Belfaux
Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.
Mesdames et Messieurs,
Le général Dufour avait jadis son quartier général à Belfaux ; c’est ici qu’il reçut la capitulation de Fribourg.
La suite a été vraiment remarquable :
À l’issue de la guerre du Sonderbund, les vainqueurs ont tenu compte des requêtes des perdants – en particulier de leur souhait de souveraineté des cantons. Cette décision aussi clairvoyante que généreuse a été une base de notre État fédéral.
Notre Constitution fédérale de 1848 en témoigne également – elle qui a vu le jour après de grandes tensions et une guerre civile.
Elle est la preuve que les deux parties peuvent être gagnantes. Que la victoire de l’une ne doit pas signifier la défaite de l’autre.
Mieux vaut ainsi trouver un bon compromis que le plus petit dénominateur commun.
Car les bons compromis aboutissent souvent à des solutions durables.
Des solutions durables, c’est justement ce qu’il faut aujourd’hui pour la prévoyance vieillesse et le système de santé. Nos ancêtres ont créé d’excellentes institutions que nous devons protéger et développer.
Nous devons tout faire pour que notre AVS puisse continuer de verser les rentes et que le niveau des rentes soit maintenu pour tous.
Nous devons tout faire pour freiner la croissance des coûts de la santé. Car les familles à moyens et bas revenus souffrent toujours plus de la hausse des primes.
Il est de notre responsabilité à tous de trouver ici de bons compromis.
Nous vivons actuellement une époque de polarisation. Et il est d’autant plus important de préserver notre capacité de faire des compromis. Cette capacité est un signe de force. Les compromis ont besoin de clairvoyance, de courage, de détermination.
Les bons compromis peuvent aussi contribuer à créer une identité forte, une identité qui peut évoluer, qui intègre de nouveaux éléments et les combine aux anciens. Une identité forcément riche de tensions – mais aussi riche tout court.
Une identité qui semble forgée pour le monde contemporain. Un monde qui connaîtra de nombreux changements ces prochaines années.
Mesdames et Messieurs,
La culture du compromis constructif a marqué notre histoire. Et elle le fait encore aujourd’hui.
La Suisse se porte bien : L’économie est forte, le taux de chômage faible. Quand quelqu’un tombe malade, il reçoit rapidement et partout des soins médicaux de qualité. Nos écoles, nos universités et notre formation professionnelle comptent parmi les meilleures au monde – et elles sont ouvertes à tous. Nous concilions de mieux en mieux vie familiale et professionnelle – même s’il reste beaucoup à faire. De nombreuses personnes s’engagent pour le bien commun durant leur temps libre.
Notre pays est plus fort si nous rendons tous ses habitants plus forts. En garantissant à chacun de bonnes conditions de vie.
Cette expérience de la Suisse est aujourd’hui particulièrement précieuse. Il suffit de jeter un regard aux nombreux pays dans lesquels le fossé ne cesse de se creuser entre certaines régions ou groupes de population.
Mais que faut-il pour que ce qui unit un pays soit plus fort que ce qui le divise ? Pour qu’un pays reste compétitif à long terme ?
Il faut de la stabilité et de la fiabilité. Une solide culture du droit. De bonnes infrastructures. D’excellentes écoles, universités et entreprises formatrices qui sont axées sur l’innovation.
Et il faut une égalité des chances.
Une égalité des chances qui permet à tous d’exploiter son potentiel et de s’épanouir pleinement.
Au fond, c’est évident : Plus les possibilités de formation de la population et les perspectives de chaque individu sont bonnes, plus la force d’innovation d’un pays est grande. Plus la position des femmes sur le marché du travail est forte, plus la performance économique d’un pays est bonne.
Les sociétés qui donnent à chacun et à chacune de bonnes chances de formation et d’emploi sont aussi plus compétitives que celles qui laissent leur potentiel inexploité.
Mesdames et Messieurs,
Le progrès politique et social ne va pas de soi et n’est pas linéaire. De plus, il ne s’arrête jamais.
Dans notre pays, il y a encore beaucoup à faire en matière d’égalité. Les plus de 55 ans ont moins d’opportunités sur le marché du travail. Alors que nous vivons dans une société vieillissante. Aujourd’hui encore, les femmes sont discriminées au niveau du salaire. Une question devient en outre de plus en plus urgente : comment allons-nous garantir la protection sociale des travailleurs à l’ère de l’économie numérique ? Et comment garantir qu’ils touchent un salaire équitable ? Qu’ils touchent un salaire quand ils tombent malades ?
La question sociale est aussi toujours une question de stabilité sociale. Certes, elle change de caractère, son urgence varie – mais elle reste toujours présente.
Veillons donc à préserver ce précieux équilibre entre les besoins de l’économie et de la société. Car c’est la principale clé de notre succès. C’est ça, la véritable formule magique helvétique.
C’est aussi valable pour nos relations extérieures : Les autres États ne sont pas que des concurrents, ce sont aussi des partenaires potentiels. Dans le commerce et pour d’autres formes de collaboration.
Nous ne sommes pas une superpuissance et n’appartenons pas non plus à l’Union européenne, mais nous jouons un rôle essentiel sur le plan économique, tout comme dans les relations internationales.
C’est pour cela que nous devons pouvoir compter sur des règles internationales claires. Et nous engager pour ces règles multilatérales et leurs institutions – précisément parce que nous voulons rester indépendants.
C’est pourquoi notre pays continuera de s’engager pour un ordre international qui se fonde sur l’équité et le respect mutuel.
Car une telle politique renforce aussi la Suisse. Le pays de la stabilité a besoin du système international le plus stable possible.
Nos relations avec l’Europe, nos voisins, sont particulièrement importantes. L’Union européenne est de loin notre principal partenaire commercial. Les relations culturelles avec nos voisins sont étroites et multiples.
Une chose est sûre : la Suisse comme l’UE ont intérêt à de bonnes relations fondées sur un cadre clair.
Nous voulons continuer de développer ces relations et assurer leur pérennité.
Quand nous parviendrons à un accord, ce sera au peuple de décider si l’équilibre est atteint.
Ne l’oublions pas : nous vivons aujourd’hui sur un continent en paix.
Ou plus exactement : sur un continent pacifié. Personne n’a oublié que l’Europe a été marquée par des siècles de conflits et des guerres.
L’intégration européenne a contribué de manière décisive à cette pacification.
Malgré tous les problèmes liés à l’euro, au chômage et à la migration, il faut garder une chose à l’esprit : L’Europe ne s’est rarement aussi bien portée.
La position de la Suisse sur le continent est donc aussi bien plus confortable qu’au cours de la plupart des époques passées.
Mesdames et Messieurs,
En 1848, la Suisse s’est donné une constitution pour entrer dans la modernité politique.
Il fallait pour cela de l’optimisme, de la confiance – et la conviction que nous sommes plus forts ensemble.
Aujourd’hui aussi, nous avons besoin de ces qualités pour trouver des compromis et défendre les plus vulnérables.
Le succès de la Suisse est le succès de tous ses habitants.
Le succès de la Suisse est indivisible.
Je vous souhaite un bon 1er août.