Lausanne

Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.

Mesdames, Messieurs les officiels,
Chers amis du Comptoir Suisse,

« L’organisation de nos foires nationales témoigne qu’en période de haute conjoncture, nous réagissons encore contre les entraînements de la prospérité. Etant donné les tensions auxquelles sont soumis les divers secteurs de notre activité, combien parmi nous ne sont-ils pas enclins à se désintéresser d’un effort qui leur paraît superflu ? ».

Mesdames et Messieurs, me fiant au fameux adage selon lequel un bon discours est un discours qui part fort, qui mène loin et qui traverse le temps, je viens à l’instant de tout simplement reprendre les premiers mots du discours prononcé ici même en 1962 par l’un de mes prédécesseurs, le conseiller fédéral vaudois Paul Chaudet. Un discours ciselé dans une langue fédérale technique qui lui avait valu un tonnerre d’applaudissements.

J’aurais tout aussi bien pu citer le Général de Gaulle et m’exprimer : le Comptoir Suisse, « Quelle réussite ! ». Ce sont là les mots qu’il a laissés dans le livre d’or du Salon de l’agriculture à l’issue d’une visite en 1968, quelques semaines seulement avant les évènements de mai 1968. Ironie de l’Histoire, au cours de cette visite, il avait loué la qualité du bœuf français dont on tire les meilleurs pavés…

Les foires nationales sont un rendez-vous important où le politique croise les producteurs des richesses de sa terre, ce qui lui permet d’être au plus proche de ses racines. Il peut aussi y entretenir sa popularité. Jacques Chirac pouvait passer des heures au Salon de l’Agriculture, fusionnant avec les visiteurs, serrant les mains et les pattes de tout le monde. Il avait compris que le cheval est un animal de trait et la vache un véhicule électoral.

Un autre de mes prédécesseurs, l’ancien syndic de Lausanne Georges-André Chevallaz, considérait pour sa part le Comptoir suisse comme « une véritable Landsgemeinde de toute notre population et de toutes les classes sociales ». Une Landsgemeinde où les mauvaises langues diront que les votes ne s’expriment pas à main levée, mais à coude levé. Il est vrai que les nombreux carnotzets du Comptoir suisse y sont étroits et plutôt bas de plafond et il est donc impossible d’y lever jusqu’à la main. Le génie vaudois est ainsi fait que son architecture est parfaitement adaptée à son agriculture.

Dans le canton de Vaud, l’agriculture c’est donc notamment la culture de la vigne. Le vin est un merveilleux concentré de fruit et de soleil. Mais l’excès de soleil est quelquefois néfaste et il ne faut point trop en abuser !

La richesse du patrimoine agricole est en étroit rapport avec notre culture. La culture a en effet été favorisée par la sédentarisation et celle-ci fut directement liée à l’exploitation du sol et tout particulièrement à celle de la vigne. A la fabrication de la bière également, je le précise car je suis Fribourgeois.

Vitrine des produits de notre terroir, comme de nos artisanats régionaux, le Comptoir suisse constitue donc un des hauts lieux de notre culture populaire. Notre cinéma, notre littérature, nos chansons, nos plus beaux tableaux sont tout empreints de ce terroir. L’artiste suisse est proche de sa terre, je pense bien sûr à Ramuz, à Gilles, à Gustave Roud, à Philippe Jaccottet, immense poète qui fait son entrée dans la Pléiade, ou encore au peintre Ernest Bieler, pour ne citer que des Vaudois. Tous ont su mettre en valeur notre patrimoine naturel.

Précisément, si je suis ici aujourd’hui, c’est aussi parce que ce patrimoine naturel est représenté cette année par le Parc National Suisse, hôte d’honneur de cette édition 2014.

Le Parc National Suisse a été fondé le 1er août 1914. Le jour même où les pays d’Europe étaient sur le point de détruire une grande partie de leur patrimoine, la Suisse décidait de protéger le sien. Faut-il y voir là un symbole de ce qui fait la particularité de ce tout petit pays à croix blanche et rouge qui est le nôtre ? Sous ses airs conservateurs, la Suisse sans cesse innove et se renouvelle. Son Parc National en est l’un des vivants exemples: il a été le tout premier parc national des Alpes et d’Europe centrale.

Le Parc National Suisse poursuit trois buts : la protection de la faune et de la flore, la recherche scientifique et également l’éducation des visiteurs, amenés à mieux connaître et respecter les cycles d’une nature qui nous précédait et nous survivra.

La Suisse possède un patrimoine naturel d’exception. D’après la brochure statistique de poche de la culture en Suisse, éditée cette année pour la première fois par l’Office fédéral de la culture, la Suisse compte 8 sites classés au patrimoine mondial culturel, 3 au patrimoine mondial naturel et 3 autres au patrimoine européen.

Parmi ces 14 sites, 2 se trouvent dans le canton de Vaud : le château de la Sarraz, bien sûr et… ah, c’est idiot….j’ai oublié le second… Le nuage d’Yverdon d’Expo 02 ?… Non, il a été revendu à l’Ecosse… Ah oui, ça me revient : le vignoble du Lavaux ! Qui fait la fierté de vous tous, de nous tous !…

Le Comptoir suisse est un endroit particulier où j’apprécie venir. Lausanne peut en être fière. Avec ses musées et sa foire nationale, Lausanne est définitivement une grande capitale culturelle en plus d’être ville olympique.

Je vous remercie de votre attention et vous souhaite une excellente suite de visite.

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