Lausanne

Manuscrit, non publié à l’époque. Texte établi d’après l’exemplaire de lecture. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.

Monsieur le Syndic,
Amis de Suisse,
Amis de Lausanne,
Très chers concitoyennes et concitoyens,

Les vertus du patriotisme ne sont pas si éloignées que cela des valeurs véhiculées par le sport.

Vous comprendrez dès lors que je saisisse l’occasion de prononcer un discours du Premier Août en Capitale Olympique pour débuter par une citation de sportif : « Je ne joue pas contre une équipe en particulier. Je joue pour me battre contre l’idée de perdre ».

Ce sont là les mots d’Eric Cantona, artiste du ballon rond, philosophe des vestiaires et receleur à son insu d’un peu de l’esprit suisse, puisque son nom contient en toutes lettres le mot « canton », pierre angulaire du fédéralisme.

Historiquement, la Suisse a été une très grande équipe à partir de 1291, enchaînant les victoires acquises de haute lutte, obtenues certes la plupart du temps à domicile contre l’Autriche, mais cela n’enlève toutefois absolument rien à son mérite.

Après avoir été éliminée par la France en Italie en 1515, elle a été amenée à adopter une philosophie « cantonienne », contrainte qu’elle fut de se réinventer sans cesse dès lors qu’elle ne disposait de plus d’autres adversaires qu’elle-même.

L’étroitesse de son territoire, le manque de ressources naturelles, l’absence d’accès à la mer, l’isolement potentiel au sein d’une Europe en construction, furent autant de périls contre lesquels elle a dû se battre pour ne pas voir germer en elle l’idée de perdre.

La solidarité de ses concitoyens s’en est retrouvée renforcée sans que leurs différences culturelles ne deviennent jamais des disparités : le Röstigraben, au demeurant à géométrie variable, ne constituant au fond qu’un prétexte à chicanes fraternelles.

Les Suisses ont toujours su s’adapter aux nouvelles réalités. Et il en sera de même à l’avenir.

Car le pragmatisme est une qualité suisse qu’on aurait tendance à oublier.

N’oublions pas quelques enseignements qui nous ont toujours servi :

d’abord que demain n’est pas que le simple prolongement d’aujourd’hui. Ensuite que la nouveauté est synonyme de risques, mais aussi d’opportunités. Et pour finir que l’optimisme est souvent une approche tout à fait réaliste !

Mesdames et Messieurs,

Nous sommes un pays qui n’a de cesse de se réinventer. Parce qu’il le doit, mais aussi parce qu’il le veut.

Comme par exemple Lausanne l’a fait et continue à le faire. Je pense notamment au positionnement fort que la ville s’est assurée comme pôle de formation.

En Suisse, on parle souvent du passé, de notre histoire. C’est important car cela nous aide à comprendre ce que nous sommes.

Mais nous devons aussi penser à l’avenir – comme nous l’avons d’ailleurs aussi fait par le passé.

Prenez la création de l’État fédéral en 1848. Voilà un acte de bravoure qui traduit une envie de nouveau départ et une belle confiance en soi. D’autant plus dans le contexte européen de l’époque, où les révolutions bourgeoises avaient toutes échoué.

Dans les années 30, notre pays a misé sur la défense spirituelle ; mais dans le même temps, il a aussi su conclure un compromis autour de la paix du travail. Un compromis d’avenir qui renforce aujourd’hui encore la place économique helvétique.

On peut même remonter à l’époque d’avant l’État fédéral : dès les années 1830, aucun pays d’Europe n’exportait autant que la Suisse.

Nous sommes aussi le deuxième pays à s’être industrialisé, tout de suite après la Grande-Bretagne.

Telle est et a toujours été la Suisse : riche de son passé mais tournée vers l’avenir.

Mesdames et Messieurs,

Continuons de regarder vers l’avenir. Surtout en ces temps d’incertitude. Car qu’est-ce que l’on constate ?

Chez nous aussi, la classe moyenne est sous pression.

Chez nous aussi, les actifs les plus âgés ont peur de perdre leur travail.

Chez nous aussi, les fruits de la mondialisation ne sont pas redistribués équitablement.

Alors comment réagir au mieux ?

En améliorant vraiment le quotidien de la population.

En renforçant les assurances sociales.

En faisant aboutir les réformes dans les domaines complexes.

En montrant que nous sommes en mesure d’apporter une réponse politique aux défis de l’évolution démographique. En montrant que se replier sur soi, reculer ou se reposer sur ses lauriers ne sont pas des options pour les Suisses.

Mesdames et Messieurs,

Dans un tel contexte politique et social, il faut absolument adapter la prévoyance vieillesse aux nouvelles réalités. Cela vaut pour la Suisse comme pour tous les pays occidentaux,

La réforme du Conseil fédéral n’est pas seulement fondamentale car elle respecte la promesse constitutionnelle faite aux habitants du pays : en l’occurrence la sécurité matérielle à la retraite.

Le projet est aussi essentiel car il prouve qu’on peut encore réformer la Suisse, y compris dans un domaine aussi complexe.

Il prouve que nous sommes un pays qui sait empoigner les problèmes et leur trouver une solution, et pas simplement les cacher sous le tapis.

Si nous ne pouvons pas décider CE que nous devons affronter, nous pouvons décider COMMENT l’affronter.

Tous les acteurs clés doivent travailler au renforcement de notre pays. En se montrant ouverts aux compromis et donc aux réformes, dans l’intérêt de la population. Pour que le sentiment d’insécurité ne continue pas à se propager.

Ce n’est pas par hasard qu’une découverte majeure et éminemment pratique a été faite en Suisse. Je veux parler de la fermeture Éclair.

Pour qu’elle fonctionne, il faut que la droite et la gauche se rejoignent. Ça marche pour les tentes, Ça marche pour les jupes Et aussi pour les réformes.

Mesdames et Messieurs,

Réformer, c’est avoir les choses en main. Réformer, c’est refuser de rester passif. C’est décider l’art et la manière.

Nous vivons à une époque où il est quasiment impossible de séparer politique intérieure et politique extérieure, surtout en Europe !

Ce qui veut dire :

Notre ouverture au monde et notre volonté de coopérer avec les autres pays dépendent de notre capacité à piloter nos propres politiques et de notre confiance à mener les tâches correspondantes à bien.

Oui, c’est vrai, la Suisse nourrit un certain scepticisme vis-à-vis des grandes nations européennes.

Et c’est compréhensible venant d’un État pluriel et plutôt petit.

Mais notre pays connaît AUSSI l’importance de l’Europe pour lui.

Vous qui la voyez tous les jours de l’autre côté du lac en avez bien conscience.

Mesdames et Messieurs,

Agir, c’est refuser d’être livré aux courants.

Discuter, c’est refuser de rester impuissant.

Voter, c’est codécider de l’avenir de la Suisse.

Voilà pourquoi les grandes réformes stimulent notre démocratie directe. Elles testent notre capacité à nous engager et à faire des compromis.

Il est possible et même nécessaire de critiquer les réformes proposées ; mais sans oublier de faire soi-même des propositions pour trouver des solutions.

Mesdames et Messieurs,

Mesdames, Messieurs,
Très chers concitoyennes et concitoyens,

Il me faut conclure.

J’ai évoqué tout à l’heure l’esprit du sport: j’aimerais enfin évoquer l’esprit du canton de Vaud qui me reçoit, entré dans la Confédération en 1803, mais dépositaire depuis bien plus longtemps des valeurs qui font la Suisse.

Par sa Fête des vignerons, récemment inscrite au patrimoine immatériel de l’humanité, le canton de Vaud illustre bien ce que fut la Suisse traditionnelle, artisane et fière de vivre avec la terre.

Dans le même temps, il préfigure aussi ce qu’il adviendra de la Suisse dans le futur, à travers l’EPFL, une institution à la pointe de la formation et de la technologie qui nous aide notamment à mieux comprendre pourquoi le Suisse qui allait un jour s’aventurer le plus loin dans l’espace, tout près des étoiles, ne pouvait être qu’un Vaudois.

Un célèbre Lausannois a fait l’exact chemin inverse : il est parti d’une étoile pour accéder à la reconnaissance internationale et susciter autour de lui la ferveur de tout un pays : il s’agit de Stéphane Chapuisat, dont la carrière professionnelle a modestement débuté au sein de l’Etoile Sportive de Malley et qui fut désigné plus tard meilleur footballeur suisse de ces 50 dernières années.

Sa sagesse toute vaudoise n’est pas loin d’égaler celle d’Eric Cantona. N’a-t’il d’ailleurs pas dit un jour : « Tant que ce n’est pas définitivement terminé, rien n’est vraiment fini » ?

Eh bien, pour ne pas le démentir, je « terminerai définitivement » avec cette autre sentence de Stéphane Chapuisat: « Il faut avoir la passion et l’envie de progresser. Après, je dirais simplement qu’il faut s’entraîner, s’entraîner, s’entraîner et s’entraîner ».

Passion, envie, progrès et travail : voici là quelques-unes des valeurs qui ont fait que notre petite Suisse est devenue une grande nation et qu’il nous revient à notre tour de continuer à cultiver.

Je vous souhaite une très belle fête nationale.

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