Locarno

Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.

Discours prononcé en français, en allemand et en italien. Texte original, non traduit.

Amis de la Culture, Amis de la Nature,

Le Cirque Arlette Gruss, dont l’une des vedettes, dans les années 90, était la girafe Willy, détient un record très particulier. Vous aimeriez sans doute que je vous parle de cinéma, mais moi, pour une fois, j’ai envie de vous parler du cirque. Après tout, nous sommes aussi dans la patrie de Dimitri.

Alors, ce record détenu par le Cirque Arlette Gruss quel est–il ? Je vous le dis tout de go, il ne concerne pas la girafe Willy. Il concerne deux panthères de la ménagerie: deux léopards noirs. Celles-ci auraient vécu 26 ans et demi, le record de longévité pour un tel animal. En liberté, les léopards peuvent vivre jusqu’à 15 ans. La majorité se situerait ainsi autour des 3 ans et l’âge de la retraite autour des 11 ans. Ce qui représenterait une durée de cotisations AVS de 8 ans. En captivité, dans un cirque, soit l’équivalent d’un home avec atelier d’exercices, les léopards peuvent atteindre l’âge moyen de 23 ans. 26 ans et demi, c’est donc un âge canonique. Certainement.

Mais au bord du lac Majeur, dans des conditions climatiques exceptionnelles, au grand air de la Piazza Grande, un léopard peut atteindre l’âge de 50 ans. C’est en tous les cas il y a 50 ans, lors de l’édition de 1968, que les anciennes Voiles d’Or et d’argent ont été remplacées par le félidé doré, œuvre du sculpteur locarnais Remo Rossi.

Le tout premier Léopard d’Or jamais décerné a atterri sur la cheminée de Maurizio Ponzi, réalisateur romain de « I Visionari ». Récompenser « I Visionari » en 1968 : tout un symbole ! Il y a cinquante ans, l’Europe vivait une révolution culturelle. Les visionnaires de tous bords se livraient à une bataille idéologique. A Paris, on découvrait qu’il y avait la plage sous les pavés. On décrétait qu’il était interdit d’interdire. Cette bataille des imaginaires n’épargna pas le Cinéma : le Festival de Cannes fut chahuté avant d’être interrompu.

Au sein du comité qui vota la « grève artistique », un réalisateur Suisse : Jean-Luc Godard. Le plus engagé et le plus agile d’entre tous : cette année-là, oubliant sans doute que le 7e art n’est pas le 7e ciel, il grimpait aux rideaux. Parvenant, avec d’autres, à faire cesser la projection du film « Pepermint frappé » de Carlos Saura. Un acte qui témoigne d’une certaine condition physique et qui explique sans doute pourquoi Jean-Luc Godard est toujours, à 87 ans, en état de chausser des Palmes.

Afin d’éviter les problèmes de ce genre, il n’y a pas de rideau sur l’écran de la Piazza Grande. Ce qui n’a pas empêché le « Groupe pour une Suisse sans armée » d’y accrocher un jour une banderole. Comme tous les grands festivals, celui de Locarno n’a pas été épargné par les mouvements contestataires de 1968. Membre du jury, le réalisateur tchécoslovaque Jiri Menzel refusa d’emblée de juger les films en provenance des pays membres du Pacte de Varsovie ayant participé à l’invasion de son pays. Il faut dire que les évènements du « Printemps de Prague » auguraient d’une réalité bien plus tragique que ceux des printemps parisiens et cannois.

Mais le Festival de Locarno n’avait pas pour autant été interrompu. Sa cérémonie de clôture avait uniquement été perturbée par la proclamation d’un palmarès parodique sous la forme d’un procès qui condamnait la nature commerciale du Festival de Locarno, lequel n’aurait été qu’un « alibi culturel ». Tout ceci eut pour seule incidence la projection retardée de deux heures du film programmé ce soir-là : « Un soir, un train ». Un retard de deux heures au pays des CFF, ça fait tout de même un choc.

Der Film gestaltet die Wirklichkeit neu. Er ist bekannt dafür, dass er grosse Ereignisse nicht an sich vorbeiziehen lässt. Von all den Slogans, die im Mai 1968 zirkulierten, ist dieser besonders aufgefallen: «Fermons la télé. Ouvrons les yeux ». Vom Film würde das nie jemand sagen. Jedenfalls nicht vom Schweizer Film, bei dem es oft um Politik geht und der dafür sorgt, dass wir die Augen immer offenhalten.

Bei uns ist das Erbe der Protestjahre erhalten geblieben. Man denke nur an Tanner, Goretta oder Jean-Luc Bideau, der 1977 die Verleihung des Goldenen Leoparden an den Film über den marxistischen Philosophen Antonio Gramsci lobte. Oder auch an Jean-Luc Godard mit seinem «Film socialisme». Vor Kurzem hat ein Film über die bewegte Geschichte unseres Frauenstimmrechts die Schweiz im Wettbewerb um einen Oscar vertreten: «Die göttliche Ordnung» von Petra Volpe. In diesem Jahr wurden zwei Filmemacherinnen mit einem Schweizer Filmpreis ausgezeichnet: Lisa Brühlmann in der Kategorie bester Film und Michaela Müller in der Kategorie bester Animationsfilm. Wir machen Fortschritte auf dem Weg der Gleichstellung. Wir sind aber noch weit vom Ziel entfernt – in der Gesellschaft und im Filmbusiness. Es braucht hier eine Dauerrevolution.

E questa rivoluzione permanente, Signore, Signori, amici del Film, questa rivoluzione permanente ha luogo proprio qui. Ecco perché concluderei con queste semplici parole: «Viva Locarno!». Grazie per la vostra attenzione e buon festival a tutti!

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