teilhaben können.
Die Kultur soll helfen, den gesellschaftlichen Zusammenhalt zu festigen. Insbesondere soll die sprachliche Vielfalt gestärkt werden.
Der Bund fördert die Kreation und Innovation, damit wir international kompetitiv bleiben.
Verbunden ist diese Kulturpolitik mit einer Erhöhung des Kulturbudgets um durchschnittlich 3,4 Prozent pro Jahr. Insgesamt würde der Bund damit in vier Jahren rund 900 Millionen Franken in die Kultur investieren.
Dabei ist mir bewusst, dass es heikel ist, wenn der Staat die Kunst unterstützt. Doch es geht allein darum, die Kreativität zu fördern.
Natürlich soll auch der Film von den zusätzlichen Mitteln profitieren. Speziell möchte ich auf eine Finanzhilfe von 6 Millionen Franken zur Förderung von Dreharbeiten von Schweizer Filmen in der Schweiz hinweisen. Bei uns steht für Filmcrews ja schon alles bereit: Kulissen müssen keine gebaut werden, dafür sorgt die Natur selber.
Wer weiss, vielleicht wird demnächst eine Komödie oder ein Krimi direkt hier in Locarno gedreht. Dann könnte man den Film am Festival zeigen. Und die Zuschauerinnen und Zuschauer sähen auf der Leinwand der Piazza Grande – die Piazza Grande.
Daraus würde sich ein wirkungsvoller Spiegeleffekt ergeben, kühn und innovativ wie unser Filmschaffen.
Das ist natürlich nur so eine Bemerkung. Wir haben grossen Respekt vor der künstlerischen Freiheit…
Mesdames et messieurs
Oui, le cinéma suisse est audacieux et innovant.
Notre compatriote Jean-Luc Godard présentait cette année à Cannes Adieu au langage, un film réalisé en 3D. Sur une photo du tournage parue dans la presse, on peut voir l’assistant installer tout le matériel technique, tandis qu’à quelques pas de là, le Maître ne fait rien.
Il observe cette nouvelle technologie, assis sur une chaise près d’un arbre. Il fume le cigare, vaguement intéressé. On l’entendrait presque penser : « alors, c’est donc ça, cette fameuse 3D ? ». Toute l’ironie de Jean-Luc Godard est dans ce cliché. Et cet humour aussi, très en avance sur son temps : un humour au troisième degré, un humour 3D.
John Ford se méfiait pour sa part de la technique. Il disait : « Je n’utilise jamais la grue. C’est une horreur. Quand on me demande pourquoi je ne bouge presque pas ma caméra, je réponds que c’est parce que les acteurs sont mieux payés que les ouvriers et les machinistes. Il est donc normal qu’ils travaillent et se déplacent un peu plus ».
Pas sûr que John Ford se fût intéressé aux nouvelles techniques, aux effets spéciaux ou à la 3 D, lui qui, avec son bandeau sur l’œil, ne filmait d’ailleurs même pas en 2D.
Si je tenais aujourd’hui à évoquer les figures de ces deux grands géants du cinéma mondial que sont John Ford et Jean-Luc Godard, le Parrain du cinéma américain et le Gourou de la Nouvelle vague, c’est parce que, dans l’esprit de ce que je crois être Locarno et qui est au fond l’esprit de notre pays, ils représentent des cultures très différentes, mais cohabitent en une même simplicité et authenticité.
Notre pays s’est en effet construit dans la simplicité, dans l’authenticité et dans la diversité de ses cultures. Le canton du Tessin participe grandement à cette diversité.
L’Office fédéral de la culture vient de publier pour la première fois un petit fascicule de Statistique de poche de la culture en Suisse. En le parcourant, on mesure toute l’importance culturelle du Tessin.
Le Festival de Locarno y est bien sûr mentionné, comme le plus grand des 15 festivals de cinéma que compte notre pays.
Dans ces 15 festivals, il s’achète quelque 500 000 billets de cinéma. Sur les 13’676’504 billets de cinéma vendus en Suisse en 2013, ces 500’000 billets vendus en festivals ne représentent peut-être que 3%, mais ces 3 tout petits pourcents sont la marque du très grand amour que la population suisse porte au cinéma. Ils sont de nature à générer à terme bien d’autres pourcents.
Signore e signori!
Non so se tra noi c’è qualcuno che rappresenta quel piccolo, ma importante tre per cento che ha comprato un biglietto per vedere un film al festival, dato che probabilmente quasi tutti, qui, siamo invitati. Se c’è, desidero ringraziarlo di persona del sostegno fondamentale dato all’industria cinematografica svizzera!
Nell’opuscolo statistico citato prima si menzionano altri centri d’interesse culturale ticinesi. Per esempio l’Orchestra della Svizzera Italiana, o la Swissminiatur di Melide, il più visitato del sette per cento di musei che si trovano nella Svizzera italiana.
Non mancano nemmeno le bellezze ticinesi iscritte nel Patrimonio mondiale dell’UNESCO – i tre castelli, la murata e la cinta muraria del borgo di Bellinzona, diventati Patrimonio mondiale culturale. So anche delle ambizioni ticinesi di farvi iscrivere il sito della Madonna del Sasso, che si trova a due passi da qui. Non dimentichiamoci inoltre del Monte San Giorgio, uno degli unici tre siti svizzeri figuranti nel Patrimonio mondiale naturale.
E poi ci sono le code al Gottardo, che continuano a fare bella figura nel patrimonio mondiale dell’immobilità…!
Mesdames et Messieurs
J’en termine avec une dernière statistique concernant le Tessin et plus particulièrement le Festival de Locarno. En 2013, 14,28% des membres du Conseil fédéral ont prononcé un discours au Monte Verità. Cela représente une jolie proportion de 1 sur 7.
Sur ces 14,28%, 100% ont été enchantés de le faire, sont très heureux de revenir en 2014 et espèrent revenir encore en 2015. Ils remercient bien sûr les organisateurs de cette chaleureuse réception.
Merci beaucoup de votre attention, et bonne fin de Festival.