Lausanne
Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.
Discours prononcé en français, en allemand et en anglais. Texte original, non traduit.
Madame la conseillère aux Etats,
Mesdames les conseillères d’Etat,
Monsieur le syndic de Lausanne,
Mesdames, Messieurs les représentants des autorités communales,
Chers amis musiciens et mélomanes,
Les plus impatients diront : « Enfin ! »
Les autres diront : « Voilà ».
La création d’un nouveau prix de la Confédération, dans le domaine de la musique, est un événement majeur, autant pour la Suisse que pour la musique en Suisse.
Et c’est donc avec une émotion et un plaisir particuliers que j’ouvre cette première remise du prix suisse de musique.
Et ce n’est pas le moindre des paradoxes que de créer comme dernier prix suisse celui dédié à la musique, l’un des arts les plus anciens, lié à l’humanité depuis ses prémisses.
La musique a d’ailleurs fait partie de toutes les classifications des arts depuis l’Antiquité. Et elle accompagne chacun d’entre nous depuis notre plus jeune âge.
Enfant, je me souviens des prestations du chœur dans lequel chantaient mes parents, puis, des chants appris à l’école, et puis des débuts à six ans au conservatoire et plus tard de l’apparition des walkmans pour écouter des cassettes, ce qui nous apparaissait alors comme l’aboutissement de la technologie.
La musique crée des souvenirs. Je suis sûr que tous ici entretenez également des souvenirs marquants en lien avec la musique. Ces souvenirs marquants nous ramènent presque immanquablement à la période de notre adolescence, à l’époque de ces chambres rarement aérées, aux murs tapissés de posters de Jim Morrison ou d’affiches de The Wall. Car la musique accompagne notre entrée dans la vie d’homme et de femme. C’est probablement la raison pour laquelle elle tient une place si importante dans notre culture.
La musique n’est au fond rien d’autre qu’une reproduction élaborée des bruits et des rythmes de la nature. Elle nous rattache ainsi à notre environnement et nous, qui vivons en Suisse, avons d’une certaine manière renforcé encore ce rattachement en votant pour que la musique figure dans notre Constitution.
Dans cet esprit, la cérémonie officielle de ce soir souhaite pour la première fois mettre un peu de lumière sur les artisans qui mettent un peu de musique sur notre pays. Et participent, de fait, à la création d’une culture musicale nationale.
Cette cérémonie est l’occasion de constater que la musique est un art fédéral par excellence. Dans notre pays, la musique fait figure de cinquième langue officielle. Une cinquième langue officielle qu’aucun canton jamais ne rechigne à enseigner. La musique efface les frontières et gomme toutes les différences. Un piano, ça n’a pas d’accent.
Si la musique fédère en Suisse, c’est qu’elle y est issue de toutes les époques, de toutes les régions, de tous les milieux, elle a résonné sur nos monts, dans nos champs, dans nos couvents, nos églises, nos écoles, nos salles polyvalentes communales, on a pu l’entendre dans les arrière-salles de nos auberges, l’applaudir dans nos salles d’opéra, nos salles de concerts, nos caves de jazz, la découvrir dans nos gares ou nos clubs de dance.
De là sont nés notre folklore, nos chants grégoriens, nos chansons populaires, nos comptines, nos chansons à boire, notre musique classique et nos opéras, notre rock, notre pop, notre jazz, notre rap, notre slam et même notre disco, cette dernière partie d’ici même, de Lausanne, exportée vers les Amériques par un barde moderne portant cheveux blonds et pantalons de cuir.
Notre pays musical est bien une confédération d’états musicaux. La musique en Suisse nous ressemble et nous rassemble.
Mais la musique ne fait pas que rassembler. Elle peut aussi soigner.
Si Denetsu Sutoo et Kayo Akiyama étaient parmi nous ce soir, ils vous le confirmeraient bien volontiers. Ces professeurs de l’université de Tsukuba, au Japon, ont soigné des souris souffrant d’hypertension en leur prescrivant l’adagio du Divertissement pour orchestre no 7 en ré majeur de Mozart. KV 205 pour les initiés ou ceux qui, parmi vous, élèveraient des souris.
Meine Damen und Herren
Die beiden Japanischen Forscher konnten bei Mäusen folgende Kette von Reaktionen nachweisen:
Musikhören erhöht die Kalziumzufuhr ins Gehirn.
Was das Dopamin aktiviert.
Das die Aktivität des sympathischen Nervensystems hemmt.
Wodurch der Blutdruck der Mäuse gesenkt wird.
Wodurch ihre Lebenserwartung steigt.
Fazit: Mozart verlängert das Leben der Mäuse.
Das ist eine sehr poetische Antwort auf die Frage, wozu Musik gut ist.
Allerdings weiss man nicht, ob die Versuchsmäuse Mozart überhaupt gemocht haben. Sicher ist das nicht.
Schliesslich mussten sie die Musik im Labor hören. Und dabei auch noch ein Blutdruck-Messgerät um den Schwanz tragen.
Schweizer Forschende haben sich mit dem Didgeridoo befasst, dem traditionellen Blasinstrument der australischen Ureinwohner.
Es hilft nämlich gegen das Schnarchen.
Wohl gemerkt: Es wirkt bei demjenigen, der in das Instrument bläst… Weniger beim anderen, der daneben schlafen möchte.
Gegen Schnarchen hilft auch ein anderes Mittel, nämlich eine kurze Rede.
Ich schliesse mit einem Zitat.
Es stammt nicht von einem Wissenschaftler, sondern von einem grossen Musiker des 20. Jahrhunderts: Keith Richards:
«A painter’s got a canvas.
The writer’s got reams of empty paper.
A musician has silence.»
«Am Anfang hat der Maler eine Leinwand.
Der Schriftsteller hat ein Blatt Papier.
Der Musiker – die Stille».
« Au départ, le peintre a une toile.
L’écrivain a une feuille de papier.
Le musicien, lui, a le silence ».
Vous l’aurez compris, l’harmonie fédérale, c’est en soi aussi une musique.
Je vous remercie de votre attention.