Delémont
Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.
Monsieur le Ministre,
Mesdames, Messieurs,
Nous sommes réunis ici pour réfléchir à l’avenir de la santé publique. L’exercice est difficile, car nous vivons une période de changements accélérés.
D’une part, l’innovation et les progrès techniques rendent la médecine toujours plus performante.
D’autre part, la digitalisation va modifier l’organisation du système de santé. Elle va aussi modifier les rapports entre les patients et les soignants.
Plus largement, la révolution industrielle 4.0, la robotisation et le big data vont transformer le domaine de la santé mais aussi la société dans son ensemble.
Devant ces différentes inconnues, il convient de baser notre réflexion sur quelques certitudes.
En la matière, Benjamin Franklin remarquait la chose suivante : “In this world nothing can be said to be certain, except death and taxes.”
Dans ce monde, les seules certitudes qu’on puisse avoir, sont… la mort et les impôts.
Tentons de transposer cette citation au domaine de la santé Concernant la mort, nous constatons qu’elle est sans cesse repoussée plus loin. Notre espérance de vie s’allonge. Et c’est une victoire dont nous pouvons nous réjouir. Mais elle s’accompagne d’une évolution démographique majeure : le vieillissement de notre société, qui représente un défi pour le système de santé.
S’agissant des finances, nous avons aussi une certitude : celle de l’augmentation des coûts de la santé. Les coûts à charge de l’assurance de base augmentent chaque année de 4% en moyenne ; en 2016, ils se montaient à 31,5 milliards de francs.
Vous connaissez cette réalité dans le Jura. Avec une prime moyenne, élevée en comparaison nationale : 511 francs par mois pour un adulte ayant la franchise la plus basse.
Cette évolution n’est pas inéluctable. Nous pouvons agir. Plus encore, nous devons agir. C’est une nécessité pour que notre système de santé reste accessible à tous. Et pour que le principe de solidarité en reste le fondement.
Mesures pour freiner la hausse des coûts de la santé
C’est la raison pour laquelle, la Confédération a pris ces derniers mois des mesures fortes et applicables rapidement, afin de contenir cette hausse injustifiée des coûts.
Premièrement, le Conseil fédéral a décidé d’adapter la structure tarifaire pour les prestations médicales ambulatoires : le TARMED.
Cette intervention a été rendue nécessaire car les partenaires tarifaires n’ont pas réussi à s’entendre sur une révision, malgré des années de discussions.
La structure actuelle est par conséquent aujourd’hui totalement dépassée. Pour évaluer les prestations, on utilise encore parfois des critères datant des années 90…
Il s’agit donc de : De corriger ces prestations surévaluées De réduire les incitations inappropriées Et d’améliorer la transparence.
Globalement, l’adaptation du TARMED permettra d’économiser 470 millions de francs par année dès l’année prochaine. Cela correspond environ à 1,5% des primes d’assurance maladie.
Les prix des médicaments remboursés par les caisses-maladie vont aussi être revus. Le réexamen triennal des médicaments se basera notamment sur la comparaison des prix pratiqués à l’étranger. Et des mesures supplémentaires concernent les médicaments génériques. Ceux-ci ne sont pas encore assez répandus et leurs prix sont encore trop élevés. En tout, 240 millions pourront être économisés de 2017 à 2019.
Outre la question des prix, qu’il s’agisse de la tarification obsolète ou des prix des médicaments parfois surfaits, il est nécessaire d’agir dans un autre domaine. Celui de la hausse incontrôlée de la quantité des prestations. De nombreuses prestations sont en effet inutiles, voire mêmes nocives. Cela à cause des incitations inopportunes du système, qui poussent à multiplier les actes, parfois à l’encontre du bon sens médical.
Pour y remédier, le Conseil fédéral a chargé un groupe d’experts d’examiner les expériences d’autres pays, tels que les Pays-Bas, l’Allemagne et la France. Après une année de travaux, les experts viennent de proposer deux mesures phares.
D’une part, les plafonds globaux : il s’agit de renforcer le pilotage global du système en instaurant un plafond contraignant en matière de coûts ou de volume de prestations. Ce plafond serait fixé annuellement. Et si la limite était dépassée, des sanctions seraient appliquées.
L’autre mesure proposée par les experts est d’introduire dans la LaMal un article relatif aux projets pilotes. Cela doit permettre de tester des modèles innovants dans un cadre clairement défini.
Une autre manière de distinguer les prestations utiles de celles qui sont superflues consiste à examiner l’efficacité des interventions et des traitements. Ce qui s’avérera inefficace ne sera plus remboursé par l’assurance-maladie.
A titre d’exemple, un programme-pilote s’est penché sur l’arthroscopie du genou. Cet acte est relativement fréquent en Suisse (en cas de rupture des ligaments croisés ou d’arthrose). Or, plusieurs études montrent que souvent, ce traitement n’apporte pas de plus-value. Cette approche utilisant l’évaluation des technologies de la santé (HTA) doit permettre d’économiser 100 millions de francs par an.
Enfin, nous savons que l’offre influence la quantité de prestations. Dans ce cadre, la question de l’admission des médecins est cruciale. La nouvelle procédure adoptée par le Conseil fédéral donne aux cantons les instruments pour gérer ces admissions de manière stratégique.
Vous comprenez donc que l’engagement des acteurs est déterminant pour réussir à freiner les coûts.
Les cantons, tout d’abord. C’est à vous de gérer l’admission des médecins pour aligner l’offre médicale sur les besoins effectifs. De plus, vous êtes responsable des hôpitaux et de l’offre de soins stationnaires. Il est donc important de mieux coordonner les planifications intercantonales, en évitant les prestations excessives.
Ensuite la Confédération, qui continuera de proposer des mesures innovantes pour agir sur les différents facteurs de coûts. 3)Les assureurs quant à eux ont la responsabilité de mener des négociations tarifaires avec les fournisseurs de prestations et d’aboutir à des accords. 4)Les médecins ont un rôle central à jouer en matière de réduction des coûts. Ils peuvent éviter les prestations excédentaires et accepter de corriger les prestations trop onéreuses. 5)Enfin, les patients ont de nombreuses sources d’information. Ils doivent faire preuve de plus de discernement dans leur consommation de soins.
Les patients, dont j’aimerais vous parler maintenant plus longuement.
Vieillissement de la population et prévention des maladies non transmissibles.
Mesdames, Messieurs,
J’évoquais en préambule le vieillissement de la population. Nous savons qu’en 2040, les plus de 65 ans représenteront un quart de la population.
Ce que nous ne savons pas encore en revanche, c’est à quoi ressembleront ces années de vie supplémentaires. Réussirons-nous à conserver une qualité de vie optimale le plus longtemps possible ?
Plus on avance en âge, plus les risques sont grands de souffrir d’une maladie chronique. Chez les plus de 50 ans, une personne sur cinq souffre d’une ou de plusieurs de ces maladies. Au total, elles touchent aujourd’hui plus de 2 millions de personnes en Suisse.
Mais, face au cancer, au diabète, Face aux maladies cardio-vasculaires, aux maladies chroniques respiratoires, Et face aux maladies de l’appareil locomoteur
Nous ne sommes pas impuissants. Il nous est possible d’agir, dès aujourd’hui. Comme c’est le cas pour contrer la hausse des coûts. Mais d’une manière peut-être encore plus évidente. Car il appartient à chacun de nous, en tant qu’individu, de réduire les risques en adoptant un mode de vie sain.
De cette manière, la moitié des cas de maladies non transmissibles peuvent être évités ou retardées. Autrement dit, cela représente un million de personnes aujourd’hui en Suisse.
Les comportements les plus importants sont connus : Eviter de fumer, Boire de l’alcool de manière raisonnable S’alimenter de manière équilibrée Et bouger suffisamment
a) Stratégie nationale Prévention des maladies non transmissibles Pour accompagner la population dans cet effort, la Confédération, les cantons et Promotion santé Suisse mettent en œuvre la Stratégie nationale Prévention des Maladies non transmissibles.
Celle-ci comporte trois champs d’action : la prévention au quotidien, la prévention dans les soins et la prévention dans le monde du travail.
b)Prévention dans les soins S’agissant de la prévention dans les soins, il est nécessaire de changer de paradigme. Les soins ne doivent plus seulement être le moment où on lutte contre les maladies qui se sont déjà déclarées. C’est une occasion qui doit être saisie pour prévenir les maladies potentielles.
Le personnel soignant, en particulier les généralistes et les pédiatres, entretiennent une relation privilégiée avec leurs patients. Ils doivent mettre cette relation à profit pour aider les patients à améliorer leur hygiène de vie et à réduire les facteurs de risque.
Autre champ d’action, le monde du travail.
Aujourd’hui, un employé sur quatre est stressé, voire épuisé Et les jeunes employés le sont encore plus souvent que les autres Cela doit nous interpeller, et pas seulement en raison du coût que cela représente, soit plus de 5 milliards de francs par an, mais parce que derrière les chiffres, il y a surtout des souffrances.
La gestion de la santé en entreprise doit permettre d’y remédier. De nombreuses firmes ont déjà compris qu’il est aussi dans leur intérêt que leurs collaborateurs soient en bonne santé. Ils sont naturellement plus motivés et plus productifs.
La prévention est un combat de longue haleine. Elle a besoin de temps pour porter ses fruits. Mais si la prévention parvient à imprégner notre système de santé à tous les degrés, ses effets seront majeurs. Elle a pour elle un argument d’une simplicité déconcertante, et d’une vérité immuable. Il vaut mieux prévenir que guérir.
Digitalisation
Mesdames, Messieurs,
Cette simplicité, nous pouvons nous en inspirer pour transformer le système de santé. Avec ses nombreux acteurs et son degré de technicité, il est d’une complexité redoutable. Pour beaucoup, le comprendre est un défi, et le changer une gageure.
Aujourd’hui, la digitalisation peut nous permettre de réduire cette complexité.
J’en veux pour preuve le dossier électronique du patient. Pendant longtemps, la question du transfert de l’information entre les nombreux professionnels de la santé a été un casse-tête. Il est en passe d’être résolu, avec l’entrée en vigueur de la loi cette année.
Le dossier électronique permet d’obtenir l’accès simple et rapide à toutes les informations médicales concernant un patient, des informations qui sont souvent dispersées en plusieurs endroits. Il est ainsi possible de consulter, en tout lieu et en tout temps, des résultats d’analyse, une radiographie, un scanner ou le rapport de sortie de l’hôpital.
Dans certains cas, il en va de la vie du patient. Par exemple un service des urgences peut, lorsqu’une personne inconsciente lui est amenée, contrôler les médicaments qui lui ont été prescrits pour éviter des contre-indications.
Le dossier électronique doit permettre de réduire le risque d’erreurs médicales et de complications. Il permet aussi d’augmenter l’efficience du système de santé, en évitant la répétition inutile de certains examens, comme par exemple les analyses de laboratoire.
Enfin, le dossier électronique du patient va permettre de mieux répondre au vieillissement de la population et à la croissance des maladies chroniques. Le nombre de personnes impliquées dans un traitement est ainsi toujours plus important. Le dossier électronique encourage et facilite l’échange d’informations. Il incite ainsi les divers praticiens à collaborer entre eux.