Ascona
Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.
Discours prononcé en français, en allemand et en italien. Texte original, non traduit.
Mesdames, Messieurs,
Chers amis du cinéma,
Aucune carte ne le signale, aucune plaquette de l’Office fédéral de la culture ne le mentionne, mais cette tribune du Monte Verita est l’un des points les plus élevés de toute la Suisse.
Le mérite en revient bien sûr à Marco Solari, qui d’année en année, place la barre un peu plus haut en matière de discours. Parler après lui, c’est se sentir poussé par une force mystérieuse qui vous incite à vous élever et à vous affranchir de toute gravité.
En rhétorique, on appelle cela le Solari Impulse.
Chacun a ses références, et vous constatez que les miennes se situent à un niveau qui me protège du vertige.
On le sait depuis Méliès, le cinéma n’est qu’illusion.
Il est lié à l’imaginaire et ne saurait donc en principe se confondre avec la réalité.
Ce qui paraît une évidence ne l’est malheureusement pas.
Nous vivons en effet à une époque où les gens ont de plus en plus de peine à faire la part des choses entre l’imaginaire et le réel. Nos sentiments, nos pensées, nos idéaux, qu’ils soient de nature politique ou religieuse, doivent être respectés, mais cela ne veut pas encore dire qu’ils doivent s’imposer aux autres.
C’est pourtant bien ce que certains fanatiques voudraient, en usant au besoin de la terreur, et nous devons faire en sorte que leur imaginaire ne devienne pas notre réalité.
Pour cela, et comme le préconisait Elisabeth Badinter après les attentats de Charlie Hebdo, apprenons déjà à nos enfants à séparer le réel de l’imaginaire.
Incitons-les à lire, montrons-leur des films, offrons-leur les moyens de décoder toute cette culture en la resituant dans son contexte. Ainsi développeront-ils leur capacité de discernement et leur relation à l’autre s’en trouvera facilitée.
Le rôle de la culture est ici fondamental.
L’accès à la culture est indissociable de la Démocratie et il est logique que la nôtre, souvent citée en exemple, lui consacre une part importante de son budget.
Le soutien à nos festivals est à ce titre primordial, puisqu’ils sont les lieux mêmes où se forge ce lien culturel qui nous permet en fin de compte de mieux lire le monde, en apprenant notamment à distinguer le Vrai du Faux.
Quelle meilleure occasion que d’aborder la thématique du réel et de l’imaginaire, du Vrai et du Faux dans un festival de cinéma, au Mont « dit » de la Vérité ?
Pour vous prouver qu’il n’est jamais facile, même pour un public instruit et cultivé, de séparer le réel de l’imaginaire, et de distinguer le Vrai du Faux, je vais vous livrer quelques informations en lien avec notre politique culturelle et le cinéma. J’attends que vous me disiez si celles-ci sont vraies ou fausses.
L’atmosphère conviviale du jour devrait plutôt bien se prêter à ce genre d’exercice.
1. Pour les cinq prochaines années, le budget de la culture a été augmenté de 3,3 %.
Faux…
Il a très exactement été augmenté de 3,4 %.
Concrètement, cette augmentation – obtenue de haute lutte – va amener 27 millions de francs de plus pour le cinéma, qui verra ainsi son financement porté à 253,9 millions de francs sur cinq ans.
Chaque augmentation de 0,1 % du budget de la culture représente environ 220 000 francs par année.
Au prix moyen du billet de cinéma qui, selon la Statistique de Poche de l’Office fédéral de la culture, était en 2014 de 15,53 francs, ces 0,1 % représentent 14 166 entrées.
En 2014, seuls deux films suisses avaient fait plus d’entrées !
Tout ceci nous donne une idée plus concrète, non seulement de la taille restreinte du marché du cinéma en Suisse, mais aussi de la mesure du soutien que lui apporte la Confédération.
Cela nous rappelle aussi qu’un ministre de la culture doit absolument posséder une machine à calculer.
2. Souhaiter une politique culturelle nationale, c’est renforcer le centralisme.
Faux.
Certains le croient, mais les différentes mesures apportées par le Message culture et tendant à promouvoir un swissness, comme par exemple l’encouragement à la création cinématographique, ne peuvent être réalisées sans une étroite collaboration de tous les intervenants culturels : fédéraux, cantonaux et communaux, ainsi que la SSR.
Impliquer tous ces acteurs, c’est activer notre fédéralisme et garantir cet équilibre particulier qui en est la marque de fabrique.
Meine Damen und Herren, jetzt wird es etwas kniffliger.
Dritte Aussage: Wahr oder falsch?
3. Um Europa milde zu stimmen, müssen in Zukunft alle Schweizer Filme mit der Ode an die Freude beginnen.
Falsch.
Nichts gegen Beethoven und die Europahymne.
Aber was Schiller dazu dichtet, geht nicht. Wir wollen nach dem 7. Februar ja nicht gleich wieder alles in Frage stellen und freudig jubeln: „Alle Menschen werden Brüder“.
Ich meine natürlich den 7. Februar 1971, als das Frauenstimmrecht eingeführt wurde.
Übrigens: Ursprünglich lautet diese Zeile: „Bettler werden Fürstenbrüder“. Das hätte ich als Sozialminister natürlich unterstützt.
Im Ernst: Europa ist für die Schweiz der wichtigste kulturelle Partner, auch für den Film.
Deshalb ist die Kulturförderung „Kreatives Europa“ der EU und darin das Filmförderungsprogramm MEDIA der EU für die Schweiz wichtig. Der Bundesrat hat die Absicht, wieder an diesem Programm teilzunehmen.
Aber die Europäische Union macht die weitere Teilnahme der Schweiz an MEDIA von der Personenfreizügigkeit abhängig.
Darum bleiben die Massnahmen so wichtig, die der Bundesrat als Überbrückung für das sistierte MEDIA-Abkommen ergriffen hat. Dank diesen kann die Schweizer Filmbranche seit 2014 die Nicht-Teilnahme ausgleichen.
Die Übergangslösung wird ab nächstem Jahr in eine Verordnung zur internationalen Zusammenarbeit integriert und weitergeführt.
4. Um vom Bund unterstützt zu werden, müssen in einem Schweizer Film a.) mindestens zwei Kühe oder b.) mindestens drei schneebedeckte Bergspitzen oder c.) mindestens eine Kuh vor mindestens zwei schneebedeckten Bergspitzen gezeigt werden.
Falsch.
Die Bergspitzen dürfen auch nicht schneebedeckt sein.
Was hingegen stimmt: Der Bund will die Schweiz als Ort der Filmherstellung fördern.
Die Schweiz ist eine grandiose Kulisse.
Und für Filmcrews bietet sie ideale Arbeitsbedingungen.
Die Schweiz ist eine traumhafte Reisedestination. Nun soll sie auch eine Arbeits-Destination für (Film)-Träume werden.
Finanzielle Anreize für die Herstellung von Filmen in unserem Land kommen letztlich der lokalen Wirtschaft zugute.
Und wir führen gleichzeitig ein SWISS MADE ein, aus dem wiederum unser Filmschaffen Nutzen ziehen.
Signore e Signorini
5. Il cinema svizzero potrà competere con il cinema americano soltanto quando tutti i nostri film saranno girati in Ticino.
Indubbiamente vero.
Se consideriamo le ore di sole all’anno, il numero di palme o limoni che crescono sulle rive dei suoi laghi, la consistenza squisita dei suoi risotti e la straordinaria complessità dei suoi vini – senza dimenticare lo spirito di apertura e il senso di ospitalità dei suoi abitanti – il Ticino è (statisticamente parlando) la regione della Svizzera più adatta all’ambientazione di numerose produzioni cinematografiche.
Quanto allo scenario… basta guardarsi attorno. Il parco che ci circonda, su questo Monte (della) Verità, è un invito a sognare. Si capisce subito perché una comunità di uomini e donne, all’inizio del secolo scorso, abbia deciso di vivere qui e danzare nella gioia e nella leggerezza, lontano dalle costrizioni sociali e dai codici vestimentari, nel più stretto contatto con la natura.
Perché non fare di questa gioia e questa allegria l’avvenire del cinema svizzero?
Aiutiamoci a vicenda per trasformare questo bell’immaginario in realtà!
Voilà, je souhaitais absolument terminer sur une note positive d’espoir et de légèreté en évoquant cette communauté hippie qui nous a précédés ici.
En rhétorique, on appelle cela un Hippie end.
Je vous remercie de votre attention.